Le président sortant, 85 ans dont près de trente-six au pouvoir, a été reconduit pour un mandat de sept ans avec 71,28 % des suffrages.

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Présidentielle au Cameroun : sans surpise, Paul Biya grand vainqueur

Le président sortant, 85 ans dont près de trente-six au pouvoir, a été reconduit pour un mandat de sept ans avec 71,28 % des suffrages.

L’élection présidentielle au Cameroun est sans surprise. La campagne sous couvert d'allures démocratiques avec de réels opposants et de vives contestations aurait pu laisser percevoir un changement. Pourtant, le résultat ne change pas : Biya l'indéboulonable remporte les élections. 

Lundi 22 octobre, au terme des quinze jours légaux d'après vote, les onze membres du Conseil constitutionnel, tous nommés par Paul Biya, ont proclamé sa victoire définitive à l’élection présidentielle. Bref récapitulatif en chiffres : après 36 ans de pouvoir, voilà là son septième mandat obtenu avec 71,28 % des suffrages à 85 ans. 

Après 36 ans au pouvoir, qu'y aura t-il de nouveau ? "La force de l’expérience" slogan de Paul Biya pendant touta sa campagne devrait laisser entrevoir le programme des sept prochaines années. 

Maurice Kamto, premier opposant

Le candidat Maurice Kamto, qui demandait l’annulation du vote dans sept des dix régions du pays, estimant notamment que 1,327 million de voix ont été frauduleusement octroyées à Paul Biya a eut le mérite de redynamiser l'intérêt des camerounais pour la vie politique du pays. 

Sans surprise, les membres du Conseil constitutionnel ne lui ont pas donné satisfaction – pas plus qu’aux deux autres candidats, Joshua Osih et Cabral Libii, qui réclamaient l’annulation complète du scrutin du 7 octobre –, mais Maurice Kamto avec 14,23 % des suffrages devient le réel opposant à Paul Biya. Un paul Biya qui n'est ni Dieu, ni demi-Dieu donc sujet à un fin inéluctable. 

Le Cameroun politiquement divisé

Dans cette première élection organisée à l’ère des réseaux sociaux, propices à la diffusion d’informations rarement vérifiées, et des groupes WhatsApp permettant le rassemblement de tous ceux qui partagent un même avis, le Cameroun aura aussi montré un visage inquiétant.

"On a pu voir un ethnofascisme se développer contre les Bamiléké. Il faut pour cela regarder certaines chaînes de télévision soutenues par le pouvoir", indique Stéphane Akoa, politologue à la Fondation Paul Ango Ela dans une interview offerte à nos confrères du journal le Monde. En fait, que ce soit dans les groupes de discussions ou dans certains médias, la campagne contre Maurice Kamto a été menée bien davantage contre la communauté à laquelle il appartient que contre le programme défendu par cet ancien ministre (2004-2011) à la personnalité policée et aux manières de technocrate.

Pour Paul Biya, tout le défi de son nouveau mandat de sept ans sera de préserver l’unité d’un pays qui n’a jamais paru aussi morcelé. Dans les provinces septentrionales, le combat contre les islamistes armés de Boko Haram, qui avait permis au Cameroun de se replacer comme acteur qui lutte contre le djihadisme, n’est pas encore terminé. "Ils ont récupéré beaucoup d’armes lors de deux attaques sur des bases militaires au Nigeria. Dès la saison sèche, ils vont relancer des attaques", s’inquiète un militaire.

Dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les autorités camerounaises mènent en revanche depuis un an une guerre sans appui extérieur et sans regard étranger contre les rebelles indépendantistes anglophones. Impossible de connaître à l'avance l'attitude qu'adoptera Paul Biya.

Rédaction
Journaliste