Début 2011, la militante égyptienne Esraa Abdel-Fattah avait contribué à la mobilisation sur la place Tahrir, qui a renversé Hosni Moubarak…

Esraa Abdel-Fattah, figure de la révolution devenue paria

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Début 2011, la militante égyptienne Esraa Abdel-Fattah avait contribué à la mobilisation sur la place Tahrir, qui a renversé Hosni Moubarak en 18 jours, et son nom avait circulé pour le prix Nobel de la paix. Cinq ans ont passé, et elle se dit aujourd'hui insultée et rejetée par ses compatriotes.

"Ils disent que je suis un traître et un agent de l'étranger, que nous sommes ceux qui avons détruit le pays. J'entends cela lorsque je croise des gens dans les rues", dit-elle dans une interview à l'agence Reuters cinq ans jour pour jour après la première manifestation contre l'ancien raïs, en plein "printemps arabe". La cofondatrice du Mouvement du 6-Avril, blogueuse et dissidente, et un petit cercle de jeunes activistes au même profil qu'elle ont pourtant été considérés naguère en Égypte comme un espoir pour venir à bout de la corruption et de la répression.

Elle apparaît aujourd'hui comme une personnalité solitaire, dans son petit appartement de Sheikh Zayed, dans la banlieue du Caire, espérant que les Égyptiens se soulèveront de nouveau pour exiger la démocratie malgré la répression qui s'est abattue depuis que, à la tête de l'armée, l'ancien général devenu président Abdel Fattah al Sissi a renversé les Frères musulmans il y a deux ans et demi.

"Je ne sais pas si les gens redescendront dans les rues demain, ou l'année prochaine, ou l'année suivante", reconnaît cette journaliste de 39 ans. "La révolution, c'est le peuple qui réclame de la liberté, du pain, de la justice et de la dignité. Le peuple continuera à les réclamer", ajoute-t-elle cependant. Celle qu'on surnomme la "Facebook Girl" et d'autres activistes se sont servis des médias sociaux pour appeler à la contestation et à la mobilisation dès la fin des années 2000 à la suite d'une grève dans la ville industrielle de Mahalla. Arrêtée en 2008, elle a été relâchée quelques jours plus tard. Dans les premières semaines de l'année 2011, de "Jour de colère" en "Jour du départ", le Mouvement du 6-Avril a entretenu la mobilisation.

"Je peux être emprisonné pour un tweet"

Cinq ans plus tard, la militante juge que "quiconque manifeste est enfermé. Même ceux qui écrivent leur opinion sur Facebook ou Twitter sont interrogés sur leurs écrits". D'après des organisations de défense des droits de l'homme, depuis l'arrivée de Sissi à la présidence, quelque 40 000 militants politiques, islamistes ou libéraux, ont été placés en détention. Ceux qui ont échappé à la prison ont le sentiment de vivre en paria de la société. Dans les médias d'Etat, Abdel-Fattah et les autres sont qualifiés "d'ennemis de l'Égypte". Et manifester sans autorisation de la police est considéré comme un crime.

Mais Esraa Abdel-Fattah n'a pas perdu tout espoir. "Personne au monde ne s'attendait à ce que la révolution du 25 janvier 2011 ressemblerait à cela. Dans le regard des générations plus jeunes, je vois que l'idéal et le rêve d'une révolution est toujours là", dit-elle. "Je suis prête à jouer n'importe quel rôle, grand ou petit, pour mener à bien cette révolution, mais je peux être emprisonnée pour un tweet."

Elle pense aussi que la répression menée par le pouvoir finira pas se retourner contre lui-même. "Cela ne peut pas continuer ainsi, avec cette extension des détentions d'innocents, ces familles détruites (...) La révolution vit en nous, elle adviendra", avance-t-elle.

(avec Reuters)

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