AMÉLIE NJONKOU EST INGÉNIEURE DE FORMATION EN SUPPLY CHAIN. ANCIENNEMENT DANS LE SECTEUR PRIVÉ, ELLE OFFICIAIT NOTAMMENT POUR LE GROUPE DANONE OÙ ELLE ASSURAIT LE PILOTAGE STRATÉGIQUE ET OPÉRATIONNEL DES APPROVISIONNEMENTS. AMÉLIE NJONKOU A ÉTÉ RECRUTÉE PAR LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT (BAD) DANS LE CADRE DU PROGRAMME DES JEUNES DIPLÔMÉS. POUR SON PROFESSIONNALISME, SA CONNAISSANCE DES PARTENARIATS PUBLICS-PRIVÉS (PPP), SA MAÎTRISE DU SECTEUR DES INFRASTRUCTURES EN AFRIQUE, PARTICULIÈREMENT, LE VOLET TRANSPORT, ELLE A ÉTÉ TRANSFÉRÉE À LA DIVISION INFRASTRUCTURE ET PARTNERSHIP DE LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT (PICU3) EN QUALITÉ DE SENIOR TRANSPORT OFFICER. RENCONTRE.

Jeune franco-camerounaise ingénieure au coeur du NEPAD-IPPF

Interview avec Amélie Njonkou, Senior Transport Officer au NEPAD-IPPF

AMÉLIE NJONKO EST INGÉNIEURE DE FORMATION EN SUPPLY CHAIN. ANCIENNEMENT DANS LE SECTEUR PRIVÉ, ELLE OFFICIAIT NOTAMMENT POUR LE GROUPE DANONE OÙ ELLE ASSURAIT LE PILOTAGE STRATÉGIQUE ET OPÉRATIONNEL DES APPROVISIONNEMENTS. AMÉLIE NJONKOU A ÉTÉ RECRUTÉE PAR LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT (BAD) DANS LE CADRE DU PROGRAMME DES JEUNES DIPLÔMÉS. POUR SON PROFESSIONNALISME, SA CONNAISSANCE DES PARTENARIATS PUBLICS-PRIVÉS (PPP), SA MAÎTRISE DU SECTEUR DES INFRASTRUCTURES EN AFRIQUE, PARTICULIÈREMENT, LE VOLET TRANSPORT, ELLE A ÉTÉ TRANSFÉRÉE À LA DIVISION INFRASTRUCTURE ET PARTENARIATS DE LA BANQUE AFRICAINE DE DÉVELOPPEMENT (PICU3) EN QUALITÉ DE SENIOR TRANSPORT OFFICER. RENCONTRE.

Amélie Njonkou

54 ÉTATS : Vous êtes franco-camerounaise, vous avez 33 ans, vous êtes ingénieure spécialisée en PPP et Transport, vous incarnez ce retour en Afrique réussi. Un mot là-dessus ? Quels ont été les défis pour appréhender ce retour après vos études en France ?

Amélie Njonkou : J’ai toujours voulu être une actrice du changement sur le continent qui m’a vu naître, l’Afrique. Après mes études et six années d’expérience riche et diversifié dans le secteur de la production industrielle dans des groupes de renom comme Danone ou Procter & Gamble, j’ai cherché une opportunité de retour pour être au service du développement de l’Afrique. J’ai eu le grand plaisir d’intégrer la Banque Africaine de développement (BAD) à travers le Programme des jeunes professionnels.

Il est vrai que le retour en Afrique a également apporté certains challenges. Le secteur privé de manière générale est connu pour être assez innovant et agile dans la prise de décision. Rejoindre une institution de cette taille avec ses règles et procédures, et qui collabore avec les gouvernements en grande majorité impliquait des contraintes administratives qui ont pour résultat une implémentation plus lente dans les opérations quotidiennes. 

Bien sûr, il y a l’adaptation culturelle et sociale après 13 ans passés hors du continent. Les habitudes font que l'âge, l'ancienneté et l'expertise sont souvent des éléments clés d'autorité. J'ai donc eu certaines appréhensions en étant jeune, une femme, dans ce nouvel environnement très hiérarchique.

Je suis ravie de constater que de nombreux jeunes Africains ont également sauté le pas, en rentrant massivement ces dernières années pour saisir les opportunités qu'offre le marché africain. De plus, je fais actuellement partie de la team Infrastructure et Partenariats (PICU 3), une équipe dynamique et motivée au coeur de l'innovation au sein de la Banque africaine de développement. 

54 ÉTATS : Pourquoi avoir quitté le secteur privé ?

Amélie Njonkou : L'essentiel de ma valeur ajoutée dans les entreprises du secteur privé français était lié à l'augmentation de la productivité à travers les choix de solutions transport et l'optimisation des flux de la chaîne logistique en termes de processus, de délais et de coûts. Ayant réfléchi à mon retour en Afrique pour mettre à profit ces compétences, je me suis rendu compte que les options étaient très limitées à cause du manque d’infrastructures, défi qui est la responsabilité première des Etats. Rejoindre la BAD a  constitué l’opportunité de travailler avec les acteurs du secteur public en termes de stratégie de planification prioritaire et de les accompagner dans le financement et la réalisation de ces infrastructures.

REJOINDRE LA BAD A CONSTITUÉ L’OPPORTUNITÉ DE TRAVAILLER AVEC LES ACTEURS DU SECTEUR PUBLIC EN TERMES DE STRATÉGIE DE PLANIFICATION PRIORITAIRE ET DE LES ACCOMPAGNER DANS LE FINANCEMENT ET LA RÉALISATION DE CES INFRASTRUCTURES

54 ÉTATS : Quel est d'après-vous l'avenir des infrastructures en Afrique ?

Amélie Njonkou : Le déficit en infrastructures est estimé à ce jour à environ 100 milliards de dollars et il ne cessera de s’accroitre avec la croissance économique et démographique. 

LE DÉFICIT EN INFRASTRUCTURES EST ESTIMÉ À CE JOUR À ENVIRON 100 MILLIARDS DE DOLLARS

Les États africains vont être amenés à créer de plus en plus de collaboration avec les acteurs du secteur privé africains et étrangers. 

LES ÉTATS AFRICAINS VONT ÊTRE AMENÉS À CRÉER DE PLUS EN PLUS DE COLLABORATION AVEC LES ACTEURS DU SECTEUR PRIVÉ AFRICAINS ET ÉTRANGERS

L’avenir des infrastructures passera par les partenariats et les dialogues publics-privés ainsi que les politiques d’encadrement des investissements directs étrangers qui sont au cœur des enjeux de développement. Afin d’atteindre une croissance inclusive et stable au niveau mondial, nous devons créer des partenariats gagnants-gagnants basés sur les forces et les besoins de chacune des parties. 

L’Afrique est dotée d’une population dynamique et très jeune, qui est déjà un grand foyer d’innovation et qui constitue une main d’œuvre qui formée deviendra encore plus stratégique. Les acteurs du privé, qui ne sont pas seulement des entreprises en tant que telles mais également de nombreux fonds privés sont à la recherche d’opportunités d’investissements sur le continent en croissance qui est souvent mal connu. 

54 ÉTATS : Comment procédez-vous, au NEPAD-IPPF, pour financer les infrastructures "Transport" en Afrique ?

Amélie Njonkou : Le fonds soutient les pays africains dans les projets de développement d'infrastructures qui renforcent l'intégration régionale et le commerce dans les secteurs des Transports, de l’Énergie, des TIC et de la gestion des ressources en eau.

LE FONDS LES PAYS AFRICAINS DANS LES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT D'INFRASTRUCTURES QUI RENFORCENT L'INTÉGRATION RÉGIONALE ET LE COMMERCE DANS LES SECTEURS DES TRANSPORTS, DE L’ÉNERGIE, DES TIC ET DE LA GESTION DES RESSOURCES EN EAU

Nous recevons des demandes provenant des pays, mais également de communautés économiques régionales (RECs) concernant différentes activités tels que les études de préfaisabilité ou de faisabilité ; la structuration du projet ; le renforcement des capacités pour le développement des infrastructures ; ou le soutien à un environnement plus favorable aux PPP. 

Ces requêtes sont évaluées premièrement suivant leur éligibilité en termes de secteur, d’alignement aux plans prioritaires notamment des programmes NEPAD, PIDA et les stratégies décennale et d'intégration régionale de la Banque (BAD). 

Ensuite, les critères techniques sont examinés : le niveau de préparation du projet, la viabilité économique et financière, les impacts environnementaux et sociaux, les impacts en termes d’intégration régionale et les transferts de technologie et de savoir-faire. Bien entendu, le montant de financement est examiné et les allocations sont faites suivant la priorité des projets et la disponibilité des fonds au niveau du comité de surveillance.

54 ÉTATS : Pouvez-vous nous parler d'un projet porteur sur lequel vous travaillez ?

Amélie Njonkou : Je travaille sur les études détaillées du projet de construction du pont sur le fleuve Ntem reliant le Cameroun et la Guinée Equatoriale. Ce projet représente un maillon clé sur l’axe de route multinationale Kribi-Campo-Bata et contribuera à une plus grande intégration en Afrique centrale.

54 ÉTATS : On vous décrit comme très innovante, quelles sont vos idées pour booster le maillage des territoires en Afrique et enfin permettre aux routes de partout voir le jour sur le continent ?

Amélie Njonkou : Je suis en recherche constante de solutions Out of the Box. Les problématiques sur lesquelles nous travaillons à la division des Infrastructures & partenariats sont à la croisée de nombreux défis : le déficit en financement, la baisse des aides publiques au développement dans le contexte de crise économique due à la pandémie, la qualité à l’entrée des projets, les besoins en renforcement des capacités des États dans la mise en œuvre de nouveaux mécanismes tels que les PPP etc.

ENCOURAGER LE DIALOGUE ENTRE LE PUBLIC ET LES ACTEURS PRIVÉS AFRICAINS ET ÉTRANGERS 

L’un des premiers axes est d’encourager le dialogue entre le public et les acteurs privés africains et étrangers car nous avons beaucoup à apprendre de ces derniers. En particulier, le secteur privé africain est souvent mal connu et sous-estimé alors que même lors de l’exécution de contrats de multinationales, ils sont très souvent impliqués en tant que sous-traitants et ont donc des compétences clés qui peuvent être améliorées par de la formation.

NOUS DEVONS NOUS TOURNER DE PLUS EN PLUS VERS DES PARTENARIATS BILATÉRAUX ET MULTILATÉRAUX STRATÉGIQUES

Ensuite dans le contexte actuel où même les pays les plus riches font face à une crise économique sans précédent, nous devons nous tourner de plus en plus vers des partenariats bilatéraux et multilatéraux stratégiques plutôt que les concepts plus traditionnels de donateurs.

INVESTIR DANS LA RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT POUR ATTEINDRE L'EFFICIENCE

Enfin, nous avons plûtot tendance à nous concentrer sur la réalisation d’infrastructures, plutôt que sur les mécanismes qui permettent l’efficience et la longévité de ces ouvrages. Investir dans la Recherche et Développement spécialisée dans les contraintes de notre région, allouer une partie non significative des ressources à la maintenance et des fonds d’entretien routier est incontournable pour atteindre une intégration régionale substantielle du réseau routier.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction