Chaque année, 74 millions de tonnes de déchets électroniques sont produits dans le monde. La majorité de ces déchets atterrit en Afrique,…

L'Afrique, un cimetière numérique ?

Focus

Chaque année, 74 millions de tonnes de déchets électroniques sont produits dans le monde. La majorité de ces déchets atterrit en Afrique, sur d’immenses décharges à ciel ouvert.

On les appelle DEEE, ou encore D3E, des lettres qui signifient « déchets d’équipements électriques et électroniques ». Mais ces acronymes techniques masquent une réalité dramatique. Car la plupart de ces produits sont envoyés en Afrique où ils atterrissent sur de gigantesques décharges à ciel ouvert avant d’être triés, et éventuellement recyclés par les populations locales. Une véritable catastrophe pour l’environnement et la santé des populations, car ces déchets contiennent des substances nocives à des niveaux très élevés (comme le plomb, l’arsenic, et le cadmium par exemple).

Au Ghana, dans la banlieue d’Accra, près du marché d’Agbogbloshie, se trouve l’une des plus grandes décharges de produits électroniques au monde. Sampson Atiemo, spécialiste ghanéen des déchets électroniques raconte au journal Le Monde : « Des fumées âcres se dégagent des produits qui sont brûlés, et les gens qui viennent faire leurs courses les respirent. Les particules de pollution s'attachent aussi aux aliments, qu’on mange ensuite. Ça provoque des maux de tête, des irritations de la peau. Mais surtout, même si on n’a pas d’études pour le prouver, on soupçonne que ça provoque des cancers à long terme. » Les principales victimes sont les enfants qui viennent brûler les déchets pour en récupérer le cuivre ou d’autres matières premières.

 

L’Afrique, principal pollueur

En tête du classement des exportateurs de déchets électroniques, on trouve le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, qui sous couvert de « dons humanitaires », n’hésitent pas à envoyer en Afrique du matériel frauduleusement qualifié d’occasion. Pour tenter de remédier à ce phénomène, des lois ont été votées en Europe en 2012. Elles prévoient notamment un renforcement des contrôles aux frontières.

Mais un rapport de l’ONU datant du 10 février 2012 indique que la consommation intérieure du continent africain est à l’origine de la majorité (jusqu’à 85 %) des déchets électroniques produits dans la région. Le rapport se base sur une étude effectuée dans 5 pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana, Liberia et Nigeria), où 650 000 à 1 million de tonnes de déchets électroniques issus de la consommation intérieure sont produites chaque année (la quantité de DEEE exportée depuis l’Europe est estimée à 250 000 tonnes). Ce phénomène est lié au fait que l’utilisation d’équipements électriques et électroniques s’étend à un rythme exponentiel en Afrique. Le taux de pénétration des ordinateurs personnels, par exemple, s’est multiplié par 10 au cours de la dernière décennie, tandis que le nombre d’abonnés à la téléphonie mobile a centuplé.

Mais le pire reste à venir… Les experts onusiens prévoient en effet qu’en 2017, la quantité de ces e-déchets africains dépassera celle générée par l’Europe, pour représenter chaque année 65,4 millions de tonnes. Si la solution passe par la responsabilisation des détenteurs de DEEE, une autre se situe du côté du recyclage. Ainsi, le Nigeria qui abrite les plus grandes décharges au monde de DEEE est aussi le champion africain du recyclage. Sur place, c’est déjà toute une économie qui repose sur la remise en état de ces déchets et qui fait vivre plusieurs milliers de personnes.

Rédaction
Journaliste