Avant le mariage, il faut raquer ! Et la fixation du prix de la dot par les parents de la fiancée refroidit beaucoup d’hommes congolais. Conséquence : ces derniers éprouvent d’énormes difficultés à se marier.

Congo - Kinshasa

RDC : la fixation élevée du montant de la dot refroidit les soupirants au mariage !

Avant le mariage, il faut raquer ! Et la fixation du prix de la dot par les parents de la fiancée refroidit beaucoup d’hommes congolais. Conséquence : ces derniers éprouvent d’énormes difficultés à se marier.

Nous sommes bien au temps des obligations pécuniaires pour la facturation de la dot, alors qu’à l’époque celle-ci avait une valeur symbolique. La dot ne représentait que le droit qui revenait aux parents de la fiancée dont le fiancé devrait impérativement s’acquitter pour pouvoir fonder son foyer avec son élue. Malheureusement à ce jour, cette tradition est bâtie en brèche. En effet, au regard de ce qui se passe dans de nombreuses familles en République Démocratique du Congo en général, et dans la ville de Kinshasa en particulier, la fixation du montant de la dot s’apparente à un concours d’enrichissement illicite. La dot ressemble de plus en plus à un fonds du commerce pour les parents de la fille.

Dans la majeure partie des familles kinoises, les parents trouvent également en la dot une opportunité d’améliorer leurs conditions de vie. Pour certains, c’est le moment propice pour récupérer tous les investissements consentis pour l’éducation et l’encadrement de leur fille. Certains parents vont jusqu’à user de la calculette pour comptabiliser toutes les dépenses et consommations sur lesquelles le beau-fils est astreint au remboursement.   

La hauteur du montant de la dot est une autre situation totalement ambigüe. Certaines familles le fixent en tenant minutieusement compte de différents diplômés éventuels dont est détentrice leur fille. Ces genres de familles sont suffisamment radicales, oubliant que les études font partie des obligations de tous parents vis-à-vis des enfants aussi bien biologiques que sous sa tutelle.

Les pleurs des hommes

Par rapport à la fixation de la dot, on assiste quasiment aujourd’hui à un système d’uniformisation du montant. Le facteur axiologique est devenu utopique. Tout se fixe en dollars américains. Aussi, à Kinshasa, les montants de la dot vont de mille à cinq mille dollars américains. Certaines familles nanties atteignent le seuil de six mille dollars et au-delà.

Outre le montant de la dot dite « facture », au nom de la modernité, certaines familles ajoutent des appareils électroménagers avec détermination : télévisions écrans-plasma, congélateurs, groupes électrogènes, téléphones portables de marque Androïd ou IPhone, etc. Or, tous ces accessoires sont très loin d’être des choses coutumières.

Face à cet état de fait, bon nombre de jeunes gens se trouvent dans l’incapacité de réaliser leur rêve de vivre pour toujours avec la future mère de ses futurs enfants. Car, la majorité de ces jeunes hommes sont dans le chômage. Pour essayer d’échapper à certaines frustrations, beaucoup parmi ces jeunes se trouvent dans le secteur informel, se battant comme des gladiateurs dans la quête des moyens financiers pour pouvoir surmonter les exigences des belles familles de plus en plus mercantilisme et dénuée de tout état. Tel en est le cas du jeune homme Blaise Soki. Ce dernier est détenteur d’un diplôme de licence en Sciences politique et administrative. Certes, par manque du travail, le jeune licencié s’est retrouvé dans la commercialisation et vente des crédits de communication. Son revenu journalier est estimé à 5 dollars. Nonobstant cela, ça fait près de quatre ans qu’il se trouve dans l’incapacité de mobiliser la somme de trois mille dollars pour payer le montant de la dot fixé par la famille de sa fiancée.

« C’est depuis 2016 que la famille de ma fiancée m’a remis la facture de la dot pour prendre leur fille en mariage. Ils m’ont obligé d’apporter une enveloppé de trois mille dollars et d’autres accessoires dont l’évaluation s’élève à deux mille dollars, alors mon revenu ne permet pas de totaliser ces montants », a confié Blaise Soki. 

En outre,  tous les jeunes ne sont pas chômeurs. Bien que minoritaire, une catégorie de jeunes gens fait l’exception ; certains sont employés et bénéficie d’un revenu suffisant pour affronter toutes les exigences des familles pécuniairement intéressées, au besoin après une épargne de moyenne durée. Pour d’autres, une épargne de longue durée, de deux à trois ans leur permet de venir à bout des exigences des belles familles boulimiques.

En conséquent, toutes ces difficultés rencontrées par les garçons sont à la base de certains phénomènes tels que les naissances  hors-mariage, les avortements, la dureté de la période de fiançailles allant jusqu’au-delà de 5 ans, etc.

Dura lex sed, sed lex

En République Démocratique du Congo, le législateur a posé le payement de la dot comme condition sine qua none. Il s’agit de la loi n°87-10 du 1er août 1987 portant Code de la famille et de la loi n°16/008 du 15 juillet 2016 modifiant et complétant la loi n°87-010 du 1er août 1987 portant Code de la famille. Tout prétendant au mariage est astreint à intérioriser ces aspects légaux et à se préparer en conséquence.

Mais à la longue, la solution globale consisterait à l’encadrement des population par les pouvoirs publics en vue d’une moralisation publique sur base du fait que la dot ne devait pas s’écarter de son caractère sacré de symbole d’une alliance entre deux personnes appelées à s’aimer et à devenir une seule chaire pour le reste de la vie. D’autre part, la création des emplois permanents est l’une des conditions indispensables pour apaiser les esprits, de part et d’autre en vue de sauvegarder l’honneur et de préserver la joie sincère qui doivent entourer le mariage ainsi que tous ses cérémonials.

Dans ces conditions, une nouvelle mentalité peut émerger pour la modération quant à la fixation du montant de la dot et le retour à la symbolique de cette exigence coutumière. Ceci consacrera la revalorisation de nos cultures traditionnelles appelées se conformer également aux exigences religieuses qui prônent la symbolique de la dot ainsi que l’honneur et la joie qui doivent entourer l’alliance entre deux amoureux. Car le mariage est une institution divine.

Beni Kinkela
Journaliste et correspondant en RDC