RDC : Joseph Kabila et la politique du pire !

Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement
Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement
Nicolas Feuillate né en terre d'enchantement

 

L’ONU rappelle que l’élection présidentielle doit se tenir au plus vite

RDC : Joseph Kabila et la politique du pire !

La présidentielle en République démocratique du Congo (RDC) était censée se dérouler le 27 novembre 2016, nous sommes le 27 juin 2017 et toujours rien. À quand la tenue d'une élection crédible ? Au centre de la polémique, Joseph Kabila. Le président, en poste depuis le 26 janvier 2001, est plus que soupçonné – accusé en fait – de vouloir conserver son poste à l’issue de ce qui devait être son dernier mandat, selon les limites fixées par la Constitution. Peu importe, le chef de l’État joue la montre tout comme du bâton contre l’opposition.

C’est tout de même une drôle d’histoire que celle-ci. Drôle mais qui ne se prête pourtant pas à rire.15 ans au pouvoir pour en arriver à une incroyable faillite qui plongerait dans la honte n’importe quel démocrate qui se respecte : la commission électorale, en charge de l’organisation des différents scrutins, n’aurait pas reçu de la part du gouvernement les fonds alloués pour mener à bien sa mission. Ce qui s’apparente à un naufrage devrait naturellement provoquer une démission en masse des responsables politiques du pays. Pas le cas du côté de Kinshasa !

C’est que cet amateurisme supposé masque en réalité une expertise sans faille dans l’art de "noyer le poisson".

En République démocratique du Congo qui n’a pas vu arriver la crise ? Tout a été fait pour entraver le processus démocratique et créer les conditions nécessaires au prolongement de la mandature Kabila. Dès septembre 2014, c’est le président de l’Assemblée nationale qui tentait – ô surprise ! – de  modifier la Constitution. Comme tant d’autres l’ont fait ou comptent le faire ! En vain. Quelques mois plus tard, en janvier 2015, le gouvernement vendait l’idée d’une nouvelle loi électorale prévoyant – ô surprise encore ! – de différer les élections… de quelques années ! Finalement, face aux échecs répétés de ces mesures grossières, les autorités ont fini par adopter sans rougir la stratégie du "glissement" : repousser les élections en arguant que le gouvernement n’est pas en mesure financière et technique de les organiser dans les délais prévus. On peut présenter cela différemment : à défaut de pouvoir faire élire notre candidat, faisons obstruction à la démocratie.

La manœuvre, la manipulation en fait, ne date donc pas d’hier ! De fait, les intentions du président Kabila n’ont dupé personne. Voilà près d’un an que la majorité présidentielle est frappée de défection, à l’image de ce G7 – en référence à sept personnalités de premier plan – qui ont eu l’outrecuidance en septembre 2015 de demander au chef de l’État de ne pas s’accrocher à son fauteuil. Virés de la coalition au pouvoir, les "7" ont reçu un soutien de poids en la personne de l’influent Moïse Katumbi, démissionnaire du Parti du peuple pour la construction et la démocratie (PPRD). Ceux-là et quelques autres se retrouvèrent finalement dès le mois de décembre au sein du Front citoyen 2016, large plateforme visant à fédérer une opposition trop souvent dispersée pour faire barrage à la coalition présidentielle. Pas une mince affaire que d’aligner tant d’egos sur une unique position et, surtout, de dégager un candidat unique à un hypothétique vote !

Moïse Katumbi, homme d’affaires et ancien gouverneur de la province du Katanga

Moïse Katumbi, homme d’affaires et ancien gouverneur de la province du Katanga (dissoute depuis), doit effectivement composer avec les historiques Étienne Tshisekedi et Vital Kamerhe. Plus encore, en tentant de se présenter comme une alternative sérieux au président en place, celui-ci s’est attiré les foudres du pouvoir qui a déchaîné une véritable tempête judiciaire autour de sa personne.

Le jour même où Katumbi annonçait sa candidature à la fonction suprême, le ministre de la Justice faisait part de l’ouverture d’une enquête à son encontre sur des faits supposés de recrutements de mercenaires ! Dans la foulée, près d’une trentaine de ses soutiens étaient interpellés dans son fief de Lubumbashi ou ses environs. Et ce dans la droite ligne de la répression accrue constatée contre tous ceux qui osent critiquer le régime, société civile et médias y compris. Parrainé par l’Union africaine, le dialogue national voulu par Joseph Kabila n’a amadoué personne… ou si peu de monde. Les discussions tournent en rond, dans les rangs du président Kabila, il ne faut pas aller chercher trop loin les raisons du blocage du processus électoral. "La question de la guerre à l’Est a été un véritable gouffre financier, ensuite il y a l’effondrement du cours des matières premières", a ainsi avancé She Okitundu. Le porte-parole de la délégation de la majorité évoque également des torts partagés : "Il y a aussi une raison fondamentale, c’est qu’on n’a jamais trouvé un consensus sur l’élaboration du calendrier électoral".

Pas vraiment l’avis de son homologue de l’opposition, celle qui en tout cas a accepté de participer aux débats, pour qui "le gouvernement de la République a créé tous les mécanismes pour éviter que l’élection présidentielle ne se tienne dans les délais convenus par la loi en privant la Céni des moyens nécessaires, mais aussi en créant les mécanismes illégaux : proposition de révision constitutionnelle, proposition de loi d’enrôlement, etc, qui n’ont pas permis de pouvoir capitaliser le temps pour arriver à bon port". Aucun doute pour Jean-Lucien Bussa, s’il y a un responsable, il s’appelle Joseph Kabila, incapable de garantir la Constitution et ses institutions.

Un dialogue de sourds donc qui ne devrait aboutir qu’à plus de tensions. Déjà, la colère gronde dans les rues de Kinshasa et des autres villes du pays. Si des violences devaient éclater, chacun devra prendre ses responsabilités. Le président Kabila en premier lieu mais également la communauté internationale qui, tout en prônant le respect du droit constitutionnel, ne s’active pas beaucoup pour éviter le drame à venir. Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des opérations de maintien de la paix, vient de terminer sa visite dans le pays. Durant son séjour, il a beaucoup consulté, à Kinshasa mais aussi dans la Région du Grand Kasaï. Il a rappelé que, conformément à l’accord passé par les partis politiques congolais, l’élection présidentielle doit se tenir au plus vite. Pas besoin d’être visionnaire pour prédire que cette aventure va mal se terminer. Pour les Congolais avant tout…

Rédaction
Journaliste