Ketumile Masire (né le 23 juillet 1925 à Kanye, Botswana) a été le deuxième président de la République du Botswana de 1980 à 1998. Avant…

Sir Ketumile Masire : "Le Botswana possède un grand potentiel agricole"

Entretien

Ketumile Masire (né le 23 juillet 1925 à Kanye, Botswana) a été le deuxième président de la République du Botswana de 1980 à 1998. Avant ceci, il fut un personnage important du mouvement d’indépendance puis intégra le nouveau gouvernement où il joua un rôle crucial en facilitant le développement, tout en stabilisant, la croissance financière de son pays. Depuis sa retraite en 1998, Sir Ketumile Masire a été impliqué dans de nombreuses initiatives diplomatiques dans un certain nombre de pays africains.

54 ÉTATS : Après avoir longtemps gouverné le Botswana, vous êtes aujourd’hui à la tête de la Sir Ketumile Masire Foundation. L’agriculture y occupe une place importante.  Est-ce une préoccupation majeure pour vous ? 

Ketumile Masire (K. M.) : La Masire Foundation, que j’ai fondée en 2007, était essentiellement mon inspiration pour continuer à contribuer aux développements socio-économiques et politiques de mon pays et de la sous-région en général. Comme vous l’avez correctement indiqué, la Fondation a vocation, entre autres choses, à faciliter et promouvoir l’innovation et les alternatives dans l’agriculture. L’agriculture est une véritable préoccupation pour moi. C’est pourquoi après ma retraite, je me suis penché sur le monde agricole, au regard de son importance comme source de revenus et comme secteur garant de la sécurité alimentaire.

 

54 ÉTATS : Vous abordez la question de l’agriculture sous l’angle de l’innovation et des alternatives. Qu’entendez-vous par là ?

K. M. : Pour que l’agriculture prospère, nous avons besoin de nouvelles initiatives technologiques qui permettront d’améliorer la production. Il y a des défis en matière d’innovation qui doivent être examinés sur le terrain qui est le nôtre, des défis comme la préservation de l’humidité des sols ou la rotation des cultures. Nous devons nous poser la question de savoir pourquoi certaines récoltes sont produites avec succès dans des États voisins, avec des conditions climatiques et des sols semblables à ce que l’on connaît, et pourquoi ce n’est pas le cas chez nous. 

54 ÉTATS : De manière très concrète, quels genres d’actions menez-vous ?

K. M. : Le secteur agricole au Botswana a été identifié comme l’une des zones à fort potentiel permettant de diversifier l’économie et de créer de l’emploi, particulièrement dans des zones rurales. L’excédent réalisé, après avoir satisfait aux exigences nutritionnelles, peut conduire à la commercialisation et à la diversification de l’économie. Vous serez également heureux d’apprendre que la Fondation s’intéresse également à la jeunesse. De fait, nous explorons différentes façons d’impliquer la jeunesse dans le secteur agricole. Nous travaillons d’ailleurs actuellement à l’organisation de l’Agricultural Ideas Competition, dont le but est de récompenser les jeunes qui s’investissent dans l’agriculture, avec une approche durable, et présentent des idées créatives. La Fondation a aussi ouvert des discussions avec un certain nombre de parties prenantes pour identifier et mettre en œuvre des programmes stratégiques promouvant l’innovation et des alternatives dans l’agriculture. Celles-ci n’ont pas encore porté leurs fruits mais nous sommes fermement décidés à réaliser cet objectif. 

 

54 ÉTATS : Dans le cadre de vos opérations, vous êtes amené à collaborer avec un certain nombre de partenaires. Qui sont-ils et que vous apportent-ils ?

K. M. : Le travail de la fondation repose sur trois piliers : « paix & gouvernance », « bien-être de l’enfance » et « innovation et alternatives en agriculture ». Parmi ceux qui nous accompagnent, on peut citer la Moibrahim Foundation à Londres, la Ducere Foundation en Australie et l’université du Botswana. Cependant, sur le thème spécifique de l’agriculture, nous appréhendons toutes les opportunités qui s’offrent à nous. Récemment, nous avons ouvert des discussions avec un certain nombre d’acteurs comme le Department of Energy Affairs et la Farmer Associations dans le but de promouvoir la fourniture d’énergie renouvelable sous la forme de biogaz aux communautés rurales et tout particulièrement aux agriculteurs. Nous travaillons aussi en partenariat avec la Young Farmers Association du Botswana et Victus Global, un consultant en technologie alimentaire spécialisé dans le développement de l’agriculture sub-saharienne et l’industrie du secteur alimentaire. 

 

54 ÉTATS : Êtes-vous optimiste pour l’avenir de l’agriculture dans votre pays et de l’Afrique dans son ensemble ?

K. M. : Les optimistes ont tendance à faire de la limonade sans citrons et à voir le verre à moitié plein lorsqu’il est à moitié vide. Si nous ne voyons pas dans l’agriculture la passerelle vers la subsistance alors nous sommes condamnés. Tout le monde est convaincu que l’Afrique est le futur grenier à blé du monde. Quant à mon pays plus spécifiquement, le Botswana a un patrimoine agricole rude. L’eau est un défi dans la quasi-totalité du pays qui est semi-désertique. Nous avons assisté au déclin de la production du secteur agricole malgré les nombreux programmes que le gouvernement a proposés dans le temps. Je veux cependant rester optimiste quant à ce secteur étant donné les différentes mesures d’innovation mises en place pour l’améliorer. C’est précisément pourquoi certains d’entre nous continuent à labourerle sol et tiennent à encourager les jeunes et tous les agriculteurs à persévérer malgré tout.

 

54 ÉTATS : Enfin, qu’en est-il de l’agriculture du Botswana ?

K. M. : La politique du gouvernement en matière d’agriculture se résume en six objectifs majeurs :

- améliorer la sécurité alimentaire tant au niveau des ménages

qu’au niveau national;

- diversifier la production du secteur agricole pour se donner plus

d’opportunités de revenus;

- augmenter la production agricole et la productivité;

- créer des opportunités d’emploi pour avoir un nombre grandissant de travailleurs;

- fournir un environnement sécurisé et productif pour tous ceux qui

sont engagés dans l’agriculture;

- conserver des ressources de terres agricoles rares pour les

générations futures.

Rédaction
Journaliste