Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a fait part, ce matin au Conseil de sécurité, de son inquiétude face aux nombreuses violations de l’embargo sur les armes et à la reprise des combats, alors même que les parties avaient décidé, le 19 janvier dernier à la Conférence de Berlin sur la Libye, de respecter le cessez-le-feu et de s’engager dans un processus politique. 

« Je partage la colère de M. Salamé devant le comportement cynique de certains États »

Libye : le Représentant spécial s’inquiète des violations de l’embargo sur les armes et de l’escalade militaire, en dépit des engagements pris à Berlin

Le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) a fait part, ce matin au Conseil de sécurité, de son inquiétude face aux nombreuses violations de l’embargo sur les armes et à la reprise des combats, alors même que les parties avaient décidé, le 19 janvier dernier à la Conférence de Berlin sur la Libye, de respecter le cessez-le-feu et de s’engager dans un processus politique. 

Intervenant depuis Brazzaville, en République du Congo, où il a participé au huitième Sommet des chefs d’État du Comité de haut niveau sur la Libye de l’Union africaine, M. Ghassan Salamé a expliqué qu’à Berlin, les pays et les organisations régionales ont convenu de ne pas interférer dans les affaires intérieures de la Libye et de se conformer à l’embargo sur les armes imposé par l’ONU.  Les 55 points du Communiqué final prennent en compte l’ensemble des questions relatives au problème libyen, un dispositif renforcé par le plan opérationnel détaillé de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL). 

La Conférence a eu lieu dans un contexte marqué par la trêve obtenue le 8 janvier par les Présidents Vladimir Putin et Recep Tayyip Erdoğan et acceptée par les deux parties au conflit.  Mais cette trêve a fait long feu, en particulier à Tripoli où s’abattent tirs d’artillerie et pilonnages aveugles.  Des combats font également rage à l’extérieur de la capitale.  Le 26 janvier, l’Armée nationale libyenne (ANL) a lancé une offensive contre les forces du Gouvernement d’entente nationale.  Des renforts militaires sont enregistrés dans les deux camps, ce qui fait craindre un embrasement régional.  Les belligérants reçoivent des pays étrangers, équipements sophistiqués, combattants et conseillers, en violation fragrante de l’embargo sur les armes et des engagements pris à Berlin. 

« Je partage la colère de M. Salamé devant le comportement cynique de certains États », a avoué l’Allemagne, puisque parmi les fournisseurs, on compte plusieurs pays qui ont participé à la Conférence de Berlin, ont dénoncé les États-Unis.  « Le temps est venu pour ceux qui ont violé les résolutions existantes du Conseil de sécurité d’en subir les conséquences », ont-ils annoncé.  Les ingérences étrangères et les appuis militaires doivent cesser, s’est impatientée, à son tour, la France, en pensant « en particulier à la Turquie ».  Elle a jugé important que les pays voisins de la Libye, au-delà de ceux présents à Berlin, comme l’Algérie ou l’Égypte, soient associés au suivi et à la mise en œuvre des conclusions de la Conférence.  La France a dit penser particulièrement à la Tunisie, au Maroc, au Tchad et au Niger.  Ce dernier a prévenu que sans une solution à la crise libyenne, le Sahel restera exposé aux affres du terrorisme, d’autant plus que « l’internationale terroriste » y envoie ses adeptes les plus dangereux et les plus aguerris. 

Le Niger a appelé le Conseil à prendre en compte les conclusions de la réunion du Comité de haut niveau de Brazzaville lesquelles seront validées par le prochain Sommet de l’Union africaine prévu dans quelques jours à Addis-Abeba.  Le Conseil, a acquiescé la Tunisie, soutenue par la Libye, doit associer l’Union africaine au processus car « la concertation des efforts est cruciale ».  L’idée du Représentant spécial d’obtenir du Conseil une résolution approuvant les conclusions de Berlin a été soutenue par toutes les délégations, afin d’envoyer un signal fort aux « fauteurs de troubles ».  La « crédibilité » du Conseil a été mise en avant par la Fédération de Russie car « le règlement de la crise libyenne ne doit pas servir à se lancer dans une compétition ».  Nous avons des contacts avec toutes les parties, mais n’en soutenons aucune en particulier, a-t-elle souligné. 

Les deux parties, a indiqué le Représentant spécial, ont transmis à Berlin les noms de leurs représentants à la Commission militaire mixte « 5+5 » à Genève, dont les travaux doivent être lancés dès que possible, mais la délégation de l’ANL n’a pas encore confirmé sa participation.  M. Salamé a dit son intention de rencontrer dans deux jours, le général Khalifa Haftar, chef de l’ANL, « un individu assoiffé de pouvoir », a tranché la Libye.  Le peuple libyen, a-t-elle prévenu, perd confiance devant une communauté internationale qui semble placer « l’agresseur et l’agressé sur un pied d’égalité ». 

Comment, s’est-elle indignée, les forces du maréchal Haftar, responsables des bombardements, peuvent-elles se prétendre « nationales » alors qu’elles tuent des jeunes libyens, multipliant assassinats et enlèvements ?  La Libye a dénoncé l’influence des Émirats arabes unis et même de l’Égypte, « grande sœur du monde arabe », sans oublier « les forces spéciales françaises ».  Le meilleur moyen de régler la crise est de respecter la volonté du peuple libyen, a pronostiqué la Libye, en saluant les efforts de la Turquie et de la Fédération de Russie. 

Il est impératif, a souligné le Représentant spécial, que la Commission militaire mixte se réunisse sous les auspices de l’ONU pour transformer la trêve en cessez-le-feu et discuter des modalités d’un mécanisme de contrôle du cessez-le-feu, un processus pour lequel le soutien collectif du Conseil de sécurité est « vital ».  Consolider la trêve est indispensable pour assurer le lancement du Forum politique libyen, qui doit permettre aux parties de préparer la transition institutionnelle.  « Les Libyens doivent avoir l’espoir que la communauté internationale ne les abandonne pas », a insisté M. Salamé. 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction