Expression de la crise économique. Faut-il croire que  la violence a toujours existé en Tunisie mais qu’elle est devenue plus visible avec la libéralisation des médias ?

Regain de la violence en Tunisie

Expression de la crise économique

Faut-il croire que  la violence a toujours existé en Tunisie mais qu’elle est devenue plus visible avec la libéralisation des médias ?

Elle court ; elle court la maladie…de la violence en Tunisie devenue un phénomène social. Il n’y a pas de semaine sans que les médias évoquent des crimes des plus inattendues.

Ainsi, il y a moins d’une semaine, l’opinion prenait connaissance de l’assassinat par un jeune homme de 31 ans de son oncle, âgé de 68 ans, dans la région de Gabès (400 kilomètres au sud de Tunis). Pour une histoire de vieux vêtements et objets.

Plus horrible sans doute l’assassinat, le 19 novembre 2017, d’une vieille dame, de 86 ans, à Kairouan (150 kilomètres au sud de Tunis) par quatre jeunes, apparemment drogués, après l’avoir violée.

Les statistiques montrent un regain de violence qui concerne de nombreux milieux. Intervenant tout récemment, lors de la discussion du budget de l’Etat, le ministre de l’intérieur, Lotfi Brahem, annonçait que ses services ont procédé entre début janvier et fin octobre 2017 à l’arrestation de 181.179 criminels contre 1171.306 pour la même période de 2016.

Une moyenne de 49 vols par jour

L’Institut Tunisien des Etudes Stratégiques (ITES),  une structure publique de veille et d’analyse, relève, que 500 000 plaintes ont été déposées en Tunisie, entre 2010 et 2016, pour des actes de violences. Ajoutant que ces plaintes constituent  25% des plaintes déposées auprès des tribunaux.

Des statistiques émanant du département tunisien de la justice font état d’une moyenne de 49 vols par jour (pour les deux années 2015 et 2016) qui prennent des formes différentes : vols à la tire, vols avec effraction, braquages,…

75,4% des femmes disent avoir subi des violences sexuelles

Le Centre de Recherche, de Documentation et d’Information sur la Femme (CREDIF), déclare, pour sa femme, que 41% des femmes déclarent avoir subi des violences physiques. Annoncée en mars 2016, l’étude réalisée entre 2011 et 2015, affirme que 75,4% des femmes disent avoir subi des violences sexuelles. 

Sans doute plus apparente, la violence dans les stades est en passe de devenir un phénomène récurant. Le 26 novembre 2017, un "Classico" entre deux grands clubs tunisiens, qui comptent dans leurs rangs l’essentiel des internationaux qui vont défendre les couleurs du pays à la prochaine Coupe du monde de football en Russie 2018, a tourné au drame. Avec une bataille rangée entre les joueurs sur la pelouse du stade olympique de Sousse (140 kilomètres au sud de Tunis).

Des statistiques qui seraient l’expression, selon nombre de commentateurs, de nombreuses causes en rapport avec la crise économique que connait le pays depuis la révolution de 2011. En soulignant, du moins pour certains d’entre eux, que la violence a toujours existé dans le pays, mais qu’elle est devenue plus visible avec la libéralisation des médias.

 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie