« Nous avons été capables de réduire leur contrôle à l’intérieur de la Somalie et nous avons affaibli les réseaux qui opéraient dans…

Analyse

Shebabs : déterminés, actifs et efficaces

« Nous avons été capables de réduire leur contrôle à l’intérieur de la Somalie et nous avons affaibli les réseaux qui opéraient dans cette région d’Afrique de l’Est ». Pour le président Barack Obama, de passage au Kenya en juillet 2015, la communauté internationale est sur la bonne voie dans sa lutte contre les shebabs. Une vision un brin idéalisée de la situation. Plus encore à la découverte des différents rapports1 remis à l’Organisation des Nations unies (ONU) par le groupe de contrôle pour la Somalie et l’Érythrée.

Quitte à décevoir le locataire de la Maison-Blanche, il y a un constat implacable et ce sont les experts chargés par l’ONU de suivre la situation dans la région qui le dressaient dès octobre 2014 : « la région n’a pas été assaillie par un groupe affilié à Al-Qaïda aussi déterminé, aussi actif et aussi efficace que les shebabs depuis l’époque où l’ancien groupe d’Al-Qaïda en Afrique de l’Est tenait le haut du pavé dans la corne de l’Afrique. » Un an plus tard, nouveau rapport, et les conclusions ne sont guère plus joyeuses. Ainsi, le mouvement « résurgent semble de plus en plus en mesure d’exploiter les failles de ses adversaires pour consolider son pouvoir, établir des administrations locales, assurer la sécurité et renforcer la confiance du public ».

D’autant que le gouvernement fédéral somalien, par ses multiples exactions à travers le pays, offriraient sur un plateau aux shebabs l’opportunité de « recruter parmi les populations historiquement marginalisées ». La lecture du rapport remis à l’ONU en septembre 2015 est en ce sens particulièrement édifiante. Les experts renvoyant quasiment dos à dos le pouvoir en place à Mogadiscio, violent et corrompu mais soutenu par la communauté internationale, et les terroristes.

C’est là une réalité. Et le groupe « onusien » de constater que « malgré́ l’accroissement constant des effectifs et du soutien financier nécessaires au déroulement de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) », les shebabs demeurent encore et toujours la principale menace à la paix et à la sécurité. Plus alarmant, « l’Armée nationale somalienne et les forces alliées sont mises à rude épreuve, ce qui rend les bases de plus en plus vulnérables à toute attaque ».

Pourtant, aucun doute pour les puissants de la planète, les shebabs ne remporteront pas cette guerre. Et pour cause, ils ne la livrent pas ! Le succès de l’opération Eagle ? Il reposerait notamment sur le fait « que les shebabs ne soient pas disposés à affronter militairement les forces alliées ». Les rapporteurs d’enfoncer le clou : les terroristes auraient « choisi de céder du territoire sans résistance ». Plus précisément, « plutôt que d’affaiblir Al-Chabab, le déplacement territorial du groupe des principaux centres urbains en Somalie l’a aidé à étendre sa présence dans la région de la corne de l’Afrique ».

Les experts sont formels : mis sous pression, les extrémistes ont su s’adapter pour adopter une stratégie fondée sur « une économie d’effort » tout en faisant preuve de « plus d’audaces dans ses opérations en s’attachant davantage à exporter sa violence au-delà̀ des frontières de la Somalie ». Le rapport de 2014 d’évoquer une « stratégie régionale » de la part d’un groupe « renaissant, suffisamment ferme pour s’aligner sur les stratégies des opérations transnationales d’Al-Qaïda et les mettre en œuvre, comme l’a prouvé sa capacité́ de lancer des attaques complexes et spectaculaires de grande envergure ». L’assaut du Westgate serait la preuve ultime que les shebabs ont appris les « ficelles du métier ».

Les différents assassinats ciblés n’auraient eux-mêmes pas eu l’effet escompté. Ce dont témoigne anonymement une source de renseignements de haut niveau dans la région pour qui « les cadres moyens du mouvement, très mal connus, sont si nombreux et idéologiquement motivés que l’organisation n’a aucun mal à remplacer les chefs assassinés ».

Collecte d’informations, infiltration et attaques asymétriques, le groupe de contrôle présente les radicaux somaliens comme une force de déstabilisation aux bases arrières solidement établies. Des combattants doublés de véritables agents secrets, capables « d’induire en erreur » les services de renseignement étrangers au sujet de leur cible tout en exploitant à des fins propagandistes les opérations antiterroristes. Une présentation aux antipodes de la bande de débraillés, poseurs de bombes, dépeinte parfois. Alors, oui, véritablement, dans la lutte contre les shebabs, tout n’est pas aussi simple que le prétendent Barack Obama et ses alliés…

 

1 Rapport du Groupe de contrôle pour la Somalie et l’Érythrée présenté conformément à la résolution 2111 (2013) du Conseil de sécurité (10 octobre 2014)

Rapport du Groupe de contrôle pour la Somalie et l’Érythrée en application de la résolution 2182 (2014) du Conseil de sécurité (22 septembre 2015)

Rédaction
Journaliste