Le dernier rendez-vous électoral a été une véritable catastrophe. Organisé du reste à l’étranger (Allemagne), en décembre 2017, il a vu la victoire d’un candidat avec un taux de participation de 5% des inscrits sur les listes électorales.

Un rendez-vous politique à trois inconnues

Démarrage de la campagne pour les Municipales en Tunisie

Le dernier rendez-vous électoral a été une véritable catastrophe. Organisé du reste à l’étranger (Allemagne), en décembre 2017, il a vu la victoire d’un candidat avec un taux de participation de 5% des inscrits sur les listes électorales.

C’est parti. La campagne électorale pour les premières municipales tunisiennes démocratiques, du 6 mai 2018, de la Tunisie indépendante ont démarré samedi 14 avril et devra se poursuivre jusqu’au 4 mai. 2074 listes sont candidates aux Municipales (1055 listes partisanes, 860 listes indépendantes et 159 listes de coalition).

Un rendez-vous jugé important eu égard à au moins deux facteurs. Il s’agit, d’abord, de la dernière étape de la construction démocratique : la Tunisie a déjà organisé, en 2011 et en 2014, des élections présidentielle et législatives.

Il s’agit, ensuite, d’élections qui devront concrétiser une expérience politique unique en Tunisie : la décentralisation. La constitution de 2014 consacre, à cet effet, tout un chapitre au "Pouvoir régional" (Chapitre VII).

Ce chapitre dote les municipalités d’un pouvoir certain comparé à la situation qui a toujours prévalu avant cette date. Les collectivités locales sont ainsi "dotées de la personnalité juridique, de l’autonomie administrative et financière". Comme "elles gèrent les intérêts locaux conformément au principe de la libre administration" (Article 132).

Cependant, les municipales tunisiennes restent, pour nombre d’observateurs tunisiens, un rendez-vous politique à trois inconnues. A commencer par le taux de participation. Le dernier rendez-vous électoral a été une véritable catastrophe. Organisé du reste à l’étranger (Allemagne), en décembre 2017, il a vu la victoire d’un candidat avec un taux de participation de 5% des inscrits sur les listes électorales.

Un sondage réalisé par le cabinet Emrhod, en janvier 2018,  a montré une réelle  baisse de popularité des leaders politiques tunisiens  sans aucune exception. Et il n’est pas rare d’entendre en Tunisie des critiques au sujet de  l’élite politique du pays jugée par certains incapable d’agir pour améliorer la situation notamment économique.

On a parlé même de " butins "

D’où l’idée selon laquelle ceux qui font de la politique cherchent d’abord l’intérêt de leur formation politique lorsqu’il ne s’agit pas de leur propre intérêt : on a parlé même, à ce propos, de " butins ".

Autre inconnue : les résultats qui sortiront des urnes et la possibilité qu’ils rendent les municipalités ingouvernables. À l’instar du paysage législatif tunisien marqué par un certain "émiettement".

En clair : il est à craindre que ne se dégage pas dans les communes des majorités capables de conduire des politiques homogènes. Un avenir largement envisagé eu égard au grand nombre de listes et aux enjeux créés par le pouvoir local inscrit dans la constitution.

On se pose cependant des questions quant à la capacité des communes à s’autogouverner. Car s’il est vrai que les ambitions des uns et des autres sont grandes –pour ne pas dire infinies-, les finances ne sont pas au rendez-vous (les impôts locaux sont faibles et ne sont pas toujours payés comme des communes sont endettées) et les conditions sont bien difficiles (pléthore de personnel, équipements et matériels défaillants lorsqu’ils ne sont pas hors d’usage,…)   

 

 

 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie et dans le reste du Maghreb