Ailleurs, loin du pouvoir, les plates réalités d’une vie normale auraient pesé sur Alassane Ouattara jusqu’à l’en étouffer. Politicien…

Alassane Ouattara : un homme révélé par la guerre

Portrait

Ailleurs, loin du pouvoir, les plates réalités d’une vie normale auraient pesé sur Alassane Ouattara jusqu’à l’en étouffer. Politicien déifié ou maudit, nul ne peut contester l’évidence... quoi qu’il fasse, c’est le président ! Pour ses partisans des premières heures, les musulmans du Grand nord, il incarne le sauveur d’un pays fragile. Pour ses détracteurs, il n’existe pas de mot pour le qualifier ; ceux-ci pensent que malgré sa bienséance apparente héritée d’un passé d’économiste, il incarne la guerre ivoirienne. Portrait.

Avant la guerre, pendant la guerre et après la guerre, comment avoir la certitude qu’on est dans la vérité ? Alassane Ouattara a annoncé l’été dernier vouloir procéder à la première phase d’indemnisation des victimes de la crise ivoirienne. Si cela est légitime, qu’est-ce qui ne l’est pas ?

 

Est-il dans le vrai ou dans le vrai selon la France ?

« Ce n’est pas l’argent qui compte en tant que tel. C’est pour montrer à ces victimes que nous ne les avons pas oubliées et que nous travaillons pour les soulager et que nous souffrons avec elles. » Une empathie jugée dérangeante pour ceux qui considèrent que l’homme a autant de sang sur les mains que son rival emprisonné depuis quatre ans à La Haye, Laurent Gbagbo. Une reconnaissance des souffrances vécues par son peuple encore plus déroutante qu’elle intervient à quelques mois des élections présidentielles d’octobre 2015. Qui cherche à faire la lumière sainement sur les milliers de victimes causées par cette crise post-électorale ? La justice ivoirienne ? La Cour pénale internationale ? Qui se préoccupe des victimes ? La traque médiatique n’a laissé aucune chance aux bien intentionnés ivoiriens mais un peu trop « pro-Gbagbo » au goût des « pro-Ouattara ». La vérité, c’est qu’en bon stratège, et en homme avide de pouvoir, le président les met hors de portée… le temps des procès d’une Simone, d’un Laurent ou d’un Charles quand d’autres concitoyens, tristes et loin de chez eux, sont en exil au Ghana, en Europe ou au Canada. Alors oui, la guerre est finie mais les stigmates du passé demeurent. Quelle est la vision d’Alassane Ouattara quant à ce que représente la politique, un système démocratique ou une dictature. Est-il dans le vrai ou dans le vrai selon la France qui l’aidera à être réélu jusqu’à ce que de cacao, il n’y ait plus ?

Si on lui reconnaît l’aptitude à rendre clair les théories économiques les plus complexes, en est-il de même quand l’humain remplace les chiffres ? Trente ans au service de l’économie. Trente ans à servir les sphères monotones du FMI et de la BCEAO. Une vie quasi-normale pesant sur son moral jusqu’à la strangulation. En avril 1990, la santé financière de la Côte d’Ivoire est au plus bas, l’économiste est ainsi placé à la tête d’un « comité interministériel chargé de l’élaboration et de la mise en application du programme de stabilisation et de relance ». Une mission soporifique qu’il honorera sans peine. Le président Houphouët-Boigny mort, Bédié l’invitera à continuer sa mission qui vise en réalité à assouvir les intérêts franco-ivoiriens permettant le contrôle des ressources du pays. Et ceux que l’Afrique des panafricains, l’Afrique des bâtisseurs, l’Afrique des visionnaires reprochent à ce grand et bel homme, à l’allure policée, c’est de répondre un peu trop souvent aux sempiternelles exigences de ses amis, les Français ! Un échange de bon procédés, pas toujours juste et bien trop usé.

Fin juillet 1999, la Côte d’Ivoire, punie par la Banque mondiale et la Banque européenne, ne reçoit que 10 % des apports extérieurs qu’elle escomptait. Alassane Ouattara, le sauveur, décide de quitter le FMI et de retourner au pays se frotter à l’univers grisant de la politique. Face au déchaînement des instincts destructeurs du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) qui ont initié le concept d’« ivoirité » et qui bloquent son avancée politique, il organise stratégiquement sa complainte, à l’extérieur, chez ses amis…français : « On ne veut pas que je sois candidat, parce que je suis musulman et du Nord» déclare-t-il lors d’une conférence à Paris. Pleurnicheries faciles ! Comme bien d’autres, il est un « Dioula », un étranger au patronyme transpirant des origines lointaines mais burkinabées. Une appartenance au pays de la Haute-Volta qu’il refuse alors même « qu’il a été fonctionnaire de ce pays, qu’il a acheté une maison à Ouagadougou » expliquera choqué Laurent Gbagbo après le scrutin de 2000. Nier l’évidence, une manière d’agir pas étrangère à Alassane Ouattara mais qui parfois peut coûter cher, très cher.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction