Exaspération d’une jeunesse désœuvrée ou tentative de déstabilisation ?

Explosion sociale à Souk Al Ahad, dans le sud tunisien

Incendie de bâtiments publics dans le sud tunisien suite à une tentative d’émigration clandestine déjouée.

L’échec d’une opération d’émigration clandestine  peut-il provoquer une nouvelle explosion sociale comme la Tunisie en a connu d’autres depuis la révolution de janvier 2011 ?

Quoi qu’il en soit la disparition de quatre jeunes dans le naufrage d’une embarcation transportant des émigrés clandestins, le 9 octobre 2017, aux larges de l’île tunisienne de Kerkennah a fait réagir la ville Souk El Ahad, dans le gouvernorat de Kébili (environ 500 kilomètres de Tunis).

Le siège de la délégation (sous-préfecture) de Souk Al Ahad et le domicile du délégué (sous-préfet) ont été incendiés. Les personnes qui ont commis, le 12 octobre 2017, ces deux incendies ont utilisé notamment des cocktails Molotov.

L’émigration clandestine comme seul débouché ?

L’événement, largement commenté par les médias tunisiens, est-il l’expression d’une exaspération d’une partie de la population vivant dans les régions de l’intérieur, et notamment des jeunes, qui sentent que leurs horizons sont bouchées ? Et qui n’ont plus que l’émigration clandestine  comme débouché ? 54 opérations d’émigration clandestine ont été interceptées en Tunisie au cours du premier semestre 2017.

La question est posée d’une manière constante face au chômage et au désœuvrement d’une partie de la jeunesse déçue par une révolution qui n’a pas réussi à leur assurer emplois et dignité (deux des revendications de la révolution tunisienne ; la troisième revendication étant la liberté).

Déstabilisation de la part de contrebandiers ?

L’épisode de Souk Al Ahad n’est-il pas, au contraire, une des nombreuses tentatives de déstabilisations liées à des contrebandiers qui savent qu’ils sont dans le viseur du chef du gouvernement, Youssef Chahed ?

A ce propos, des voix n’excluent  absolument rien et suggèrent, donc, qu’il pourrait s’agir d’une action délibérée. Dans son édition du 13 octobre 2017, le quotidien arabophone, " Al Chourouk " soutient que certaines des quelque 11 300 associations caritatives tunisiennes financeraient "le terrorisme" précisant que leur financement fait l’objet d’ "interrogations". 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie et dans le reste du Maghreb