Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a entamé une médiation la semaine dernière pour trouver une issue au blocage des pourparlers entre…

Abiy Ahmed et Tibor Nagy à la manoeuvre

Soudan : les médiateurs internationaux s'activent pour dénouer la crise

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a entamé une médiation la semaine dernière pour trouver une issue au blocage des pourparlers entre civils et militaires. Pourtant, en coulisses, la diplomatie internationale s'active y compris à l'ONU. A New York, le Conseil de sécurité des Nations unies s’engage dans des négociations très difficiles, à deux semaines du renouvellement de la mission hybride de l’ONU et de l’Union Africaine au Darfour.

« Nous n'avons pas confiance dans leur parole ». Voilà en quels termes sans détour un responsable de l'opposition explique son refus de pourparlers directs avec les militaires. Le face-à-face n'est plus envisageable étant donné les promesses jamais tenues, ajoute-t-il. Une médiation internationale est donc indispensable. Et aussi des garanties en cas d'accord que, cette fois, il sera bel et bien appliqué.

Abiy Ahmed et Tibor Nagy à la manoeuvre

C'est donc le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed qui a endossé ce rôle. Passé par Khartoum la semaine dernière, il doit y retourner la semaine prochaine. Lundi, les 28 pays européens doivent parallèlement adopter une position commune et, peut-être, nommer un envoyé spécial pour le Soudan.

Le « Monsieur Afrique » de Donald Trump, Tibor Nagy, quant à lui, a rencontré tout le monde, jeudi. Et il a réitéré les demandes de gestes de retour à la confiance, comme la démilitarisation de Khartoum par exemple. Au cours d'un point de presse téléphonique vendredi, il a réaffirmé son soutien à la médiation éthiopienne, qui commence à porter ses fruits. Et il a expliqué notamment pourquoi elle était devenue indispensable.

« Les deux parties au conflit ne se font absolument plus confiance. C'est un changement considérable par rapport au début des événements, lorsque les deux parties se voyaient comme des partenaires, a-t-il souligné. Mais la médiation permet malgré tout d'avancer dans ce contexte. Récemment, après le massacre du 3 juin, l'opposition a appelé à un vaste mouvement de désobéissance civile. C'était même leur carte maîtresse dans le jeu. Et c'est pourquoi lorsqu'ils ont volontairement accepté de suspendre le mouvement de désobéissance civile, la médiation et nous-mêmes avons estimé qu'il était désormais important que le Conseil militaire fasse un geste similaire. Nous avons demandé la libération des prisonniers. Maintenant le Conseil militaire nous affirme que plus personne n'est en prison. Nous avons suggéré aussi la démilitarisation de Khartoum, parce qu'en circulant en ville on voit bien qu'il y a une présence militaire importante. Et nous avons également suggéré le retour de la connexion à internet. Voilà des gestes qui nous paraîtraient positifs. »

Réunion du Conseil de sécurité : des points de vue opposés

Le Conseil a consacré une réunion au Soudan, vendredi 14 juin, rapporte notre correspondante à New York, Marie Bourreau. A l’origine, les diplomates devaient s’engager vers un départ progressif des 7800 casques bleus de la Minuad d’ici à juin 2020. Mais les récentes violences au Soudan et l’impasse politique font craindre un embrasement par contagion au Darfour. Européens et les membres africains plaident pour un simple renouvellement du mandat actuel pour se donner le temps d’élaborer une stratégie politique. Mais ils se heurtent à une très forte résistance des alliés de Khartoum.

Deux visions se sont opposées vendredi à New York. D’un côté, les Européens et les Africains qui prônent une approche réaliste et qui considèrent que les violences récentes au Soudan ne permettent plus d’envisager un départ de la mission tel qu’il était envisagé en juin 2020 faute d’interlocuteurs fiables à Khartoum. Ces Etats demandent -en outre- à geler le transfert des 15 bases restantes de l’ONU aux forces de sécurité soudanaises. Les diplomates craignent en effet que les forces de réactions rapides- qui appartiennent aux anciennes milices Janjawids accusées d’exactions et d’avoir très violemment réprimé les manifestations de Khartoum au début du mois- ne s’en emparent.

De l’autre, les alliés du Soudan et les pays pourvoyeurs de troupes tels que la Chine, la Russie, l’Indonésie et le Koweit qui revendiquent le principe de non ingérence dans les affaires internes. Pour ces pays, pas question de se soustraire à la promesse de retirer les troupes de l’ONU après douze ans de présence.

Le conseil a d’ici au 30 juin pour trouver un consensus. Mais les positions si clivées présagent de négociations extrêmement tendues

Au Soudan, forts du succès de leur grève générale, les civils sont, eux, toujours sur la même position : ils exigent le contrôle de la transition. Quant aux militaires, ils insistent auprès des médiateurs pour garder le contrôle de domaines régaliens, notamment la sécurité bien sûr, mais aussi le budget militaire et l'importante industrie d'armement, ou encore l'épineuse question de la justice, craignant évidemment d'être poursuivis après avoir quitté le pouvoir.

Rédaction
Journaliste