Femme aussi bien de dossier que de terrain, les Tunisiens ont appris à  connaître cette militante féministe notamment à travers ses…

La nouvelle porte-parole de la présidence de la république en Tunisie

Qui est Saida Garrach ?

Femme aussi bien de dossier que de terrain, les Tunisiens ont appris à  connaître cette militante féministe notamment à travers ses prises de positions à la télévision au sujet du dossier de la Loi sur la réconciliation économique et financière. Portrait.

La  présidence de la République en Tunisie a choisi tout récemment (le 21 juillet 2017) Saida Garrach pour être son porte-parole. La décision n’a pas du tout étonné nombre d’observateurs tunisiens qui disent que  le président Béji Caïd Essebsi apprécie la pugnacité d’une femme qui est depuis fin janvier 2017 sa conseillère principale pour les dossiers de la société civile.

Son nom a été du reste souvent évoqué comme ministre ou secrétaire d’État du gouvernement d’Habib Essid (février 2015-août 2016).

Comme nombre de membres du personnel politique depuis la révolution du 14 janvier 2011, Saida Garrach est une militante des droits de l’Homme qui s’est opposée au régime du président Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).

Saida Garrach, la cinquantenaire dynamique, a été notamment secrétaire générale de l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD) de 2006-2008, membre du bureau de Tunis d’Amnesty International (2007-2011) et membre du Comité national de soutien aux habitants du Bassin minier (2008).

Elle devient membre du Bureau exécutif de "Nidaa Tounes"

Beaucoup considèrent que les événements du bassin minier au tour de Gafsa (350 au sud-est de Tunis) ont été les précurseurs de la révolution tunisienne du 14 janvier 2011. Les grèves survenues dans cette région de février à juin 2008 ont été largement réprimées : trois morts, des dizaines de blessés et des centaines d'arrestation.

Titulaire de deux maîtrises, l’une en éducation de la jeunesse et l’autre en droit privé et d’un master en droit de la famille, Saida Garrach est avocate au barreau de Tunis de 2003 à 2015.

Militante de gauche, elle s’engage dans "Nidaa Tounes" (l’Appel de Tunis), le mouvement créé par le président Béji Caïd Essebsi, en avril 2012, pour rassembler toute l’opposition à la "Troïka", coalition conduite par le parti islamiste "Ennahda".

Ce dernier est composé de trois mouvances : des militants de gauche, des syndicalistes et des représentants de l’ancien régime, celui des présidents Bourguiba et Ben Ali, qui gouvernent le pays depuis 1955.

"Cesser ces propos populistes qui ne contribuent qu’à la division des Tunisiens"

Elle devient membre du Bureau exécutif de "Nidaa Tounes", qui est aux commandes du pays depuis fin 2014 : il est majoritaire à l’Assemblée des Représentants du Peuple (ARP) : 86 députés sur les 217 que compte le Parlement tunisien, et son président, Béji Caïd Essebsi, est celui que le peuple tunisien a élu à la magistrature suprême.

Femme aussi bien de dossier que de terrain, les Tunisiens ont appris à connaître cette militante féministe notamment à travers ses prises de positions à la télévisions au sujet du dossier de la Loi sur la réconciliation économique et financière. Initiative du président Caïd Essebsi en vue de participer à faire redémarrer l’économie à travers un amnistie, sous certaines conditions, des fonctionnaires et des hommes d’affaires qui ont commis des malversations sous le régime du président Ben Ali.

Elle s’est distinguée, à ce propos, à deux occasions. Lorsqu’elle a attaqué de front, d’abord, le 13 avril 2017, l’ancien directeur de cabinet de l’ancien président de la République du temps de la "Troïka", Mohamed Moncef Marzouki, et actuel secrétaire général du mouvement "Tunisie Volonté", Adnene Mansar.

Réagissant à une critique d’Adnen Manser adressée au président Essebsi qui s’est déplacé de Tunis à Monastir en avion (près de 160 kilomètres) quelques jours auparavant à l’occasion de la célébration du 17è anniversaire du décès du père de la nation, Habib Bourguiba, Saida Garrach lui a demandé énergiquement de "cesser ces propos populistes qui ne contribuent qu’à la division des Tunisiens".

La signature a eu lieu sous la présidence de Marzouki

Ajoutant qu’ "On peut être à l’opposition et critiquer le gouvernement. Cependant, il ne faut pas nuire à l'État et attiser les feux du régionalisme. Il faut apprendre à faire la part des choses et faire primer l’intérêt suprême de l’État".

Elle a réagi, ensuite,  avec la même vigueur face à une "Pasionaria" tunisienne,  la député du Courant démocrate (3 députés sur les 217 de l’ARP), Samia Abbou, dont l’époux Mohamed Abbou, a été ministre de la « Troïka et qui se veut de tous les combats contre la corruption.   

Intervenant lors d’un débat télévisé, le 12 mai 2017, dans le cadre de la campagne initiée en vue de demander des comptes au gouvernement au sujet des richesses naturelles du pays, " Winou El Pétrole" (Où est le pétrole), Samia Abbou a affirmé qu’elle souhaitait qu’on "aborde les dossiers concernant les hydrocarbures, le renouvellement du contrat de la  Compagnie Tunisienne des Salines (COTUSAL), ainsi que les deux contrats avec des sociétés pétrolières étrangères, qui ont été renouvelés, d’une manière illégale."

Réponse de Saida Garrach, qui lui a rappelé, d’abord, que cette signature a eu lieu lorsque Mohamed Moncef Marzouki était à la tête de l’Etat : "Je ne comprends pas comment, durant les trois années de la "Troïka", personne n’a jamais parlé de pétrole ou de n’importe quelle autre ressource naturelle. Dire que ces ressources ont récemment existé est du domaine de l’impossible".

Demandant à Samia Abbou les raisons de son abstention de parler de l’affaire de l’ancien ministre des Domaines de l’État de la "Troïka", Slim Ben Hamidane (affaire dite de la Banque Franco Tunisienne) "qui fait perdre à l’État plusieurs millions de dinars".

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie et dans le reste du Maghreb