Certains commerçants doutent que les forces de l’ordre puissent vraiment éradiquer le commerce des produits de la contrebande. Le secteur…

Campagne sur la fin des étals anarchiques en Tunisie

Tunis dit "oust"au commerce issu de la contrebande sur ses étals

Certains commerçants doutent que les forces de l’ordre puissent vraiment éradiquer le commerce des produits de la contrebande. Le secteur informel représentait, en 2015, un peu plus de la moitié du PIB (53%). Soit l’équivalent de 40 milliards de dinars tunisiens (environ 14,2 milliards d’euros).

"Ne criez pas victoire. Ils pourraient revenir à tout instant. Pour le moment, ils ne sont pas dans la ville. Beaucoup sont partis dans leur région pour la fête de l’Aïd El Fitr (qui marque la fin du mois du jeûne de ramadan- le 25 juin 2017)", avertit, ce samedi 1 juillet 2017, ce commerçant quinquagénaire qui tient boutique à la rue Jamel Abdel Nasseur, au centre ville de Tunis.

Ils, ce sont les marchands ambulants qui ont investi, depuis la révolution du 14 janvier 2011, de nombreuses artères de la capitale. Avec des étals anarchiques à n’en plus finir.

Tunis et sa banlieue offrent un tout autre visage

Et si notre commerçant doute du fait que la police municipale et les unités de la police nationale aient réussi à éradiquer le phénomène, c’est parce qu’il dit en "avoir vu d’autres". "De par le passé, les forces de l’ordre ont maintes fois pu nous débarrasser de ces malfrats, mais ils ont fini par revenir", rappelle-t-il.

Tunis et sa banlieue offrent, quoi qu’il en soit, depuis la fin du mois de ramadan –date du début de la campagne en vue de chasser les étals anarchiques- un tout autre visage.

À proximité de la station de métro du passage : rue Charles de Gaulle, rue d’Allemagne, rue Jamel Abdel Nasser, rue d’Algérie ou encore à la Place Barcelone, qui ont toujours constitué des havres de paix pour les étals anarchiques, point de commerçant ambulant. Et on circule bien aussi bien sur la chaussée que sur les trottoirs.

Incivilités et saleté

On n’observe plus également les amas de détritus comme les emballages et autres restes de bouteilles d’eaux et de sodas en matière plastique  que les vendeurs ambulants laissaient sur leur passage.

Les commerçants ont évidement poussé un ouf de soulagement. "Je suis content de les voir partir, note un vendeur de prêt-à-porter de la rue Charles de Gaulle. Ils trustaient le trottoir d’en face vendant une marchandise de pacotille détournant nos clients."

En ajoutant qu’"ils faisaient régner l’insécurité avec des comportements de brigands. Sans oublier leurs incivilités et la saleté qu’ils propageaient dans la ville. Beaucoup de clients m’ont affirmé plus d’une fois qu’ils ne voulaient plus venir au centre ville".

Saisie et disparition de 400 étals

La campagne en vue de débarrasser Tunis et sa banlieue des étals anarchiques qui vendent de tout : prêt-à-porter, vaisselle, détergents, cigarettes, jouets, produits de beauté, etc. a permis de saisir ou de faire disparaître près de 400 étals et de démolir 15 kiosques en préfabriqué ou même en dur.

Les étals qui se sont saisis de la capitale, mais aussi d’autres villes du pays, sont l’expression de la contrebande qui a longtemps sévit dans le pays. Elle existait certes dans le pays avant le 14 janvier 2011, mais le phénomène s’est amplifié depuis en raison du climat d’insécurité qui a longtemps régné dans le pays, de la faiblesse de l’appareil de contrôle de l’État, mais aussi de la complaisance des gouvernants. C'est ce que soutiennent certains tunisiens.

Selon l’économiste Moez Joudi, le secteur informel, dont une partie importante est faite des produits de la contrebande, représentait, en 2015, un peu plus de la moitié du PIB (53%). Soit l’équivalent de 40 milliards de dinars tunisiens (environ 14,2 milliards d’euros).

    

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie