Fondateur et PDG de Digital Green, Rikin Gandhi rassemble les critères technologiques et sociaux pour améliorer l’efficacité et le partage…

Rikin Gandhi : un Indien au secours de l'Afrique

Interview

Fondateur et PDG de Digital Green, Rikin Gandhi rassemble les critères technologiques et sociaux pour améliorer l’efficacité et le partage des pratiques au sein des petites communautés d’agriculteurs. A travers l’Inde, Digital Green, son réseau de partenaires et de communautés a produit plus de 1 900 vidéos. Des vidéos, faites par des agriculteurs pour des agriculteurs, qui touchent plus de 65 000 fermiers chaque semaine.

 

54 ÉTATS : Qu’est-ce que le projet Digital Green ?

Rikin Gandhi (R. G.) : Au sein de Digital Green, nous formons les communautés à produire des vidéos faites par le peuple et pour le peuple, destinées à échanger sur des pratiques agricoles qui peuvent accroître leur productivité et encourager un meilleur comportement en matière de santé, le tout afin d’améliorer leur qualité de vie.

Nous sommes partenaires d'organismes publics et privés qui travaillent avec les communautés rurales. Nous formons ensuite des individus de la communauté aux techniques de tournage, qui vont du synopsis à l’édition, dans un centre dédié à cet effet. Dans chaque village, nous formons des travailleurs sur le terrain, comme les travailleurs de la santé ou les agents agricoles, afin de faciliter la sélection de ces vidéos au sein d’un groupe d’entraide et d’associations à but social. Les travailleurs sur le terrain utilisent ainsi les vidéos comme point de départ d’échanges avec les communautés. Les données sont enregistrées  et transmises à la production pour la mise en place de prochaines vidéos. La communauté reste ainsi engagée dans un processus d’apprentissage permanent.

Les formations individuelles sur la production de vidéos et leur diffusion incluent souvent des gens formés au sein même de la communauté qui participent aux films, ce qui aide considérablement à l’adoption des pratiques par la communauté.  Les retours et les données de notre travail sont ensuite enregistrés par des travailleurs formés à la gestion de données dans notre centre de sauvegarde, appelé COCO ( Connect online, connect offline). Un tableau de bord analytique personnalisé analyse ensuite en temps réel les tendances d’adoption des pratiques, comme une jauge.

 

54 ÉTATS : Comment votre projet est-il devenu global ?

R. G. : Au départ, Digital Green est un projet débuté initié en 2006 et issu d’un centre de recherche Microsoft, basé en Inde, spécialisé dans la recherche de technologies et l’étude des marchés émergents. L’objectif étant d’enquêter sur l’utilité des vidéos participatives et l’instruction afin d’améliorer l’efficacité des techniques agricoles. En 2008, nous sommes devenus une organisation à but non lucratif indépendante. Nous nous sommes ensuite associés à une organisation non gouvernementale populaire appelée Green Foundation, et avons testé notre technique d’approche innovante auprès de communautés dont elle était partenaire. Après, nous avons collaboré avec d’autres ONG présentes dans les États indiens de Karnataka, de Jhrakhland, du Madhya Pradesh et d’Odisha afin d’utiliser notre approche pour améliorer l’efficacité de leur pratiques.

En 2009, nous sommes devenus partenaires avec le gouvernement national indien pour les moyens de subsistance dans le milieu rural afin de fusionner notre approche avec les  moyens déjà existants. L’objectif est d’atteindre le nombre de plus d’un million de fermiers à travers 10 000 villages par le biais des vidéos communautaires participatives, principalement dans les deux états de l’Andhra Pradesh et de Bihar, et ce, afin d’améliorer l’efficacité des pratiques agricoles en promouvant les meilleures techniques. En 2014, nous sommes entrés dans un programme national de compréhension avec l’objectif d’étendre notre approche aux autres états ruraux et à d’autres partenaires indiens. En 2012, nous avons testé l’efficacité de notre approche avec un partenaire du secteur public et des organisations civiles dans deux pays africains, l’Éthiopie et le Ghana, afin de partager sur l’élevage et la santé à travers des messages adaptés aux besoins des communautés locales. Le succès de notre approche en Éthiopie nous a amenés à une rapide expansion. Nous avons maintenant pour projet d’étendre notre approche à la Tanzanie, au Niger et à l’Afghanistan.

 

54 ÉTATS:  Êtes-vous en train de transposer votre réseau  Digital Green à d’autres pays sur le continent africain, comme l’Éthiopie par exemple ?

R. G. : En 2012, nous avons piloté un projet en Éthiopie en collaboration avec le ministre de l’Agriculture  qui a démontré avec succès l’efficacité de notre approche, amenant à un développement rapide de notre projet. Notre approche, basée sur les vidéos participatives, est aujourd’hui utilisée dans le renforcement des  pratiques agricoles en Éthiopie à travers des domaines multiples allant des moyens de subsistance aux pratiques de santé en passant par la nutrition. Nous sommes actuellement en relation avec plus de 30 000 agriculteurs dans quatre régions majeures de l’Éthiopie : Tigray, Oromia, Amhara et les nations du Sud. Le programme sera étendu afin d’atteindre le chiffre de plus de 1 million dans les trois ans, grâce aux soutiens de la Bill & Melinda Gates Foundation et de la USAID New Alliance ICT Extension Challenge Fund. Nous avons également implanté notre approche dans les régions de l’Ashanti et de la Volta, au Ghana, en atteignant 2000 fermiers dans 60 villages. Le tout en partenariat avec la World Cocoa Foundation, l’Africa Rice, la Hope for Future Generations.

 

54 ÉTATS : Avez-vous des commentaires à faire partager ?

R. G. : Notre intérêt immédiat est d’étendre notre approche à 10 000 villages afin de recruter plus d’un million de fermiers, le tout en formant 10 000 travailleurs de la communauté, soit un par village. Ce sont eux qui ensuite conduiront notre approche. Nous travaillons aussi actuellement sur le développement d’un apprentissage virtuel et d’une plateforme d’accréditation pour ces travailleurs par le biais de vidéos. Nous pensons que ce programme possède le potentiel nécessaire pour devenir la première grande plateforme ouverte pour le développement des classes populaires agricoles.

 

54 ÉTATS : Quel est le plus grand challenge que vous ayez eu à affronter dans le développement de votre projet ?

R. G. : Le succès de notre approche dépend des partenariats que nous établissons avec des organisations qui ont un système de livraison déjà existant. Notre principal défi est d’identifier les organisations qui ont réussi à mobiliser des groupes communautaires et qui ont avec eux des agents du village qui amélioreront l’efficacité de leurs méthodes à travers notre approche. Il y a aussi un besoin d’assurer la qualité de notre formation vu que nous nous développons très rapidement, mais aussi la manière dont les agents facilitent la projection dans chaque village ainsi que le suivi permettant aux fermiers d’adopter les pratiques.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction