En Afrique, l'émergence des Fintech bouscule les habitudes

Innovation technologique financière

En Afrique, l'émergence des Fintech bouscule les habitudes

Avec sa start-up M-pesa, _M pour mobile et pesa pour argent en swahili_, le Kenya depuis 2007, a insufflé au reste de l’Afrique le virus de la micro-finance numérique et du transfert d’argent par téléphone mobile. Fintech, c’est le mariage réussi de la finance et des nouvelles technologies, l’espoir de ces populations africaines si peu bancarisées mais tellement connectées. Zoom sur cette révolution technologique.

Un nombre grandissant de start-up africaines développent leur marché autour de la question de la sous-bancarisation des Africains. Une manière innovante de contourner les coûts excessifs des fameux « cash to Goods » et ce grâce à l’utilisation d’un téléphone mobile et d’une pièce d’identité à jour.

Le mobile, un outil d’e-inclusion puissant

En Afrique, le mobile est un outil puissant d’e-inclusion qui offre entre autres, la possibilité via des applications type M-pesa de verser un salaire, transférer, déposer et retirer de l’argent, ou  encore d'acheter des crédits de communication. Et ces applications offrent même un historique des transactions.

Pin, SMS, flash code sont les nouveaux saints auxquels se vouent ces pays en développement. En 2012, environ 17 millions de comptes M-Pesa avaient été enregistrés au Kenya, une belle manière de réduire la criminalité dans ces pays où disposer d’importantes sommes d’argent liquide sur soi, peut pousser au crime.

Des opérations de la vie courante facilitées par les Fintech

En 2025, ce sont plus de 600 millions de Smartphones qui seront en circulation en Afrique. En 2030, deux milliards l’utiliseront pour épargner, emprunter et payer. « C’est un réel progrès » informe Julien Maldonato, expert pour Deloitte dans le digital appliqué aux services financiers : mobile, social business, big data, intelligence artificielle et objets connectés.

« Après une forte croissance du nombre des acteurs Fintech en France, 2017, devrait voir arriver une consolidation du secteur. Si elles bouleversent le monde financier, les Fintech ne sonnent pas pour autant le déclin des acteurs traditionnels qui se livrent à une course à l’innovation » nuance t-il.

En Afrique, les opérations de la vie courante sont facilitées par ces start-up qui ont su imaginer la banque africaine de demain et ainsi entreprendre les bonnes actions, et faire preuve de proactivité dans l'anticipation du changement. M-pesa, AfriMarket, SimplePay, Bouquet Pass Santé, SnapScan, Beam, We CashUp sont en plein essor.

Et « l'intensification de la concurrence va s'accroître»  informe Mouloud Dey, Director Innovation and Business Development à SAS.

En France, « L’émergence des nouveaux acteurs, le développement de nouvelles technologies, l’adoption de l’Intelligence artificielle font craindre une relation client totalement déshumanisée » informe Julien Maldonato.

Pourtant, avec de telles innovations, les membres de la diaspora africaine peuvent aider plus facilement leur famille au pays en participant aux dépenses de la vie courante : alimentation, frais de santé, fournitures scolaires, sans se ruiner.

En outre, les Fintech qui bousculent avec elles la bonne marche des secteurs d'activités traditionnels : paiements, assurances, dépôts et prêts, provisionnement du marché, levée de fonds, gestion de placements, remettent également en question les coûteux monopoles du triumvirat des opérateurs Western Union, Money Gram ou Orange Money. Bien qu’Orange Money prévoit d’intégrer AfriMarket à sa solution de paiement.

Face à la menace de la désintermédiation, les questions fusent : quelle stratégie entreprendre pour accélérér sa transformation vers le paiement digital ? Comment faire face aux sites marchands capables de proposer le paiement en ligne tout en récoltant les données clients ? Quel modèle de pricing du paiement digital adopter ?

En revanche, l'émergence des Fintech n'implique pas le déclin des acteurs traditionnels. Au contraire, en Afrique, ce marché encore endormi, tous s'invitent à sa dynamisation.

Priscilla Wolmer
Directrice du média 54 États - Directrice de la rédaction