Dans une interview accordée à 54 Etats, un autre ancien candidat à l’élection présidentielle de 2018 vient d'apporter son soutien à la proposition de Martin Fayulu, celle de la tenue d’un dialogue politique. Rencontre avec Alain Daniel Shekomba.

"La RDC fait face, à l'insécurité chronique dans sa partie Est et à la corruption presque institutionnalisée"

RDC : l'ancien candidat à la présidentielle Alain Daniel Shekomba soutient le dialogue politique

Dans une interview accordée à 54 Etats, un autre ancien candidat à l’élection présidentielle de 2018 vient d'apporter son soutien à la proposition de Martin Fayulu, celle de la tenue d’un dialogue politique. Rencontre avec Alain Daniel Shekomba.

54 ETATS : Après le résultat de l'élection présidentielle de 2018 à laquelle vous aviez participé, proclamant Félix Tshisekedi président, est ce que le processus s'est déroulé de manière transparente ?

Alain Daniel Shekomba : Sur le plan stratégie politique, ma réponse est oui, car l'ancien président a réussi à conserver l'ordre ancien en avalant le maillot faible de l'opposition l'UDPS qui avait le support moral et social sans un support financier important. Et, pour survivre ils ont échangé le support moral et social contre un pouvoir protocolaire qui ne leur permet pas d'initier les réformes nécessaires dont le peuple et le pays ont besoin pour avancer sur le plan de la lutte contre la corruption, la bonne gouvernance et l'amélioration des conditions des vies des congolais ordinaires.


Les élections ont conservé l'ordre ancien avec des nouveaux venus avides d'accéder rapidement aux richesses de l'État pour se servir. Je crois que les élections de 2018 en RDC sont une catastrophe sur le plan social et économique. L'état actuel des finances publiques et la détérioration de la situation sécuritaire et sociale peuvent bien illustrer mes propos.

54 ETATS : Vous dites catastrophe sur le plan social et économique ?

Alain Daniel Shekomba : La gestion a ses outils d'évaluation que certains appellent Indicateurs clefs des performances (KPI en anglais) ou tableau de bord, c'est pour éviter la subjectivité que la science a mis en place les unités des mesures, à ce jour le gouvernement ne nous a présenté aucun tableau quantitatif de ses réalisations dans aucun secteur.

54 ETATS : Dans le secteur de l'éducation, la population constate certains chamgements. Notamment avec la question de la gratuité de l'enseignement primaire. Alors qu'en dites-vous ?

Alain Daniel Shekomba : Revenons à la gratuité de l'enseignement primaire qui est consacrée par la Constitution. "Gouverner, c'est prévoir" dit on mais malheureusement toutes les mesures d'encadrement de l'application de cette mise en place n'ont pas été correctement planifiées. Aujourd'hui, les effets induits de la mise en application de cette mesure vont de la surpopulation des salles des classes aux grèves des enseignants. Ce qui aura comme conséquence la qualité même de l'enseignement dispensé à nos enfants. Là aussi, c'est une catastrophe.

Les leaders doivent savoir faire la différence entre la popularité immédiate et l'efficacité. Le succès de l'efficacité apporte la popularité à long terme.

54 ETATS : Sur le plan économique, pensez vous que la stratégie actuelle du Président Félix Tshisekedi d'appeler des investisseurs étrangers à mettre leurs capitaux en RDC, pourrait être bénéfique pour le peuple ?

Alain Daniel Shekomba : Le développement d'un pays est soutenu en premier par sa propre population et en second par les partenaires.

54 ETATS : Faut-il axer les priorités sur les nationaux ?

Alain Daniel Shekomba : L'accent doit être porté sur les bonnes lois qui soutiennent les investissements qu'ils soient des nationaux ou des étrangers. Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. 

La RDC fait face, à l'insécurité chronique dans sa partie Est et à la corruption presque institutionnalisée

C'est un tableau qui ne peut encourager aucun investisseur, qu'il soit local ou étranger


54 ETATS : Soutenez-vous la proposition de Martin Fayulu, celle de la tenue d'un dialogue politique pour l'organisation des
élections anticipées dans 18 mois ?

Alain Daniel Shekomba : Toute solution qui va dans le sens de remettre le pouvoir de choisir librement ses dirigeants est la bienvenue. Car, le fait d'avoir voulu garder l'ordre ancien dans un processus électoral biaisé du début à la fin a plus plongé le pays dans l'incertitude.

54 ETATS :  Y prendriez-vous part ?

Alain Daniel Shekomba : Absolument, car ça sera la confirmation de la raison pour laquelle je m'étais retiré du processus. Ça ne sera que justice faite à la cause de la majorité des congolais victimes d'un processus électoral aux allures d'un hold-up.

54 ETATS : Et le mot de la fin ?

Alain Daniel Shekomba : Tous les leaders congolais doivent mettre en premier les intérêts de leurs populations et de leur pays avant leurs intérêts personnels.
 

Beni Kinkela
Journaliste et correspondant en RDC