En retournant au sein de l’Union africaine après 32 ans de boycott, le Maroc a non seulement voulu étendre son influence sur l’Afrique, mais surtout, suivre de près son ennemi intime, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui tente de conquérir davantage de soutiens dans la grande institution africaine.

Sahara occidental : le Maroc à la manoeuvre pour faire exclure la RASD de l'UA ?

Maroc

En retournant au sein de l’Union africaine après 32 ans de boycott, le Maroc a non seulement voulu étendre son influence sur l’Afrique, mais surtout, suivre de près son ennemi intime, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) qui tente de conquérir davantage de soutiens dans la grande institution africaine.

Avec son élection le 26 janvier au Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine, le Maroc entérine son retour au sein de l’instance, après 32 ans d’absence. Une victoire qui lui permet de repartir de plus belle sur le dossier du Sahara occidental, l’un des points clé du lobbying marocain sur le continent. Selon plusieurs médias, le royaume chérifien entend déposer une motion d’exclusion de l’UA à l’encontre de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Pour ce faire, le royaume aurait entamé une campagne de lobbying auprès des membres qui pourraient s’opposer à ce dessein. Mais la tâche sera-t-elle aussi aisée pour Rabat, du moins juridiquement ? Les actuels statuts de l’Union africaine, adoptés en 2000 à Lomé, la capitale togolaise prévoient du reste deux possibilités d’exclusion d’un Etat membre, mais à bien de conditions.

La première possibilité, dite de “suspension” et régie par l’article 30 concerne “les Gouvernements qui accèdent au pouvoir par des moyens anticonstitutionnels”. Mais encore, cette mesure ne saurait mettre fin à la qualité de membre du pays en question, mais prive seulement “les gouvernements” de “participer aux activités de l’Union africaine”.

L’autre option consisterait pour le pays membre à lui-même se retirer de l’organisation. Selon l’article 31, en effet, “l’exclusion volontaire” devra être notifiée “par écrit [au] Président de la Commission qui en informe les États membres. Une année après ladite notification, si celle-ci n’est pas retirée, le présent Acte cesse de s’appliquer à l‘État concerné qui, de ce fait, cesse d‘être membre de l’Union”.

De nouvelles phases de négociations

Vu l‘état actuel des statuts juridiques de l’UA, il serait quasi-impossible d’exclure la RASD de l’organisation, à moins cependant que le Maroc obtienne une modification de ces textes. Au regard des voix remportées par le Royaume lors de sa réintégration au sein de l’UA – 39 votes positifs, soit deux de plus que les deux tiers requis – cette hypothèse est plausible.

Mais là encore, le Maroc pourrait se heurter aux soutiens de la RASD, parmi lesquels trois poids lourds africains, l’Algérie, le Nigeria et l’Afrique du Sud. En dépit d’une tentative de rapprochement effectuée par Rabat, Abuja et Pretoria restent fermement attachés au partenariat avec l’Algérie sur le dossier sahraoui, en raison notamment des alliances historiques lors des guerres d’indépendance.

Quoiqu’il en soit, il y a plus d’un an, en janvier 2017, lors de son grand retour au sein de l’Union africaine, le roi Mohamed VI assurait : “Nous ne voulons nullement diviser, comme certains voudraient l’insinuer”. Le ton restera-t-il conciliant encore longtemps ?

En tout cas, du côté sahraoui, on se dit prêt “à entrer en négociation directe avec le Royaume du Maroc pour faire la paix”, a assuré en début de semaine Mohamed Salem Ould Salek, ministre des Affaires étrangères de la République arabe sahraouie et démocratique (RASD), après une rencontre à Berlin avec le nouvel envoyé spécial de l’ONU Horst Koehler, censé relancer le dialogue entre les frères ennemis.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction