Procès Obiang : la justice épluche les flux financiers des biens mal acquis

"On n’a pas de preuve, mais cela ne rend pas la chose impossible"

Procès Obiang : la justice épluche les flux financiers des biens mal acquis

Depuis le 19 juin, se tient devant le tribunal correctionnel de Paris le procès du vice-président équato-guinéen, Teodoro Nguema Obiang Mangue, poursuivi pour corruption, blanchiment, détournement de fonds publics, abus de biens sociaux, et abus de confiance. Oui, tout ça ! Après une journée de pause, le procès a repris hier, 28 juin avec une audience au cours de laquelle il a beaucoup été question de flux financiers. Aujourd'hui, le procès se poursuivra dès 14h30.

Plusieurs sociétés équato-guinéennes auraient permis à Teodoro Nguema Obiang Mangue, leur actionnaire, de vivre dans le luxe. Parmi ces entreprises, on retrouve notamment une société d’exploitation forestière.

Selon des témoignages recueillis lors de l’instruction, la Somagui n’avait pour vocation que de prélever un impôt révolutionnaire sur les exportations de bois. Le tarif de cette taxe bien singulière se montait à 15 000 francs CFA par mètre cube, soit environ 230 euros.

Le tribunal a noté que cet impôt prélevé par le ministre de l’Agriculture de Guinée équatoriale, Teodoro Nguema Obiang Mangue - poste qu'il a occupé entre 1997 et 2012 - pouvait être assimilé à des faits de corruption.

Complicité des banques ?

"Aucun document, martèle Me Marsigny, n’a jamais été fourni en soutien de ces accusations".

"C’est vrai, acquiesce la présidente. On n’a pas de preuve, mais cela ne rend pas la chose impossible"

Les bénéfices de ces sociétés alimentaient les comptes de la SGGE d’une filiale du français Société Générale à Malabo, la capitale. La banque n’a pas été poursuivie. Elle a toujours indiqué que ces revenus étaient transparents.

"Obiang, transparent ? C’est une blague ?", rétorque William Bourdon, l’avocat des parties civiles. Le fondateur de l'ONG Sherpa défend aussi Transparency International, à l'origine de la plainte qui a déclenché l'affaire des "biens mal acquis" en 2007. Pour lui, la complicité consciente ou inconsciente du système bancaire français est bien l’une des causes de cette corruption endémique. Aujourd'hui le Tribunal se concentrera justement sur ces institutions et organes bancaires françaises qui n'ont rien vu et rien entendu au moment des faits : banque de France, Trésor public français,  Centre des impôts... Et pourtant, quand s'il y a corrupteurs, il y a corrompus et vice-versa.

Priscilla Wolmer
Directrice du média 54 États - Directrice de la rédaction