[Vendredi 26 janvier 2018, Joseph Kabila était face à la presse au Palais de la Nation (palais présidentiel) à Kinshasa. Une conférence de presse évènement, car ça faisait plus de 5 ans que le président congolais ne s’était plus adressé aux médias de son pays. 26 janvier, une date pas banale pour Kabila qui totalise en effet 17 ans au pouvoir ce jour, après le tragique assassinat de son père en 2001.]

Kabila met en garde la Belgique, l'église catholique et l'opposition

Kabila, 17 ans au pouvoir, tance l’église catholique et la Belgique

Vendredi 26 janvier 2018, Joseph Kabila s'adressait à la presse au Palais de la Nation (palais présidentiel) à Kinshasa. Une conférence de presse évènement, car ça faisait plus de 5 ans que le président congolais ne communiquait plus avec les médias de son pays. 26 janvier, une date pas banale pour Kabila qui totalise en effet 17 ans au pouvoir ce jour, après le tragique assassinat de son père en 2001.

Cheveux de jais teints de neige, barbichette à l'impériale, costume bleu nuit assorti d’une chemise blanche et d'une cravate grise, le président parait détendu, serein, décomplexé,  à l'aise, répondant à n’importe quelle question, souvent avec un sourire goguenard… Le français un peu balbutiant à l’accent anglophone du 26 janvier 2001 a laissé place à un français courant, impeccable, qu’il manipule avec emphase ! Mais, une chose, Joseph Kabila, bientôt 48 ans dont 17 passés au pouvoir, a de plus en plus de cernes, que le maquillage n'arrive plus à cacher. C’est clair que ces 17 ans n’ont pas été de tout repos pour le jeune président, partagé entre la recherche de solution aux interminables crises congolaises et la crainte d’un lendemain incertain dans un pays où un Premier ministre Chef du gouvernement, Patrice Emery Lumumba et un président de la République en fonction, Laurent Désiré Kabila (le père de Joseph Kabila), tous deux nationalistes comme lui [Joseph Kabila], ont été lâchement assassinés, avec le concours des "proches"... il y a de quoi manquer de sommeil et devenir même paranoïaque ! 

"Mon plus grand échec, c'est le fait de n'avoir pas réussi à transformer l'homme congolais"

Dix-sept ans de recherche sans cesse d’un consensus de gestion et cogestion d’un pays régulièrement en proie aux conflits armés, avec une classe politique comptée parmi les plus médiocres du continent, si pas du monde. Et sur ce point, Kabila qui rêvait opérer des miracles ne cache pas son échec : "mon regret est de ne pas avoir réussi à transformer la mentalité de l’homme congolais, pourtant l’un des objectifs de notre révolution. Nous avons malheureusement gardé des points négatifs du Zaïre".

Durant 17 ans, Kabila, militaire de formation, grandi loin de la politique et du pouvoir qu'il n'avait jamais aimé, a appris sur le tas comment nouer des deals tant économiques que politiques  pour survivre, allant jusqu'à jouer sur les équilibres régionales pour plus de légitimé. Dix-sept ans au cours desquels il est parvenu non sans trop d'efforts et de sacrifices à jeter les jalons d’une économie viable, même si elle est jugée trop dépendante des matières premières.

Finalement, dix-sept ans durant lesquels l’ex homme d’armes devenu fin politicien a appris qu’en politique, on ne gagne pas à tous les coups, et que la cinquième colonne est une réalité, mieux, un mode de vie à la congolaise. Aujourd’hui, il a en face pour principaux opposants, ses anciens très proches collaborateurs, des enfants de la maison certes, mais jamais des enfants de chœur, à qui il avait pourtant ouvert son sœur, leur offrant tout au passage. Rideau !

"Le calendrier électoral ne prévoit pas de référendum"

Bien que détendu, le président RD-congolais savait en venant à cette conférence de presse, que le sujet principal des journalistes sera sa succession. Une fois de plus, en maestro, il a réussi à éluder la question, réglant d’abord des comptes à la Belgique, l’église catholique et l’opposition qu’il juge trop paternaliste. Son entrée en la matière est tout autant fracassante : "je constate que depuis plusieurs années, on dit tout sauf la vérité lorsqu’on parle de la République démocratique du Congo. Brièvement, je vais vous donner mon point de vue de la situation". C’est clair, il n’y aura pas de grande annonce, moins encore des larmes comme celles de Mobutu en 1994.

Accusé par les médias et la Communauté internationale de réprimer violemment les manifestations pacifiques, Kabila qui n’aime plus ces médias qu’il accuse de ne dire que des choses négatives sur lui tenait à se défendre lui-même, avec sa parole d’officier. Il tente de justifier la répression par le caractère violent des manifestants, rappelant les casses, pillages et policiers brulés vifs le 19 septembre 2016 lors d’une marche de l’opposition autorisée par l’Hôtel de ville de Kinshasa.  

"Pour moi, les élections étaient un passage obligé, l’unique passage pour atteindre la pacification, la cohésion et la reconstruction du pays…celui qui a tué la démocratie en 1960, c’est celui qui a assassiné le Premier ministre 6  mois après l’indépendance", assène Joseph Kabila devant la presse, visage serré. Et d’ajouter : "personne ne doit donc prétendre que la démocratie est arrivée en RDC par sa volonté. Ce n’est que parce que nous avons fait ce choix". Une réponse à la fois destinée à la Belgique et à l’église catholique qu’il accuse d’être porte-voix de l’Opposition.  Ceux qui côtoient Kabila en privé savant ce qu’il a toujours pensé de la Belgique et ses dirigeants. A son arrivée au pouvoir en 2001, le jeune président d’alors s’était confié aux belges, croyant en des promesses d’une nouvelle coopération gagnant-gagnant. Quelques années après, Kabila réalise que les belges à  qui il avait presque tout donné ont aussi abusé de sa bonne foi, comme ils l’ont fait avec ses prédécesseurs.

"La Belgique ne donne pas à manger aux congolais...elle se doit de le respecter" 

Un abus de confiance qui se paie cash. Recroquevillé, Kabila n’a plus ni foi aux promesses. "Pour nous, la démocratie est un choix et non une contrainte", a toujours répété Kabila notamment  à la Communauté internationale, à chaque fois que cette dernière monte la pression sur le respect des principes démocratiques. Revenant sur les récentes déclarations de la Belgique, Kabila exige le respect : "nous avons été calmes, sereins. Nous les appelons oncles et ils nous appellent neveux. Nous sommes plutôt des cousins. Les responsables belges doivent comprendre que le Congo n’est plus une colonie. Même lorsque vous donnez à manger à quelqu’un, il le respecter. Hors, la Belgique ne donne pas à manger aux congolais. Nous exigeons le respect". Puis : "ceux qui ont assassiné Lumumba devraient être plus humbles et ne pas revenir donner des leçons de démocratie dans ce pays. La RDC n’est pas complexée. La liberté de la presse et la liberté d’opinions y sont respectées. Sinon, citez-moi un seul pays voisin ayant une presse libre comme en RDC où un journaliste peut se réveiller et injurier le président de la République".

Même face à l’église catholique, le président n’a pas été du tout tendre. Il demande à ce que l’église cesse d’interférer dans les affaires politiques. "Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Quand on veut tout mélanger, le résultat n’est pas toujours bon…". Comme quoi, Kabila ne veut plus voir l’église catholique comme médiateur dans n’importe quelle crise politique. A la Conférence nationale souveraine, les politiques de l’époque dont Etienne Tshisekedi et Joseph Désiré Mobutu s’étaient fait voler la vedette par Monseigneur Monsengwo, un homme d’église, qui avait largement tiré son épingle du jeu. Près de 28 ans plus tard, on retrouve le même Monsengwo à la manouvre. Et Kabila, lui, ne semble pas prêt à répéter les erreurs de Mobutu. "Je suis le seul à avoir battu campagne dans tout le pays pour faire adopter la constitution alors que d’autres la combattaient à partir des ambassades et bistrots. Aujourd’hui, ils disent défendre ce qu’ils avaient rejeté hier…", poursuit-il avant de chuter : "parmi ceux qui avaient le plus rejeter la constitution, il y avait l’église catholique. C’est grave de voir la capacité des hommes à se dédire".

Fin de la conférence de presse sur fond des boutades, sans aucune grande annonce, moins encore des larmes…comme d’aucuns l’avaient imaginé. Plus que jamais, Kabila s’impose en maestro, dans un rôle d’arbitre qui distribue cartons jaunes et rouges aux mauvais élèves, sans être lui-même véritablement comptable de sa propre gestion 17 ans durant. La faute, toujours aux autres ?

Henry Mbuyi
Journaliste correspondant en RDC