Donald Trump a fini par mettre à exécution sa menace de taxer 200 milliards de dollars d'importations chinoises supplémentaires, au risque de déclencher un engrenage: la Chine a promis mardi des "représailles" et jugé "incertaine" une reprise des négociations avec Washington.

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Guerre commerciale : Trump relance l'engrenage avec la Chine

Donald Trump a fini par mettre à exécution sa menace de taxer 200 milliards de dollars d'importations chinoises supplémentaires, au risque de déclencher un engrenage: la Chine a promis mardi des "représailles" et jugé "incertaine" une reprise des négociations avec Washington.

"Les tarifs douaniers prendront effet le 24 septembre et s'élèveront à hauteur de 10% jusqu'à la fin de l'année. Le 1er janvier, les taxes douanières seront portées à 25%", a expliqué le président américain dans un communiqué transmis par la Maison Blanche.

Des droits punitifs adoptés en juillet et août ciblaient déjà des biens chinois représentant 50 milliards de dollars d'importations annuelles aux Etats-Unis.

Pékin a riposté mardi en annonçant qu'il n'avait d'autre choix que de prendre "des mesures de représailles" non précisées. Pékin avait déjà indiqué envisager de nouveaux droits de douane sur 60 milliards de dollars de biens américains.

Surtout, le géant asiatique pourrait ne pas revenir à la table des négociations destinées à trouver un compromis : cette nouvelle salve américaine "ajoute de l'incertitude" aux pourparlers, a insisté Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

"De telles discussions doivent se tenir sur la base de l'équité, de l'égalité et de la bonne foi. Or, ce que les Etats-Unis viennent d'annoncer ne témoigne d'aucune sincérité, d'absolument aucune bonne foi", s'est-il indigné, fustigeant des droits de douane "inacceptables" pour Pékin.

D'autant que Donald Trump a intimé l'ordre aux dirigeants chinois de ne pas réagir.

"Si la Chine venait à prendre des mesures de représailles contre nos agriculteurs ou autres industries, nous mettrions en oeuvre immédiatement la phase 3, à savoir des tarifs douaniers sur quelque 267 milliards de dollars d'importations supplémentaires", a prévenu le président américain.

Si ce montant de marchandises était à son tour surtaxé, ce serait la totalité des importations chinoises qui seraient frappées de mesures protectionnistes américaines -- une perspective déjà agitée par Donald Trump.

'Tarifer' d'autres pays ? 

Sous pression d'entreprises américaines, inquiètes de l'impact pour leur activité, l'administration Trump a épargné certains produits de grande consommation des droits de 10%, dont des produits textiles et agricoles, les chaises hautes et sièges automobiles pour enfants, ainsi que les casques pour cyclistes. De même, après des exhortations du géant électronique Apple, les montres connectées ne seront pas concernées.

"Depuis des mois, nous exhortons la Chine à changer ses pratiques déloyales et à traiter les entreprises américaines de manière équitable et réciproque", a justifié M. Trump. "Mais, jusqu'à présent, la Chine n'est pas encline à changer ses pratiques", a-t-il déploré.

Dans la matinée, il avait menacé de "Tarifer !" les pays refusant de pratiquer un commerce équitable avec les Etats-Unis, par un de ces néologismes dont il a le secret.

Selon lui, les nouveaux droits de douane vont "faire entrer beaucoup d'argent dans les caisses des Etats-Unis".

Le président américain estime que les tarifs douaniers -- pas seulement avec la Chine -- placent "les Etats-Unis dans une posture de négociation très forte, avec des milliards de dollars et des emplois qui affluent dans notre pays".

Son conseiller économique Larry Kudlow a toutefois assuré que les Etats-Unis étaient ouverts au dialogue "à tout moment". Les responsables américains ont souligné que l'objectif n'était pas de limiter la croissance économique chinoise. 

Impact économique mesuré ? 

Donald Trump exige de Pékin qu'il réduise de 200 milliards de dollars l'abyssal déficit commercial américain, en ouvrant davantage son marché aux produits des Etats-Unis, déplorant notamment des transferts technologiques forcés.

Imposer des droits de 10% dans un premier temps -- plutôt que les 25% que Donald Trump avait demandé à son administration d'étudier -- pourrait être perçu comme un geste d'ouverture tout relatif, après que le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a contacté ses homologues chinois la semaine dernière pour reprendre les négociations.

Plutôt optimiste, la Bourse de Shanghai, qui avait perdu beaucoup de terrain ces derniers mois, a ainsi repris mardi 1,82% en clôture.

"Espérons que cette situation commerciale soit résolue, en dernier ressort par moi-même et par le président Xi (Jinping) pour lequel j'ai un profond respect et affection", a déclaré Donald Trump mardi, désireux de laisser la porte ouverte.

Ce conflit semble pour l'heure avoir peu d'effet sur la première économie mondiale qui tourne à plein régime, même si les mesures de rétorsion ciblées des partenaires des Etats-Unis se font sentir dans certaines régions et certains secteurs.

La banque centrale américaine a cependant prévenu qu'une guerre commerciale représentait pour l'heure la plus grande menace pour la croissance américaine.

Ces mesures américaines interviennent en revanche alors que l'économie chinoise, pénalisée par un durcissement du crédit dans le pays, montre des signes d'essoufflement.


©AFP

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction