Il existe un marché noir, où drogue, armes, pédophilie se négocient ouvertement alors que l’explosion des communications cryptées semble…

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Darknet : la face cachée du Web une menace pour notre sécurité ?

Il existe un marché noir, où drogue, armes, pédophilie se négocient ouvertement alors que l’explosion des communications cryptées semble menacer la sécurité des internautes ? Face au cyber terrorisme, à la cybercriminalité, l’industrie, le gouvernement, les législateurs et la communauté cyber trouveront-ils un terrain d’entente pour que chacun puisse jouir des libertés de l’Internet en toute sécurité ? ça fait débat !

« Cocaïne colombienne, champignons hallucinogènes, numéro de carte de crédit, passeports, faux billets de 50 euros ».Le darknet héberge des milliers de supermarchés illégaux et de sites extrémistes. C’est là un réseau cinq cents fois plus vaste que le web officiel. « Tout se passe sur Internet, il était naturel que le crime s’y installe aussi. Il est plus facile de vendre de la drogue en ligne, devant un ordinateur que lors d’une rencontre face à un mec qui risque de pointer un flingue sur votre tête » informe Rob, un habitué du darknet. Des systèmes comme le réseau Tor permettent d’accéder à ce réseau souterrain. Conçu à l’origine par le renseignement américain, ses failles sont aujourd’hui pointées du doigt.

 

TIC, un problème significatif ?

Tor permet aux utilisateurs de masquer leur adresse IP en redirigeant le trafic à travers toute une série d’autres ordinateurs et en utilisant différentes couches de cryptage, ce qui est idéal pour le commerce illégal en ligne. Il est ainsi quasi impossible de remonter à la source des sites qui l'hébergent. Les experts estiment que l’anonymat assuré par Tor, combiné à l’émergence de la devise électronique (Bitcoin), a facilité les activités criminelles.

Tor est un instrument vital pour les dissidents vivants sous des régimes répressifs. En Europe, les révélations d’Edward Snowden sur le programme de surveillance généralisée de l’Agence nationale de la sécurité (NSA), ont nourri les aspirations des citoyens à plus de confidentialité et de cryptage. L’explosion des logiciels de cryptage fait planer un doute sur la capacité des agences de renseignement occidentales à contrôler les plus sombres recoins du web et à contrer les menaces terroristes. Rob Wainwright, directeur d’Europol estime « qu’il est important, malgré le côté cauchemardesque du darknet de ne pas diaboliser des instruments comme le Bitcoin et le réseau Tor. » D’après lui, ces outils constituent une part légitime du monde numérique en aidant les citoyens et les consommateurs à bénéficier des libertés sur Internet.

En 2014, une étude indépendante, aux Pays-Bas, a montré que 2,5 millions d’utilisateurs naviguent chaque jour sur le réseau Tor, et que plus de 50 % des échanges commerciaux sur Tor sont à but criminel : trafics de drogue, matériaux pédophiles et autres. Son échelle est mesurable et la difficulté qu’a la police à surmonter le cryptage est telle, que personne ne peut assurer le contôle de cette zone du web. « Nous sommes habitués à surveiller des gens très dangereux, cela ne s’applique absolument pas à la face cachée du web. Les défis technologiques sont trop grands ! » informe Rob Wainwright. À l’inverse, Preston Byrne, directeur opérationnel d’Eris Industries, un concepteur de logiciels de cryptage, affirme que « nombre d’actions coercitives menées par la police aujourd’hui se font sans mandat. La police bénéficie d’une délégation substantielle de pouvoirs gouvernementaux qui lui permet de surveiller divers aspects de la vie quotidienne. C’est sans précédent dans l’histoire de l’humanité. L’essentiel de nos vies est en ligne. »

 

Quelles solutions législatives et technologiques proposer ?

Le juste équilibre est-il possible entre sécurité et respect de la vie privée ? Récemment, David Cameron a suggéré d’interdire le cryptage mais ne serait-ce pas comme autoriser les automobilistes à conduire une voiture à laquelle il manquerait le frein de sécurité ? Si cette solution était mise en pratique, comment les transactions et les informations personnelles des citoyens seraient-elles protégées ? L’avenir est-il dans la convergence technologique ?

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction