Le sit-in d’El Kamour réglé, le Gouvernement d’Union Nationale (GUN) de Youssef Chahed devra probablement négocier maintenant avec les…

Signature d’un accord sur le sit-in d’El-Kamour

Ce n’est pourtant pas la fin des mouvements de protestations !

Le sit-in d’El Kamour réglé, le Gouvernement d’Union Nationale (GUN) de Youssef Chahed devra probablement négocier maintenant avec les membres de la coordination des jeunes de la ville de Kébili (500 kilomètres au sud de Tunis) entrés, le 5 juin 2017, en sit-in illimité en installant là-aussi tentes et banderoles.

Le pays dans son ensemble a poussé un véritable ouf de soulagement en apprenant la fin du sit-in d’El-Kamour, un champ pétrolier situé à 120 kilomètres de Tataouine, ville qui se trouve quant à elle à 531 kilomètres de Tunis. Ce champ pétrolier est, depuis mars 2017, au centre des préoccupations et de l’État et de l’opinion en raison du déclenchement d’un mouvement de protestations.

Des tentes ont été dressées par des centaines de jeunes pour revendiquer la création d’emplois notamment dans des sociétés pétrolières de la région. Avec des coupures de routes et des actes de sabotages. Ce qui a poussé le chef de l’État, Béji Caïd Essebsi, le 10 mai 2017, à confier à l’armée la protection des sites pétroliers : 40 % de la production tunisienne du pétrole et 20 % du gaz proviennent du gouvernorat de Tataouine. 

L’accord signé, à l’aube du vendredi 16 juin 2017, avec le gouvernement répond, selon des sources concordantes, à 90% des revendications des sit-inneurs et de leur coordination. Avec notamment l’embauche de 1500 chômeurs dans les sociétés de production et des services pétroliers, de 3000 dans une société chargée de la protection de l’environnement ("Environnement, plantation et jardinage") et une allocation de 80 millions de dinars (environ 29,10 millions d’euros) versée annuellement au profit d’un Fonds de développement et d’investissement de Tataouine.

Lever le sit-in, favoriser la réouverture des routes et la reprise de la production

L’État devra, en outre, abandonner les poursuites judiciaires contre tous les manifestants pacifiques. Ce qui sous entend que seront poursuivis tous ceux qui ont été auteurs des actes criminels perpétrés le 22 mai 2017 à Tataouine (incendies et saccages de locaux et de véhicules des forces de l’ordre, vol de véhicules dans un dépôt municipal,…)

En contrepartie, les protestataires sont appelés à lever leur sit-in et à favoriser la réouverture des routes et la reprise de la production. La vanne principale de la station principale d’El-Kamour a été réouverture quelques heures après la signature de l’accord qui a bénéficié d’une garantie de taille : la présence du secrétaire général de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), la principale centrale syndicale du pays, Nourreddine Taboubi, à la  cérémonie de signature.

Un "manque à gagner pour l’État"

Certains se demandent cependant si ce dénouement heureux, à mettre du reste à l’actif du chef du gouvernement, Youssef Chahed, est bon pour le pays. "À quel prix ?", s’exclamait, à ce propos, le quotidien "La Presse" dans son éditorial de sa livraison du 17 juin 2017. En faisant observer que "le manque à gagner pour l’État, et donc pour l’ensemble des Tunisiens, est considérable en termes de financement et d’investissements, mais également en confiance".

En clair, il est à craindre que l’épisode El-Kamour fasse, pour ainsi dire des "émules". Tant la soif de développement et les revendications son importantes dans un pays où le déséquilibre régional est le principal talon d’Achille et où les financements publics manquent considérablement.

Le sit-in d’El Kamour réglé, le Gouvernement d’Union Nationale (GUN) de Youssef Chahed devra négocier probablement maintenant avec les membres de la coordination des jeunes de la ville de Kébili (500 kilomètres au sud de Tunis)  entrés, le 5 juin 2017, en sit-in illimité en installant là-aussi tentes et banderoles.

Avec encore des réclamations : recruter 3500 chômeurs, nationaliser les richesses minières, réviser des permis accordés aux compagnies pétrolières et la concession attribuée à une société exploitant du sel…

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie