Chef d’entreprise ivoirienne, mariée et mère d’une petite-fille de 7 ans, Aude-Ellen Coffie Kpalou est un modèle pour de nombreuses femmes d'Afrique de l'Ouest qui rêvent de se lancer dans l'entrepreneuriat. Rencontre avec cette experte en Stratégie RH et développement.

"Les femmes leaders possèdent des atouts indéniables pour construire un écosystème professionnel plus fort".

Rencontre avec Aude-Ellen Coffie Epse Kpalou, Fondatrice HCI & Partners

Chef d’entreprise ivoirienne, mariée et mère d’une petite-fille de 7 ans, Aude-Ellen Coffie Kpalou est un modèle pour de nombreuses femmes d'Afrique de l'Ouest qui rêvent de se lancer dans l'entrepreneuriat. Rencontre avec cette experte en Stratégie RH et développement. 

54 ÉTATS : Vous avez créé HCI & Partners dont la vision est de permettre aux entreprises d'impacter positivement leur secteur d’activité et de se démarquer dans un environnement hautement concurrentiel. Tout d’abord, d’où vous vient cette volonté d’entrepreneuriat ?

Aude-Ellen COFFIE EPSE KPALOU : Ma volonté d’entreprendre est née très récemment, il y a à peine 2 ans. J’ai commencé à nourrir cette idée d’entreprendre lorsqu’au cours de mes missions de consulting au sein des cabinets où je travaillais, je me retrouvais souvent confrontée à des entreprises qui ne réalisaient pas pleinement l’importance des enjeux de performance liés à leurs ressources humaines d’une part, et d’autre part au constat général sur le capital humain observé dans les pays africains et en voie de développement comparativement aux pays dit développés.

Devenir entrepreneure, a été motivé par le désir d’accomplir une vision, celle d’aider les personnes à être aux places qui doivent être les leurs dans les organisations et à leur faire prendre conscience de leur potentiel, qui leur permettra d’impacter leur environnement professionnel et bien plus encore, leur environnement social et familial. Parallèlement, atteindre cette vision, ne peut se réaliser que si les organisations, assimilent que le capital humain est l’élément principal permettant de soutenir une croissance économique durable.

À dire vrai, faire le choix de l’entreprenariat n’a pas été une décision facile et semblait loin de mes objectifs à court terme car j’appréciais mon statut de salariée, notamment en raison de la certitude d’avoir un salaire confortable à la fin du mois.

Néanmoins, je suis une personne motivée par les challenges, par l’apprentissage et par la valeur ajoutée que je peux apporter aux uns et aux autres à la fin de la journée. L’entreprenariat est donc le moyen que j’ai trouvé de participer aux changements des mentalités des personnes et des organisations en accompagnant l’employabilité et l’acquisition de compétences en Côte d’ivoire mais aussi en Afrique.

54 ÉTATS : Le leadership au féminin a le vent en poupe, en tant que patronne, qu’est-ce que cela vous inspire ?

Il est réjouissant de voir que de plus en plus de femmes occupent des postes de leaders dans les organisations

Aude-Ellen COFFIE EPSE KPALOU : En tant que femme et patronne, il est réjouissant de voir que de plus en plus de femmes occupent des postes de leaders dans les organisations et sur l’échiquier national. Comme l’ont démontré plusieurs études internationales, les femmes leaders possèdent des atouts indéniables pour la construction d’un écosystème professionnel plus fort. Le leadership féminin peut être caractérisé de plus inclusif et communicatif, plus horizontal et moins hiérarchique basé sur la coopération et les relations humaines (écoute, sollicitude, etc.). Je m’inscris donc dans cette perspective et je souhaite que nous puissions aller encore plus loin dans nos organisations et dans nos pays.

Nous les femmes cadres et patronnes faisons souvent face à des obstacles lorsque nous voulons complètement appliquer notre leadership

En réalité, nous les femmes cadres et patronnes faisons souvent face à des obstacles lorsque nous voulons complètement appliquer notre leadership car le modèle favorisé par les organisations est basé sur des normes et règles qui historiquement sont calquées sur des « modèles masculins ». Cela joue au détriment des femmes et freine l’évolution de leur carrière.

Le modèle favorisé par les organisations est basé sur des normes et règles qui historiquement sont calquées sur des « modèles masculins »

Face aux défis qu’elles rencontrent, les femmes leaders ont aussi développé cette idée d’entraide, qu’est l’Empowerment. À travers cette notion d’action collective, les femmes au-delà de leurs origines, de leurs ethnies ou de leurs conditions sociales se soutiennent les unes et les autres et prennent le pouvoir sur leur vie sans attendre qu’on leur donne ou accorde une place. C’est un réel point positif qui favorise la reconnaissance de leur leadership.

Au-delà de tout cela, il serait intéressant selon moi, de partager nos visions dans une certaine mesure, avec les hommes afin de les sensibiliser, de les instruire aux réalités qui sont les nôtres et de les impliquer dans nos actions, pour une efficacité durable : autonomisation, accès à l’éducation et à tous les emplois sont une partie des défis auxquels nous faisons face et qui semble loin de leurs problématiques.

À terme, ne plus faire de différence entre le style de leadership féminin et masculin serait préférable car la différence crée la marginalité et ce sont nous les femmes, les premières victimes.

L’évolution du leadership féminin devra aboutir à l’intégration totale de notre vision, dans nos pays, dans nos organisations et nos milieux sociaux.

54 ÉTATS : La promotion de l'emploi est l'une des priorités du continent africain pour les années à venir. L'absence d'emplois formels pourrait être la source (ou accentuer) de fortes tensions sociales et politiques dans les années à venir. En tant qu’experte en stratégie et développement RH, quelle vision portez-vous sur cette problématique ?

Aude-Ellen COFFIE EPSE KPALOU : Le secteur informel reste la partie la plus dynamique de l’économie et concerne principalement les micros entreprises et les PME dans les pays en voie de développement. La croissance économique durable d’un pays ne peut se faire sans que les questions d'emploi et de main-d’œuvre soient intégrées dans la gestion économique, particulièrement en ce qui concerne la mise en valeur et l'utilisation des ressources humaines. L’apprentissage et la formation professionnelle restent pour moi la clé de voute du développement et voire de la transformation de ces sociétés informelles. La formation professionnelle permet l’acquisition du savoir, du savoir-faire et du savoir-être dont les personnes ont besoin pour exercer un une activité professionnelle. Elle permet de relever les défis économiques et sociaux et constitue un levier majeur de compétitivité. Pour aller plus loin, il faudrait que les pays africains proposent un cadre d’éducation et de formation plus favorable qui permette de réellement accompagner le développement de ces sociétés.

Sans oublier, que tout ceci doit être accompagné d’une bonne stratégie de communication dirigée vers ces entreprises, afin de leur faire prendre conscience de la nécessité de leurs implications et de leurs rôles importants dans la compétitivité nationale et dans l’économie mondiale, à une èpoque où nous parlons de mondialisation. Il faut noter que des mesures sont prises par les pouvoirs publics. Je veux donc garder l’espoir d’une amélioration dans les 10 ans à venir.

54 ÉTATS : Et le mot de la fin ?

Aude-Ellen COFFIE EPSE KPALOU : Je tiens d’abord à remercier 54 ÉTATS pour l’opportunité qui m’a été accordé de pouvoir m’exprimer et je tiens à encourager ce genre d’initiative envers les jeunes entrepreneurs et notamment les femmes.

Mon rêve est de voir les personnes épanouies dans leur milieu professionnel et les organisations performantes. Je crois profondément en l’être humain. Et cela ne peut se faire que si les organisations en premier prennent pleinement conscience de la place primordiale de l’humain dans leurs stratégies, et mettent l’acquisition des compétences et la formation comme levier de performance.

Que faire sans les hommes et les femmes, seuls capables de faire preuve d’empathie et d’intelligence émotionnelle à l’heure où le leadership est essentiel dans la direction des personnes ? Que faire sans les hommes et les femmes qui sont seuls capables de s’engager dans l’atteinte des objectifs ?

L’organisation, l’entreprise, qui comprend l’importance d’impliquer l’humain au cœur de sa performance est, et sera plus forte face à la concurrence. Il est important que l’humain demeure auteur et acteur du changement dans un monde qui est en perpétuel mouvement.

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction