Son berceau devait être adossé au Code pénal. Sidiki Laba s’est projeté, 34 ans durant, vers cette vie où l’odieux côtoie l’ignoble,…

Portrait

Sidiki Kaba : la justice dans le sang

Son berceau devait être adossé au Code pénal. Sidiki Laba s’est projeté, 34 ans durant, vers cette vie où l’odieux côtoie l’ignoble, ou l’abject s’allie à l’infect et où la justice vient sanctionner une multitude d’actions humaines en vertu du droit. Un choix. Son grain de voix laisse s’envoler des notes graves et voluptueuses. Ses lunettes de vue, modernes et carrées, laissent transparaitre un regard amical, franc, sincère, depourvu de toute hypocrisie ; un style.

Premier africain élu en 2001 comme président de la Fédération internationale de la Ligue des droits de l’Homme (FIDH), l’homme défend la liberté de la presse, les droits des femmes, les droits politiques. Il s’illustre en luttant contre l’impunité et contre la peine de mort. Il apporte une assistance juridique et judiciaire aux journalistes, opposants, syndicalistes. Il assiste l’ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara et l’ancien Premier ministre sénégalais Idrissa Seck en 2005. à cette liste s’ajoutent les victimes de torture sous l’ancien président tchadien Hissène Habré, les défenseurs et opposants burkinabés dans l’affaire Norbert Zongo, journaliste burkinabé assassiné en 1998, etc. Enfin, il devient garde des Sceaux et ministre de la Justice du Sénégal dans le gouvernement d’Aminata Touré. Sans surprises, il reçoit plusieurs distinctions honorifiques : Chevalier de l’Ordre national du lion (Sénégal) en 2001, Officier de la Légion d’honneur (France) en 2002, citoyen d’honneur de la ville de Quito (Equateur) en 2004 et, malgré tout, il poursuit humblement sa route d’homme intègre.

à New York, lors de la 13e Assemblée des états parties de la CPI, Sidiki Kaba a pris ses fonctions de président de l’Assemblée générale des états parties de la Cour pénale internationale (CPI). C’est sans doute là le tournant de sa vie tant la CPI alimente la controverse.

à 64 ans, Sidiki Kaba ambitionne une justice universelle, sans géométrie variable ou instrumentalisation politique. L’homme de droit aspire à réconcilier l’Afrique et la CPI « en découplant la politique et la justice », affirme-t-il. Une tâche qui s’annonce ardue si le peuple considère que l’Afrique constitue le groupe régional le plus représentatif de la CPI. Sur 123 états membres, 34 ont ratifié le statut de Rome. Cette responsabilité prestigieuse risque de lui peser si la CPI ne se résout pas à ouvrir des enquêtes ne visant pas exclusivement  l’Afrique, terre de ses frères, et ses chefs d’états (en exercice ou pas). “La CPI ne doit pas être considérée comme le lieu où est appliquée une justice de Blancs !” s’exclamait-il persuadé de disposer de toutes les cartes lui permettant d’appliquer une justice impartiale, digne d’être soutenue et reconnue. Le contraire demeurant inenvisageable et venant remettre en question toute la vie de celui qui a la justice dans le sang.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction