Quand le mercenaire Simon Mann accuse George Soros et William Bourdon

Procès des BMA : "Cette affaire, en fait, n’est peut-être pas l’affaire que l’on croit"

Quand le mercenaire Simon Mann accuse George Soros et William Bourdon

Le mercenaire anglais Simon Mann, impliqué dans une tentative de coup d'État en 2004 contre le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a accusé lundi 26 juin, le financier américain Georges Soros et l'avocat de Transparency William Bourdon d'avoir voulu destabiliser le pouvoir en place en Guinée équatoriale et renverser le président de la République de ce petit pays puissant d'Afrique centrale.

Simon Mann, 65 ans, était cité par la défense du vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue jugé à Paris dans l'affaire dite des biens mal acquis, devant le tribunal correctionnel de Paris.

Condamné à 34 ans de prison en Guinée équatoriale pour la tentative de coup d'État, Simon Mann a été gracié par le président Obiang puis libéré en 2009.

"Je n'ai pas de preuve écrite", a-t-il averti avant de livrer son récit. À la barre, le sexagénaire en costume sombre a affirmé avoir en 2011 "averti" le président Obiang que le financier américain George Soros et  le président de Sherpa William Bourdon, ainsi que deux autres protagonistes du coup d'État raté de 2004, l'opposant en exil Severo Moto appartenant à la Cored et l'homme d'affaires Ely Calil, "avaient l'intention de renverser le gouvernement équato-guinéen".

"J'ai expliqué au président que ça pouvait être par n'importe quel moyen", a-t-il poursuivi. Selon lui, le président Obiang lui a alors produit un email de 2007, "du bureau d'Ely Calil à M. Bourdon, qui mettait en cause le comportement du vice-président", Teodoro Nguema Obiang Mangue.

"Simon Mann, comme tout le monde le sait, avait été embauché par certaines personnes au cours des années 2003 et 2004, pour ni plus ni moins tuer l’actuel président de la République de Guinée équatoriale dans le cadre d’un coup d’État. Il a été arrêté avec ses comparses. Les commanditaires ont été parfaitement identifiés. Il viendra expliquer un certain nombre de choses, car cette affaire, en fait, n’est peut-être pas l’affaire que l’on croit" explique Maitre Marsigny à la presse.

"Extrême gravité"

La voix timide et molle, c'est un William Bourdon visiblement gêné et rouge de colère qui s'adresse à la Présidente pour tenter d'interrompre le témoignage de Simon Mann. Maitre William Bourdon défend l'ONG Transparency international France, partie civile au procès.

Alors qu'il est ici mis en cause personnellement, il dénoncera un "procédé qui atteint le paroxysme de la salissure", un procédé d'une "extrême gravité", "du jamais vu en 37 ans d'exercice". Il a demandé que ces mises en cause soient actées, annonçant qu'il se réservait la possibilité d'engager des poursuites. Et puis, à la sortie de la salle d'audience, il balancera en publique à ses amis du CCFD et à la presse qu'il s'en fou royalement bien que son coeur semble lourd et serré d'angoisse.

Selon Simon Mann, ceux qu'il a désignés envisageaient "toutes les options, y compris légales". Questionné par la présidente, il a affirmé qu'il n'avait pas été payé pour sa déposition devant le tribunal, mais que ces frais liés à ce déplacement pour témoigner avait été payé. Il ne précisera pas par qui.

L'avocat de Teodorin Obiang, Me Emmanuel Marsigny, a ensuite versé aux débats le fameux email de 2007, expliquant qu'il l'avait obtenu car il se trouvait dans les pièces de la défense du CCFD Terre Solidaire, qui avait été poursuivi par le président équato-guinéen en diffamation en 2011.

William Bourdon a alors souligné que son contradicteur procédait ainsi en sachant qu'il n'avait "pas la liberté" de se défendre, sauf à violer le secret qui s'impose à lui dans le cadre d'un incident disciplinaire entre avocats survenu il y a plusieurs années. Cet incident, Maitre Marsigny le révelera sans peine : "Il s'agissait d'une demande d'expertise pyschiatrique à votre endroit Maitre Bourdon".

Avant cet incident, le tribunal a vu défiler à la barre plusieurs témoins des parties civiles. Entrepreneurs, journalistes, activiste, ils ont évoqué la répression, le fonCtionnement de l'appareil politique en Guinée équatoriale, décrit la Guinée équatoriale comme un pays où règnent la "cleptocratie" et la "corruption".

Des développements qui ont parfois conduit l'avocat du prévenu, Me Emmanuel Marsigny, à pester : "On perd notre temps". Réplique de Me Bourdon: "Vous vous prenez pour un juge à Malabo, Marsigny".

Un activiste équato-guinéen, exilé en Espagne, a affirmé qu'il était dans son pays "interdit de faire voir au peuple ce qui se déroule ici" devant la justice française.

Daniel Lebègue, président d'honneur de Transparency, partie civile, a quant à lui estimé que l'argent "appartient aux citoyens de Guinée équatoriale qui en ont été privés et volés". Selon lui, ce dossier "emblématique aura et a déjà un écho immense non-seulement en Afrique mais partout dans le monde où des gens luttent pour un État de droit et pour faire reculer la corruption".

Le procès de Teodoro Nguema Obiang Mangue, accusé de s'être frauduleusement bâti en France un patrimoine considérable, est prévu jusqu'au 6 juillet. Affaire à suivre.

Priscilla Wolmer
Directrice du média 54 États - Directrice de la rédaction