2 décembre 2010. Abidjan. Hôtel du Golf. Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI), qui n’en a que le nom…

2 decembre 2010 : la Côte d’Ivoire bascule…

Histoire

2 décembre 2010. Abidjan. Hôtel du Golf. Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI), qui n’en a que le nom, proclame la victoire d’Alassane Ouattara à l’issue du 2e tour de la présidentielle du 28 novembre.

La déclaration se déroule sous les regards, satisfaits, de Philippe Carter III, ambassadeur des États-Unis, et de Jean-Marc Simon, son homologue français, présent « je ne sais plus pourquoi  », expliquera-t-il. Il devait y rencontrer le prénommé Guillaume Soro, ça c’est sûr, vous savez, celui qui a été biberonné par « l’autre » avant de s’aventurer avec le putschiste Guéï et de trouver en Ouattara un père. Bref, un modèle de droiture…

Et puis il y a les caméras de France 24. Une exclusivité. Beaucoup de hasards dans cette histoire. L’hôtel du Golf ? Ne serait-ce pas le quartier-général d’Alassane Dramane Ouattara, ADO pour les intimes ? Mais oui, bien sûr ! Et puis, « je ne sais plus pourquoi ? » mais c’est là que de nombreux proches de l’Élysée aiment à passer leur temps. Et ADO, lui, où est-il ce 2 décembre au moment où Youssouf Bakayako est « sécurisé » ? Mis sous la haute protection des Casques bleus après son annonce ?

Peut-être est-il l’oreille collée à la porte ? On en doute. Possiblement, depuis sa chambre, repense-t-il à la veille du vote où, en compagnie de « l’autre », il cosignait une proclamation appelant au calme les Ivoiriens tout en assurant respecter les règles constitutionnelles ? Ce processus devant aboutir à la validation des résultats et à leur proclamation par le Conseil constitutionnel. Cette institution qui, elle, a vu en « l’autre » le président légitime ! ADO y pense-t-il en soupirant ? Pas sûr. Celui qui s’est un temps présenté comme Burkinabé s’attèle à rédiger cette fameuse lettre, datée du 4 décembre, dans laquelle il s’autoproclame président pendant que « l’autre », encore lui, est investi. Une missive adressée… au Conseil constitutionnel dont il ne reconnaît pas le résultat mais à qui il prête allégeance. Paradoxal, n’est-il pas ?

L’émotion, sans doute. Le vertige des sommets ? Peut-être. C’est cette ivresse qui dresse un voile devant les yeux. Cet écran de brume, ce brouillard infime qui s’élève des feux de joie autour desquels s’ébrouent et s’ébroueront des jours durant ses partisans. Quant ils ne font pas le coup de poing. Les plus dévoués, eux, dansent autour des millions de bulletins de vote qui partent en fumée, une hérésie, rendant tout recomptage impossible. Vous avez dit « démocratie » ?

« L’autre » n’en était pas le chantre. Il paraît. Quatorze candidats sur la ligne de départ ! Des décrets exceptionnels permettant à Alassane Ouattara, malgré sa nationalité, et Henri Konan Bédié, exclu par la limite d’âge, de se présenter ! Sans parler des moyens hors normes alloués à la CEI ! Voilà donc le piège odieux tendu par le « dictateur » ! Et celui-ci va finir par se refermer sur son prétendu instigateur. Après une décennie, acculé, il ne peut refuser ce scrutin. Et si, sur le continent, on accepte pour tant d’autres les mascarades, lui, jouet de la fatalité, sait ne pouvoir en sortir vainqueur. Pas même vivant. Et pour cause, la communauté internationale a le doigt sur la gâchette.

Si Paris vaut bien une messe, Abidjan vaut bien un mensonge, non ? L’ami Nicolas a pu le dire à son cher Alassane. Sarkozy, quel ami ! Le meilleur. Seul Kadhafi ne confirme pas. Bien plus fidèle en tout cas que les Socialistes de Solférino qui ont tous, ou presque, abandonné leur camarade ivoirien ! Parce que, même au PS, « l’autre » on l’a laissé tomber, « je ne sais plus pourquoi ? » Sinon parce que le « politicard » français, de gauche comme de droite, n’hésitera jamais à prostituer Marianne pour quelques sous, quitte à se trainer dans la boue. Et puis les droits de l’homme ne sont pas ceux de l’Africain, ce bon sauvage qui « n’est pas assez entré dans l’Histoire ».

Alors, que fait ADO dans sa chambre ce 2 décembre ? Il attend. Il attend le 11 avril 2011 qu’on lui a promis. Ce feu d’artifice. Cette fête de la libération qui n’est clairement pas celle de l’indépendance. Celle-là, il ne la souhaite pas. Il est serein. Sûr de son fait. Parce que lui a compris que l’ordre mondial, prôné par l’ONU, ne signifie pas l’équité. Par « ordre », il faut entendre : « rien ne doit dépasser ». Et ça, « l’autre », Laurent Gbagbo ne l’a jamais admis. « Tant pis », c’est sûrement ce que se dit ADO face au miroir. Il est le vainqueur de la France et Gbagbo le perdant de tout un pays, tout un continent.

Rédaction
Journaliste