Hassan Ahmed Yusuf est directeur du Département politique au ministère des Affaires étrangères et à la coopération internationale du…

Entretien

Hassan Ahmed Yusuf : "La Grande Somalie est un rêve mort !"

Hassan Ahmed Yusuf est directeur du Département politique au ministère des Affaires étrangères et à la coopération internationale du Somaliland. Il nous explique les spécificités de son pays, en quête d’une légitime reconnaissance. Second et dernier volet.

 

54 ETATS : Sans reconnaissance internationale, le Somaliland est exclu des circuits financiers internationaux. Quelles sont les ressources de votre pays ?

H. A. Y. : Nous manquons cruellement de financements de la part d’investisseurs étrangers et de l’aide internationale peut recevoir tous pays reconnu. Reste que le Somaliland a de nombreuses ressources naturelles, dont la grande majorité reste inexploitée. Je parle de minéraux, de pétrole, de terres vierges et l’environnement approprié qui va avec. L’activité de l’élevage représente à elle seule 60 % de l’économie tout en employant 70 % de la population active. C’est là notre point fort, en matière d’exportation, pour acquérir des devises fortes.

Le Somaliland possède également un port stratégique, Barbera. Il a son importance en matière d’import et d’export. Pas seulement pour nous mais aussi pour notre voisin, l’Ethiopie. Malheureusement, malgré nos 850 kilomètres de côte, le secteur de la pêche ne se développe pas du fait du manque d’investissements. Dans le même temps, nous recevons une aide précieuse de la part de notre diaspora qui participe pleinement sur le plan économique et politique. Chacun a accès à un marché libre qui voit le nombre de petites et moyennes entreprises augmenter.

 

54 ETATS : Quelles relations entretenez-vous avec vos voisins régionaux comme la Somalie, l’Ethiopie, Djibouti mais aussi avec la communauté internationale ?

H. A. Y. : Nous entretenons des liens étroits avec les autres pays. Nous coopérons conjointement sur les questions de sécurité et d’immigration. Certains d’entre eux sont même des partenaires importants en matière de commerce. Nous encourageons les collaborations, que ce soit dans les domaines économique, social, culturel et politique. Ce qui nous a conduit à adopter dans le temps des protocoles d’entente avec différents pays.

Nous possédons également des représentations diplomatiques en Ethiopie, à Djibouti, au Kenya et dans d’autres pays, dont certains ont ouvert en retour des missions au Somaliland. Nous espérons voir ces échanges diplomatiques s’accroître dans le futur avec d’autres Etats d’Afrique, du Moyen-Orient ou d’ailleurs. Il faut d’ailleurs préciser que nous sommes en contact avec l’Union africaine, l’Union européenne et certains membres des Nations unies. Je pense à la Grande-Bretagne, la Norvège, les Pays-Bas, la Suède, la Belgique, la France, l’Allemagne ou les Etats-Unis. Sans oublier des pays arabes comme les Emirats arabes unis et le Koweït. Notre coopération avec le monde extérieur est en nette amélioration. Beaucoup d’agences de l’ONU et d’ONG sont d’ailleurs désormais basées au Somaliland et opèrent dans différentes zones, en accord avec notre Plan national. Je peux même affirmer que ces organisations, comme les investisseurs, les médias, les chercheurs ou les touristes qui nous rendent visites apprécient leur séjour au Somaliland.

 

54 ETATS : Diriez-vous que, au regard du contexte régional, le Somaliland est une chance pour la Corne de l’Afrique ?

H. A. Y. : C’est effectivement le cas. En l’état actuel, malgré l’absence de reconnaissance, le Somaliland a de facto un rôle crucial et apporte son entière contribution à la sécurité régionale. Ce qui est d’une importance stratégique en matière d’intégration régionale ou de développement. Ce serait plus encore l’intérêt de tous dans la Corne de l’Afrique que le Somaliland soit reconnu.

 

54 ETATS : Dans quel domaine le Somaliland doit-il encore progresser ?

H. A. Y. : Notre priorité est évidemment d’obtenir une reconnaissance afin d’ouvrir la voie à une coopération globale. Ceci dit, le gouvernement a lancé le National Development Plan ainsi que Somaliland Vision 2030 pour répondre aux besoins dans tous les secteurs essentiels : économie, social, environnemental, infrastructure, gouvernance et sphère politique. Notre politique étrangère doit de fait accentuer la promotion d’une coopération régionale et internationale afin de contribuer à ces démarches. Vous savez, nous sommes désormais indépendants depuis 25 ans. Nous avons dû nous nous reconstruire après les dévastations massives, les destructions et les déplacements de population connus. Cela sans la moindre aide, ou si minime, provenant de l’extérieur. Nous avons le savoir-faire et l’expérience de ceux qui ont traversé des moments difficiles. Alors, clairement, nous n’avons aucune crainte quant au futur !

 

54 ETATS : Le scénario d’une nouvelle réunification avec le Somalie est-il envisageable dans le futur ?

H. A. Y. : Cela n’arrivera pas ! C’est un rêve mort ! Notre avenir est d’être deux voisins ayant d’autres préoccupations communes que cette question. Nous appelons la communauté internationale à appuyer le dialogue lancé par le gouvernement turc entre le Somaliland et la Somalie. Nous pensons qu’une séparation serait profitable pour les deux parties et pour toute la corne de l’Afrique. La communauté internationale devrait donc évoluer sur le sujet et nous soutenir dans une démarche qui a déjà connu des précédents semblables. 

 

54 ETATS : Justement, comment expliquez-vous que, près de 25 ans après votre proclamation d’indépendance, la communauté internationale puisse continuer à vous tourner le dos ainsi ?

H. A. Y. : Le travail de sensibilisation porte ses fruits année après année. Cela s’observe notamment sur la dernière décennie. La communauté internationale a appris à faire la différence entre Somalie et Somaliland. C’est un point positif et c’est le résultat d’un long travail consistant à tisser des liens avec de nombreux pays. La stabilité, la paix, les élections démocratiques et les progrès réalisés, tout seul dans notre coin, ont grandement attiré l’attention. Certains de ces pays nous ont appelé à entamer un dialogue avec la Somalie alors qu’il y règne une anarchie et un chaos sans fin depuis tant d’années. Sans non plus avoir, il faut le dire, d’interlocuteur crédible en face. Nous restons toutefois très optimistes. L’avenir est à une prochaine reconnaissance !

Rédaction
Journaliste