Même si les prix sont en baisse, moins de 20% par rapport à l’année précédente, le mouton de Aïd El Kébir continue à se vendre à des…

Tunisie : "Cette année, j’ai tout simplement emprunté pour quelques minutes un mouton de figuration à un voisin"

Entre l'Aïd El Kébir et la rentrée scolaire, le pouvoir d'achat des tunisiens affiche triste mine

Même si les prix sont en baisse, moins de 20% par rapport à l’année précédente, le mouton de Aïd El Kébir continue à se vendre à des prix très élevés pour la classe moyenne tunisienne. Témoignage. 

L'Aïd El Kébir, la rentrée scolaire et la cherté de la vie engendrent un après-été au goût salé pour les Tunisiens. L'une des raisons ? La perte du pouvoir d’achat et le fait que l’Aïd El Kébir coïncide avec la rentrée scolaire et universitaire.   

" Ai-je commis l’irréparable ?", s’interroge, d’un air narquois, Ahmed, maçon, habitant un deux pièces dans la périphérie de Tunis. "Cette année, j’ai tout simplement emprunté pour quelques minutes un mouton de figuration à un voisin. Histoire de faire croire à mon fils de quatre ans que je lui ai acheté l’animal. Je l’ai laissé le caresser et jouer un peu avec lui. Avant que je ne quitte la maison pour lui faire croire que je vais l’égorger dans un abattoir. Et revenir par la suite avec un peu de viande acquise chez le boucher du coin ! "

Nombreux sont les Tunisiens à n’avoir pas acheté, en ce 1er septembre 2017, date de  l’Aïd El Kébir (fête du sacrifice), un mouton. La cause ? Les prix pratiqués : entre 400 dinars (environ 134 euros) et 600 dinars (environs 209 euros) en moyenne ; certains moutons peuvent toutefois atteindre 900 dinars.

Beaucoup se sont contentés d’acheter de la viande. Pour faire leurs méchouis. Un moment crucial qui suit directement l’abattage rituel du mouton. Qui réunit toute la famille.

Le SMIG est à  305 dinars 586 millimes

Même si les prix seraient bien moindres que ceux de l’année précédente (-20%). Pour deux raisons au moins : l’importance de l’offre (environ 1 million 200 mille moutons), due en partie à la contrebande venant de la Libye voisine,  et la perte de pouvoir d’achat du Tunisien (4,8% de taux d’inflation en mai 2017) ; le SMIG est à  305 dinars 586 millimes (environ 106 euros) par mois. Un Tunisien qui voit la fête du sacrifice coïncider cette année avec la rentrée scolaire et universitaire (15 septembre).

150 000 à 200 000 moutons n’ont pas trouvé preneurs.

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie