Hassan Ahmed Yusuf est directeur du Département politique au ministère des Affaires étrangères et à la coopération internationale du…

Entretien

Hassan Ahmed Yusuf : "Le Somaliland est un véritable modèle"

Hassan Ahmed Yusuf est directeur du Département politique au ministère des Affaires étrangères et à la coopération internationale du Somaliland. Il nous explique les spécificités de son pays, en quête d’une légitime reconnaissance. Premier volet.

54 ETATS : La Somalie est confrontée à de graves troubles mais pourriez-vous nous dire quelle est la situation actuelle au Somaliland ?

Hassan Ahmed Yusuf (H. A. Y.) : Au Somaliland, la paix, l’ordre et la stabilité règnent. Nous sommes en pleine période d’inscription sur les listes électorales en vue des élections présidentielle et parlementaires de 2017 et, de manière générale, l’Etat a réalisé de beaux progrès. Notre préoccupation actuelle est essentiellement liée à la grave sécheresse qui affecte pas moins de 40 % de la population dans de nombreuses régions.

54 ETATS : Qu’est-ce qui, à vos yeux, justifierait que le Somaliland devienne le 55e Etat du continent africain ?

H. A. Y. : Il faut se souvenir que, avant de s’unir à la Somalie, le Somaliland avait obtenu son indépendance pleine et entière des Britanniques le 26 juin 1960. 34 pays, dont les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, avaient alors reconnu l’indépendance de notre pays. Le peuple du Somaliland avait l’intention de prendre part à la création de la Grande Somalie, en parfaite harmonie avec nos frères somaliens. L’expérience s’est avérée totalement négative ! La fusion s’est faite de notre plein gré mais la sécession nous a coûté trop de vies humaines. Pour chaque citoyen du Somaliland, la question de l’autodétermination apparaît comme un droit fondamental. Nous avons donc réalisé un référendum en 2011, lequel a abouti à un résultat de 97 % en faveur d’un Somaliland indépendant.

De fait, le Somaliland possède tous les éléments de souveraineté et d’une structure étatique. Nous avons cette Constitution, très largement adoptée en 2001, un gouvernement élu et toutes les caractéristiques et valeurs de souveraineté. L’accord d’union entre le Somaliland et la Somalie était « informel ». Le fait est que l’unification n’a pas été ratifiée par les deux parlements. De là provient notre légitimité à regagner notre indépendance aux dépends de la Somalie.

Sur un autre plan, nos deux pays ne seraient pas les premiers à connaître une scission. Il y a d’autres cas dans l’histoire dont le plus récent est à trouver en Afrique avec la partition du Soudan du Sud. Nous avons repris notre destin en main en 1991. Le Somaliland mérite une juste reconnaissance en devenant le 55e Etat d’Afrique. Nous avons aujourd’hui parcouru un tel chemin, sans l’aide de la communauté internationale, qu’il est désormais inenvisageable pour nous de revenir en arrière.

 

Hassan Ahmed Yusuf : "Notre avenir est d’être deux voisins ayant d’autres préoccupations communes que cette question. "

 

54 ETATS : A quoi ressemble au juste la vie politique au Somaliland ?

H. A. Y. : Nous sommes une république démocratique de type présidentiel dans un système multipartite. Le président et le vice-président sont élus et c’est au chef de l’Etat, en tant que chef du gouvernement et conformément à la Constitution, de nommer les membres, extérieurs au Parlement, du Conseil exécutif. Nous avons, bien évidemment, une séparation des pouvoirs entre législatif, exécutif et judiciaire. Les différents mandats – président, vice-président, parlementaires et élus locaux  – sont valables 5 ans. En cas de report d’un rendez-vous électoral, le consensus est recherché pour régler la question selon les règles constitutionnelles.

Par ailleurs, nous comptons à l’heure actuelle trois partis politiques. Il faut en outre savoir que tous les dix ans il est possible d’enregistrer de nouvelles formations. Cela en application de la Regulation of the Political Parties Registration Law, liée au Code of Conducts for Political Parties.

La vie législative, pour sa part, est régie par un parlement bicaméral avec, d’une part, une Chambre des représentants et, de l’autre, une Chambre des Sages. Chacune compte 82 sièges. La première est le principal corps législatif de l’Etat alors que la seconde a pour but de superviser et de réviser une grande partie des lois passant devant la Chambre des représentants, à l’exception de ce qui touche au financier. Les Sages s’intéressent en revanche plus particulièrement aux sujets relatifs aux questions religieuses, culturelles ou traditionnelles. La sécurité fait également partie de leur prérogative. Ils sont choisis de différentes manières, toujours selon la Constitution, pour un mandat de 6 ans.

De fait, si on compare avec bien des Etats en Afrique et même ailleurs dans le monde,  le Somaliland est un véritable modèle de transformation démocratique, de respect des droits de l’homme, de libre expression et d’Etat de droit. Des études ont d’ailleurs été produites sur notre système politique, sur notre Constitution, sur nos progrès ou la stabilité du Somaliland. Pas moins de cinq élections démocratiques directes se sont tenues depuis 2002. 50 observateurs, venus de 17 pays, ont même assisté aux dernières élections municipales en 2012. Leurs conclusions ont été positives.

Rédaction
Journaliste