À travers un long communiqué de presse parvenu à la rédaction de 54 ÉTATS, le Premier ministre d'Ethiopie, Abiy Ahmed évoque les…

Le Premier ministre Abiy Ahmed revient sur ses actions envers le peuple tigréen

Ethiopie : Vers un ordre pacifique dans la Corne de l'Afrique

À travers un long communiqué de presse parvenu à la rédaction de 54 ÉTATS, le Premier ministre d'Ethiopie, Abiy Ahmed évoque les opérations entreprises par le gouvernement fédéral éthiopien dans la région du Tigré. Il explique avoir libéré le peuple tigréen de décennies de mauvaise gestion par le Front de Libération du Peuple Tigré (FLPT). Cela a suscité de nouveaux espoirs, mais aussi des inquiétudes, concernant l’avenir de l’Éthiopie et son rôle dans la Corne de l’Afrique et au-delà.

La rédaction 54 ÉTATS a choisi de publier le communiqué dans son intégralité : "Les espoirs découlent du fait que le FLPT, corrompu et dictatorial, a été écarté pour de bon. Les Ethiopiens peuvent désormais imaginer un avenir basé non pas sur le chauvinisme ethnique, mais sur l'unité, l'égalité, la liberté et la démocratie. De plus, la source de la division ethnique qui avait empoisonné les relations interétatiques dans la Corne de l'Afrique est désormais surmontée.

Mais je ne peux pas nier l’éviction du FLPT a alimenté un malaise au sein de la communauté internationale. Les préoccupations concernant la discrimination ethnique au Tigré et les obstacles aux secours humanitaires sont nombreuses. Mon gouvernement est déterminé à répondre à ces préoccupations et à les dissiper.

Ainsi, pour emprunter à Thomas Jefferson, «un respect décent aux opinions de l'humanité» m'oblige à expliquer pourquoi mon gouvernement a agi pour rétablir la paix dans le Tigré, comment nous y atténuons les souffrances et pourquoi nos efforts - soutenus, je l'espère, par la communauté internationale - profiteront à tous les habitants de mon pays, y compris ceux du Tigré et de la Grande Corne.

Aucun gouvernement ne peut tolérer que ses soldats et civils innocents soient pris en embuscade et tués par dizaines, comme cela s'est produit aux mains du FLPT l'automne dernier. Après tout, mon premier devoir en tant que Premier ministre et commandant en chef des forces armées nationales, est de protéger l'Éthiopie et son peuple contre les ennemis internes et externes.

Nos opérations au Tigré ont été conçues pour rétablir rapidement la paix et l'ordre. En cela, nous avons réussi, mais les souffrances et les décès survenus malgré nos meilleurs efforts ont causé beaucoup de détresse pour moi personnellement ainsi que pour toutes les personnes épris de paix ici et à l'étranger.

Mettre fin aux souffrances dans le Tigré et dans tout le pays est désormais ma priorité absolue. C'est pourquoi j'appelle les Nations Unies et les agences humanitaires internationales à travailler avec mon gouvernement afin que nous puissions, ensemble, apporter une aide effective à tous ceux qui en ont besoin au dans le Tigré.

Entre temps, nous travaillons, jour et nuit, pour fournir tout ce qu’est nécessaire à nos citoyens dans le Tigré et à ceux qui sont dans le besoin dans les provinces voisines, ainsi que pour faire en sorte que les droits humains soient respectés et que la vie normale soit rétablie. Pour réussir, de nombreux défis doivent être surmontés. Par exemple, la reconnexion des lignes de communication délibérément détruites par le FLPT met à l'épreuve notre capacité à fournir une aide humanitaire. Dans ce travail de reconstruction, la communauté internationale peut être d’une aide considérable.

Mon gouvernement est également prêt à aider les dirigeants communautaires du Tigré qui se consacrent à la paix. En effet, nous les avons déjà saisis.

La communauté internationale a compris ce qu'était le FLPT. Beaucoup ont condamné sa violence ethnique. Malheureusement, certains étaient prêts à fermer les yeux sur la torture, les disparitions et les exécutions extrajudiciaires du FLPT. Sans le FLPT, disait-on, l'Éthiopie risquait de se fragmenter sur des bases ethniques, comme la Yougoslavie dans les années 1990. Selon cet argument, l’effondrement de l’Éthiopie entraînerait le chaos dans la Corne de l’Afrique.

Le bon sens nous dit qu'un régime basé sur la division ethnique ne peut pas durer; mais, comme dit l’adage, le bon sens n'est pas toujours commun. Heureusement, les sociétés humaines ne peuvent tolérer la violence raciale, ethnique et religieuse très longtemps.

Au cours des cinq années environ qui ont précédé mon élection en avril 2018 à la tête du Front Démocratique Révolutionnaire du Peuple Ethiopien, alors au

pouvoir, qui jusque-là comprenait le FLPT, les contestations populaires au régime se sont multipliées. Le FPLT a répondu avec sa brutalité habituelle. Le vote de 2018 a poussé le pays dans une direction nouvelle et inclusive. Le parti politique que je dirige actuellement est le premier en Éthiopie à ne pas être basé sur la race, la religion ou l'ethnicité.

La politique régionale du FLPT était une extension grossière de sa stratégie nationale de diviser pour régner. Le FLPT Ethiopie a, par exemple, adopté une politique d'exclusion et d'ostracisme envers l'Érythrée, contre laquelle il a mené des guerres par procuration à partir du territoire souverain de pays voisins instables - renforçant leur fragilité.

Une Éthiopie libérée du FLPT défendra la paix et le développement inclusif. Sur le plan interne, notre «Nouvelle Éthiopie» sera fondée sur l’égalité entre tous nos groupes constituants, y compris le peuple du Tigré qui souffre. Sur le plan extérieur, nous agirons de manière à reconnaître que nos intérêts nationaux sont indissociablement liés à ceux de nos voisins.

L'accord de paix signé avec l'Érythrée en 2018 est un exemple vivant de ce que l'Éthiopie est capable et désireuse de faire. Cet accord a mis fin à une impasse violente vieille de deux décennies et a permis à l'Érythrée de se réintégrer dans la Corne et dans la communauté mondiale. Plus important encore, ses citoyens, et ceux de mon pays résidant le long de la frontière, peuvent désormais vivre sans l'ombre de la guerre qui pèse sur eux.

Mon gouvernement a également cherché à rétablir les relations de l’Éthiopie avec nos autres voisins. À la suite de la crise politique au Soudan en 2019, l'Éthiopie a contribué à faire sortir ce pays du bord de la guerre civile, en aidant à créer un gouvernement de transition composé de civils et de représentants militaires. De même, le rôle stabilisateur de l’Éthiopie en Somalie est sans égal, et nos efforts pour rétablir la stabilité au Soudan du Sud sont ininterrompus.

La politique étrangère actuelle de l’Éthiopie repose sur la conviction qu’une intégration régionale plus étroite bénéficie à tout le monde. Nos efforts pour rendre opérationnelle la Zone de Libre-échange Continentale Africaine en est un élément clé.

Plus concrètement, il y a quelques semaines à peine, nous avons inauguré une autoroute reliant le corridor Addis-Abéba-Nairobi-Mombasa, un projet qui supprime les barrières physiques au commerce transfrontalier entre le Kenya et l'Éthiopie. De même, la route reliant Addis-Abeba au port érythréen d'Assab est en cours de réhabilitation en tant qu'artère de transport pour le commerce international.

De plus, en partenariat avec le secteur privé, de nouvelles autoroutes sont prévues pour relier l'Éthiopie aux ports de Djibouti et d'Assab (pour remplacer l'ancienne route en cours de réhabilitation), qui sera ensuite reliée à Juba, la capitale du Soudan du Sud, fournissant à ce pays enclavé un débouché commercial viable. Des projets communs concernant les ports et la logistique, les parcs industriels et l'extraction de potasse sont également en cours de développement. Et j'espère profondément que le Grand Barrage de la Renaissance Ethiopienne, une fois achevé, bénéficiera du soutien de tous nos voisins et offrira des opportunités sans précédent à tous en Afrique de l'Est.

Seule une Éthiopie en paix, avec un gouvernement lié par des normes de conduite humaines, peut jouer un rôle constructif dans la Corne de l'Afrique et au-delà. Nous sommes déterminés à travailler avec nos voisins et la communauté internationale pour tenir cette promesse." 

Worku Gebre
Journaliste