L’Economie togolaise a connu une forte croissance tirée notamment par le secteur portuaire. La croissance devrait être soutenue tirée par les secteur, agricole, de l’énergie et le secteur de la Finance par le biais d’investissements prévus par le Plan National de Développement (PND) horizon 2022. Rencontre avec Monsieur le ministre, Sani YAYA.

La rigueur au service du budget de l'État

Rencontre avec Sani YAYA, Ministre de l’Économie et des Finances du Togo

L’Économie togolaise a connu une forte croissance tirée notamment par le secteur portuaire. La croissance devrait être soutenue par les secteurs agricole, de l’énergie et de la Finance par le biais d’investissements prévus par le Plan National de Développement (PND) 2018-2022 et les réformes économiques initiées. Rencontre avec le ministre de l'Économie et des Finances, Monsieur Sani YAYA.

Ministre Sani Yaya

 

Priscilla WOLMER : Le Togo a gagné 19 places au classement Doing Business 2019, comment comptez-vous faire pour poursuivre les réformes et améliorer le classement 2020 ?

Sani YAYA : Je voudrais avant tout saluer la vision du chef de l’État qui engage l’action gouvernementale pour l’amélioration du climat des Affaires. Le PND est très stimulant pour le secteur privé, le financement à hauteur de 65% pour un coût global de 4 00 à 622 milliards. Il est très important pour nous de travailler pour rassurer les investisseurs du secteur privé. Nous avons gagné 19 points mais, vous n’avez pas tout dit. Nous sommes aussi le deuxième pays réformateur en Afrique et nous sommes dans le top 10 des réformateurs dans le monde.

Par ailleurs, permettez-moi de préciser deux éléments :

Le premier, concerne l’Indice Mo Ibrahim et le classement 2018 qui nous accorde une belle place (30ème sur 54 États).

Le second, concerne les Millenium Challenge Corporation (MCC) qui est une agence d’aide étrangère, indépendante du gouvernement des États-Unis qui contribue à la lutte contre la pauvreté mondiale. Nous avons signé un accord avec eux et ils nous soutiennent sur plusieurs projets.

Tout cela démontre le dynamisme du gouvernement en ce qui concerne la mise en œuvre des réformes au Togo.

Enfin, nous allons poursuivre le travail d’assainissement des finances publiques, continuer le travail des réformes sectorielles et de simplification des procédures pour le monde des Affaires notamment par la création des guichets uniques et l'application d'un nouveau code des investissements destiné à soutenir la mise en œuvre du PND et à accorder des mesures encore plus significatives pour le secteur privé.

Priscilla WOLMER : La dette intérieure du Togo est estimée à 25 milliards d’euros. Le Togo n’avait plus d’accord avec le Fonds Monétaire depuis fin 2011. Un accord au niveau des services a finalement été trouvé en janvier 2017 ; il a été adopté par le Conseil d’Administration du FMI en mai 2017. Cet accord devrait accompagner une nouvelle phase dans le développement du pays. Quels sont vos rapports avec ses deux institutions ?

Sani YAYA : Nous avons d’excellents rapports avec le FMI. Nous avons conclut un programme triennal en mai 2017 justement basé sur un certain nombre de réformes, d’assainissements des finances publiques et de réformes sectorielles. Ce programme est destiné à améliorer la stratégie d’endettement de notre pays. Il est appuyé par une facilité élargie des crédits et jusqu’à lors nous avons fait 3 revues concluantes avec les rapports disponibles. Le FMI salue l’action gouvernementale dans l’assainissement des finances et des réformes publiques.

Priscilla WOLMER : Ainsi, le FMI vous soutient dans votre démarche d’empreint auprès des investisseurs ?

Sani YAYA : La facilité élargie de crédit donne accès au Togo à 120 % de sa quote-part (soit 241 M$) sur les trois ans. Le programme vise à réduire ce déficit budgétaire pour assurer la soutenabilité de la dette de long-terme et des équilibres extérieurs, à remettre l’accent sur la croissance durable et inclusive, et à remédier aux faiblesses existantes dans le secteur financier, caractérisé par une sous-capitalisation (notamment et principalement des deux banques publiques, dont les services du FMI estiment que les besoins en recapitalisation pourraient s’élever à près de 4% du PIB) et un ratio de Prêts Non Productifs (PNP) proche des 20%.

Nous avons entrepris une demande auprès du FMI pour emprunter 500 millions auprès d’investisseurs privés. Je précise que ce n’est pas un eurobond. C’est une syndication privée de 500 millions destinée à faire le reprofilage de notre dette intérieure.

La dette intérieure a été contracté en urgence pour faire face au défi de délabrement de nos infrastructures au sortir de la période de crise.

Pendant cette dernière décennie, à cause de la suspension de la coopération avec le FMI jusqu'en fin 2006, nous avons emprunté. C’est auprès des banques commerciales locales que nous nous sommes engagés pour renforcer et reconstruire nos infrastructures. C’était très important, c’était un prélude à ce PND que nous sommes en train de lancer. Il faut des infrastructures.

Priscilla Wolmer : Pour rappel, la situation économique du Togo a pâti de la grave crise sociopolitique qui a commencé en 1991 et a entrainé une suspension de l’aide de nombreux partenaires multilatéraux et bilatéraux. Cette aide a repris progressivement à partir de 2007, ce qui a permis notamment de commencer à remettre en état des infrastructures qui s’étaient beaucoup dégradées.

Sani Yaya : Aujourd’hui, nous voulons lever 500 millions au niveau des marchés internationaux pour pouvoir rembourser cette dette intérieure qui se révèle beaucoup plus cher et dont la maturité est plus courte. C’est une dette sur 4 ou 5 ans qui finance des infrastructures de 20 à 25 ans.

Il y a une asymétrie de sorte à pouvoir nous dégager des espaces budgétaires puisque le service de la dette va diminuer comme nous rallongeons la durée et que le taux d’intérêt va baisser.

Priscilla WOLMER : Il y a un réel changement de paradigme.

Sani YAYA : Voilà le but de la manoeuvre. Nous sommes soutenu par la Banque mondiale dans ce cadre et la banque mondiale va nous donner une garantie ce qui va permettre de lever les fonds sur le marché financier à un taux plus faible que ceux que nous avons avec les banques commerciales classiques.

Priscilla WOLMER : Une question liée à la monnaie, le FCFA. Est-ce que le Togo envisage un jour de sortir du FCFA ?

Sani YAYA : Nous entendons ce débat très passionné.

Pour nous, au niveau du gouvernement Togolais. Nous nous inscrivons dans la logique des orientations données par la conférence des chefs d’État de la CEDEAO qui vise à la création d’une monnaie unique et le gouverneur de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest y travaillent.

Nous ne voyons aucun mal à posséder une monnaie unique mais si le nom peut causer des susceptibilités à certaines personnes, c’est des choses sur lesquels nous pouvons échanger à tête reposée.

Sortir du FCFA n’est pas un débat au niveau du gouvernement togolais

En revanche, nous réfléchissons à aller vers une monnaie unique d’une zone plus élargie. Nous savons ce que la monnaie unique nous apporte au niveau de la zone UMOA.

Priscilla WOLMER : Le FCFA ne freine pas le développement de la région ?

Sani YAYA : Prenons les taux de croissance dans la sous-région. Nous-même, nous sommes à un taux moyen au dessus de 5%. Les pays que l’on appelle les locomotives sont allés jusqu’à 8%. La Côte d’Ivoire, le Sénégal sont autour de 7 à 8%.

Nous ne pensons pas qu’une monnaie unique soit un frein. L’euro n’est pas un frein pour la zone euro

Seule la dénomination dérange. C’est un débat qui peut se faire dans le but d’apporter quelques améliorations par rapport à l’arrimage avec l’euro.

 

 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction