Marquée par le passé tragique de cette sous-région de l’Afrique, la communauté internationale a tôt fait de se mobiliser pour le Burundi,…

Crise burundaise : un échec pour la diplomatie ?

Reportage

Marquée par le passé tragique de cette sous-région de l’Afrique, la communauté internationale a tôt fait de se mobiliser pour le Burundi, petit pays voisin du Rwanda, aujourd’hui le plus pauvre du monde. Dès le début de l’année 2015, l’Union africaine, les Nations unies et l’Union européenne ont appelé, en vain, Pierre Nkurunziza à ne pas briguer de 3e mandat, espérant éviter le blocage politique provoqué par sa réélection en août dernier. La sourde oreille du président Nkurunziza fut d’autant plus mal accueillie par la communauté internationale que celle-ci fut particulièrement active dans le règlement de la guerre civile qui marqua le pays de 1993 à 2005, date à laquelle l’ancienne milice CNDD-FDD du chef de l’État prit le pouvoir à travers un processus démocratique.

En effet, ce 3e mandat est perçu comme une menace directe aux Accords de paix d’Arusha de 2003 et au fragile équilibre des forces obtenu entre l’ancienne armée à majorité tutsi (ex-FAB) et les milices hutu (FDD, FNL et CNDD) après d’âpres négociations menées sous l’égide de l’ONU. Or le gouvernement actuel conteste précisément la répartition des postes administratifs et militaires entre Hutu (60 %) et Tutsi (40 %) issue de ces accords et qu’il juge arbitraire car en décalage avec la répartition ethnique du pays (85 % de Hutu, 14 % Tutsi et 1 % de Twas). Il s’agit d’une contestation inadmissible pour de nombreux acteurs internationaux, l’ONU en tête, car ils y voient un facteur de déstabilisation pour le pays et le risque d’un retour aux massacres à caractère ethnique qui ont rythmé les années de guerre civile. De fait, depuis sa réélection en août 2015, contestée par l’ensemble de la communauté internationale, le camp de Nkurunziza a mené une répression sanglante contre toute opposition, poussant à l’exil de nombreux acteurs politiques et de la société civile.  Des assassinats ciblés se sont aussi multipliés contre des responsables des deux camps tandis qu’une partie de l’opposition a pris les armes, soutenue activement par le voisin rwandais. « Les deux camps ont envie d’en découdre, explique un ancien membre du CNDD-FDD aujourd’hui proche d’Hussein Radjabu, l’un des chefs supposés de l’opposition armée. Tous les acteurs en présence ont déjà utilisé les armes pour régler leurs différends, c’est une voie qu’ils connaissent. Au Burundi, il faut être réalistes, plus personne ne croit à la paix. »

 

Des résultats symboliques pour l’ONU

L’année 2016 a pourtant porté un élan nouveau dans les tentatives de règlement de la crise politique menées par la communauté internationale, consciente qu’une nouvelle guerre dans ce petit pays enclavé risquerait d’embraser toute la région des Grands Lacs. Un bal incessant de visites diplomatiques s’est déroulé à Bujumbura au cours des mois de février et mars derniers. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a lui même fait le déplacement depuis New York pour rencontrer le président et les membres de l’opposition encore présents sur place. Une mission d’observateurs des droits de l’homme de l’ONU a ensuite été autorisée à visiter le pays. Certaines mesures symboliques ont ainsi été consenties par Bujumbura comme la libération de 2 000 prisonniers qui encombrent les prisons débordées du pays sans toutefois que ces libérations ne concernent les milliers de prévenus politiques arrêtés depuis début 2015. Depuis la visite onusienne, le gouvernement burundais joue d’effets d’annonce pour témoigner de sa bonne foi auprès de la communauté internationale, sans que ces mesures soient de réelle envergure. Il a ainsi levé une quinzaine de mandats d’arrêt internationaux contre des figures de la société civile et de l’opposition politique en exil, mais dix-neuf mandats sont encore en vigueur. De même, deux radios privées, Rema FM et Isanganiro, ont été autorisées à émettre de nouveau, tandis que celles réputées les plus proches de l’opposition comme la RPA et Bonesha FM sont toujours interdites. Des demi-mesures obtenues après rudes négociations sans qu’aucune évolution sur le règlement pacifique de la crise n’en découle. En effet, le gouvernement refuse toujours d’inclure dans la médiation parrainée par l’Union africaine (UA) toute personne ayant eu recours à la violence, soit l’ensemble des acteurs clés de l’opposition burundaise, paralysant de facto les voies de dialogue mises en place par la communauté internationale.

 

L’Union africaine divisée et inefficace

La médiation que l’UA a confiée à  Yoweri Museveni, n’a pas abouti à la mise en place de canaux de discussions efficaces entre le gouvernement et l’opposition. Contesté sur son propre territoire lors d’élections entachées de fraude, le président ougandais a dû laisser sa place en mars 2016 à l’ancien président tanzanien Benjamin Mpaka. Ce dernier aura néanmoins du mal à dépasser les rivalités et divisions manifestes qui existent au sein de l’UA quant à la situation burundaise. Comme l’a attestée la visite des quatre chefs d’État africains mauritanien, sud-africain, gabonais et sénégalais en mars dernier, certains présidents ne sont pas favorables à une implication croissante de l’UA au Burundi, à travers notamment une force armée d’interposition. Il n’est pas anodin que trois présidents de la région des Grands Lacs (ougandais, rwandais et congolais) doivent à leur tour décider d’un 3e mandat dans leur propre pays.

 

Un engagement de l’Union européenne au bilan incertain

Seule l’Union européenne semble avoir enfin pris acte de l’impasse politique dans laquelle le pays est maintenu depuis un an en décidant, à la mi-mars 2016, de couper son aide budgétaire directe au Burundi, qui représentait près de 20 % du budget national soit 432 millions d’euros. L’aide directe à la population reste néanmoins maintenue afin d’éviter tout impact supplémentaire sur le niveau de vie déjà catastrophique de sa population majoritairement rurale. Les effets de ces nouvelles sanctions n’ont pas tardé à se faire sentir puisque dès fin mars le ministère de l’Éducation nationale a demandé « une cotisation » à ses fonctionnaires pour « acheter des uniformes à l’occasion de la fête internationale du Travail » le 1er mai prochain.

Le gouvernement burundais pourra néanmoins toujours compter sur les revenus de ses troupes engagées dans des forces de maintien de la paix de l’ONU (MINUSCOM en République centrafricaine) et de l’UA (AMISOM en Somalie) pour financer les postes de dépenses les plus cruciaux à sa survie (Défense et Police). Il s’agit là d’un signe évident des difficultés de la communauté internationale à faire front commun contre le gouvernement burundais qui plonge, chaque jour davantage, son pays vers la guerre.

Agnès Richieri

Rédaction
Journaliste