La question trotte dans la tête de nombreux observateurs après que "Nidaa Tounes" a éclaté en cinq partis. Et que le mouvement …

La scène politique tunisienne est-elle en perpétuelle transition ?

Le parti du chef de l’Etat tunisien pourra-t-il remporter les municipales en décembre ?

La question trotte dans la tête de nombreux observateurs après que "Nidaa Tounes" a éclaté en cinq partis. Et que le mouvement  islamiste d’"Ennahdha" soit devenu majoritaire au parlement.

Que reste-t-il d’un "Nidaa Tounes" (l’Appel de la Tunisie) triomphant qui a gagné, en octobre 2014, les législatives (86 députés sur les 217 que compte l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP), le parlement tunisien) et qui a vu son candidat,  Béji Caïd Essebsi, élu, le mois d’après, à la magistrature suprême ?

Le mouvement créé par le président de la République, en avril 2012, pour s’opposer à la "Troïka", coalition menée par le parti islamiste "Ennahdha", qui trustait pratiquement la vie politique grâce à sa majorité à l’Assemblée constituante d’alors (118 députés sur 217), a évolué vers cinq mouvements.

Outre "Nidaa Tounes", il y a en effet aujourd’hui "Machrou Tounes" (le Projet de la Tunisie), "Hezb Al Mostakbel" (le parti de l’avenir), "Beni Watani" (les enfants de la patrie) et "Tounes Awalane" (la Tunisie d’abord).

Une transition à l’infini

Tous ont été créés par d’anciens compagnons de route de Béja Caïd Essebsi. Mais qui sont rentrés à un moment donné en conflit avec leur parti. Dont certains en raison de l’installation à la tête de "Nidaa Tounes" du propre fils du chef de l’Etat, Hafedh Caïd Essebsi (à gauche sur notre photo avec Rached Ghannouchi, le président d’Ennahdha).

Si certains considèrent cette évolution comme bien "normale" dans une scène politique qui ne finit pas de vivre une transition (le parti de Caïd Essebsi  a été rejoint récemment par des cadres sortis d’autres partis), beaucoup s’interrogent sur les chances de voir les idées que défend "Nidaa Tounes" ainsi que les mouvements qui l’ont quitté gagner les municipales du 17 décembre 2017.

Certains doutent de ce succès estimant que le mouvement d’"Ennahdha" a fait imploser le parti. "Nidaa Tounes" et "Ennahdha" gouvernent ensemble le pays depuis 2014 grâce à une sorte d’aggiornamento à la tunisienne. Ils ont créé même, en juin 2017, un comité de coordination en vue de "renforcer le consensus entre leurs députés".

"Suivisme" et "abus de coordination"

Une erreur estiment certains membres de "Nidaa Tounes". Boujemma Remili, dirigeant du mouvement, est de ceux-ci. Il vient du reste de créer avec d’autres militants comme Ridha Belhaj, ancien chef de cabinet du chef de l’Etat, le mouvement "Tounes Awalane".

Il l’a dit du reste très clairement dans une interview, publié le 29 juillet 2017, par notre confrère, le quotidien "Achourouk". Estimant que "Ennahdha" a tout bonnement "avalé" "Nidaa Tounes". Celui-ci  n’est plus la première force politique dans le pays (67 députés après ce qui ressemble bien à des sécessions contre 69 pour "Ennahdha"). Et que ceci "se ressent au travers du Comité de coordination" reprochant à son ancien mouvement "un suivisme" et "un abus au niveau de la coordination avec Ennahdha" !

Beaucoup de commentateurs pensent que ce discours a des chances de s’amplifier au fur et à mesure que l’échéance des Municipales avance. Le 10 août prochain marque la fin de la campagne des inscriptions aux listes électorales pour laquelle tous les partis –à commencer par "Ennahdha"-  se sont bien mobilisés.

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie