Augmentation substantielle de 25% de nombreux timbres fiscaux, du prix de certaines démarches administratives et au niveau des…

Tunisie : une loi des finances "comme il n’y en a jamais eu"

Austérité et "Avidité fiscale"

Augmentation substantielle de 25% de nombreux timbres fiscaux, du prix de certaines démarches administratives et au niveau des consommations, augmentation de redevances, augmentation de 12 à 19% de la  TVA, l’opinion s’inquiète pour ses revenus.

Le dessin en dit long sur comment nombre de Tunisiens perçoivent aujourd’hui la loi des finances 2018. La caricature, publiée, le 26 septembre 2017, par notre confrère, le quotidien arabophone "Le Maghreb",  représente une Tunisie qu’étrangle une grande ceinture : austérité et " avidité fiscale " _l’expression est d’un commentateur de télévision_ sont au programme d’un texte qui veut résorber un déficit budgétaire qui a atteint des proportions inimaginables : 6%.

Certes, rien n’est encore joué, car le texte, encore en discussion notamment avec les syndicats ouvriers et patronaux et d’autres partenaires sociaux, ne sera pas voté avant la mi-octobre 2017.

Mais, il suscite déjà des réactions dont certaines sont nerveuses et peut-être déplacées : un expert-comptable a parlé même d’une "explosion sociale" que la loi des finances 2018 ne manquera pas de provoquer. Certains parlent d’une loi des finances "comme il n’y en a jamais eu".

Le patronat s’inquiète également

Augmentation substantielle de 25% de nombreux timbres fiscaux comme celui utilisé pour la sortie du territoire, de celui de l’obtention d’un passeport, du prix de  certaines démarches administratives et au niveau des consommations, augmentation de redevances comme la redevance automobile, augmentation des taxes sur le tabac et les alcools, des taxes sur les activités de tourisme, les voitures et la santé, augmentation de 12 à 19% de la TVA, l’opinion s’inquiète pour ses revenus.

Mais, il n’y a pas qu’elle : il y a les syndicats ouvriers. Dont l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) qui a déjà  averti que les salariés ne devront pas être les seuls à payer le lourd fardeau fiscal.

Le patronat a, pour sa part, des inquiétudes pour les baisses que pourraient provoquer  l’augmentation de la TVA surtout au niveau de la consommation et par conséquent au stade de la production. Et qui peut provoquer plus de pertes d’emplois. Et ce, dans un pays qui souffre d’un taux de chômage de 15%.

Les débats ne seront pas de tout repos pour le nouveau ministre des finances

L’Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Artisanat (UTICA), qui prépare son Congrès, avec les élections des chambres sectorielles, est déterminée à tenir tête au gouvernement. Un gouvernement qui passe, comme l’a souligné, la 27 septembre 2017, notre confrère, le quotidien de langue française "La Presse", une partie de son temps aujourd’hui à "démentir", à  "relativiser",  à "expliquer" et à "dédramatiser" ce qui se dit et s’écrit (dans une partie des rumeurs) sur la loi des finances 2018.

Les débats ne seront pas de tout repos pour le nouveau ministre des finances, Ridha Chelghoum –il a été nommé le 12 septembre 2017- à l’Assemblée des Représentants du peuple (ARP), le parlement tunisien. Car, au sein du Gouvernement d’Union Nationale (GUN), dont il fait partie, le gouvernement Youssef Chahed 2, certains ministres représentants des partis de la mouvance de gauche et assimilée seraient, peut-être, tentés d’exprimer une autre voix que celle de l’austérité.

Certes, entendons-nous, ici et là, les caisses de l’État sont vides et les caisses sociales n’en peuvent plus avec des déficits qui s’accumulent, mais l’État a-t-il joué pleinement son rôle pour entamer des réformes de fond comme l’élargissement de l’assiette fiscale ? Ou pour traquer tous ceux qui ne payent pas d’impôts ou fraudent. Et que par conséquent, le gouvernement ne fait, aux yeux de certains, que recourir, d’années en années, à des "solutions de facilités".   

  

 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie