Ils ont la peau noire mais pour l’occasion ils ont peint leurs visages en blanc. Une pâte épaisse et opaque digne d’un maquillage de clown…

Migrants africains

Israël : les « infiltrés » sortent de l’ombre

Ils ont la peau noire mais pour l’occasion ils ont peint leurs visages en blanc. Une pâte épaisse et opaque digne d’un maquillage de clown. Par ce tour de « magie », ils forcent la société israélienne à se poser une question : « maintenant que nous sommes blancs, voulez-vous toujours nous déporter ? »

Manifestation

Ces hommes africains viennent pour la plupart d’Erythrée. Ils sont jeunes, entre 18 et 35 ans, et n’ont, en théorie, aucun droit en Israël puisqu’ils sont arrivés clandestinement dans le pays. Pourtant, c’est fièrement et nombreux qu’ils manifestent devant l’ambassade du Rwanda à Tel-Aviv. Betiel est l’un d’entre eux. Il a 27 ans et a fui le pays le plus fermé d’Afrique qui pratique un service national à rallonge. C’est ainsi qu’en 2009, il prend le chemin de l’exil. En Israël, il reçoit un permis de travail et vogue de petits boulots en petits boulots. Mais aujourd’hui Betiel n’est plus le bienvenu, tout comme les 38 000 autres migrants africains. L’État hébreu, qui les a longtemps ignorés, leur a même donné un nom : les infiltrés. « J’ai reçu un courrier m’avertissant qui si je ne quittais pas le pays avant le 1er avril, je serais mis en prison. Comme beaucoup, je préfère la prison ! »

Kagame, nous ne sommes pas à vendre ! 

Pour forcer ces migrants à quitter Israël, le gouvernement met la main au portefeuille. 3500 dollars pour chacun, un document de voyage et un aller simple vers des pays africains dont ils ne sont pas originaires mais qui seraient « sans danger pour les migrants », selon le Premier ministre Benyamin Netanyahou. Les médias israéliens et les associations humanitaires affirment qu’il s’agit du Rwanda et de l’Ouganda. Mais Kigali et Kampala ne confirment pas. Le gouvernement rwandais assure qu’aucun migrant africain ne sera accueilli « contre sa volonté ». Devant les fenêtres de l’ambassade à Tel-Aviv, la foule se réveille « Honte à toi le Rwanda !». Une pancarte orange attire le regard. C’est Aman, 30 ans, qui la tient. C’est lui qui a écrit au feutre noir « Kagame, nous ne sommes pas à vendre ! » Un message adressé directement au président rwandais pour le faire revenir à la raison. « Comment un Africain peut-il traiter ses semblables de la sorte ? », lance le jeune homme.

La déportation du 21ème siècle

Parmi les manifestants, quelques têtes blanches : des membres d’organisations non-gouvernementales, des militants associatifs et aussi des juifs en total désaccord avec la politique du Premier ministre israélien. « Nous sommes tous des réfugiés, surtout ici en Israël. Nous avons fui la persécution pendant des siècles, et maintenant on reproduit le même schéma avec un autre peuple. On ne leur a même pas demandé pourquoi ils avaient fui leur pays, on les déporte, et puis c’est tout. Et dans un pays qu’ils ne connaissent même pas ! »

Cécile.Galluccio
Journaliste - Correspondante au Proche-Orient