Rendez-vous annuel des amateurs et professionnels du cinéma dans les Caraïbes, le Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe (FEMI) commence a commencé vendredi 11 mai 2018. Pour sa 24e édition, l’événement braque ses projecteurs sur le cinéma afro-américain et accueille l’acteur américain Gary Dourdan en qualité d’invité d’honneur. C'est à cette occasion que nous avons rencontré la productrice Coumba Koné, guadeloupéenne d'adoption.

"Pour la cause noire, clairement, beaucoup de progrès restent à faire !"

Interview : Coumba Fofana-Koné, productrice, réalisatrice et animatrice

Rendez-vous annuel des amateurs et professionnels du cinéma dans les Caraïbes, le Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe (FEMI) a commencé vendredi 11 mai 2018. Pour sa 24e édition, l’événement braque ses projecteurs sur le cinéma afro-américain et accueille l’acteur américain Gary Dourdan en qualité d’invité d’honneur. C'est à cette occasion que nous avons rencontré la productrice, réalisatrice et animatrice Coumba Fofana-Koné. Zoom sur cette française d'origine malienne qui porte haut et fort les couleurs de son île d'adoption : la Guadeloupe.

54 ÉTATS : Coumba, vous êtes une française d’origine malienne ayant grandit en Guadeloupe. Qu’est-ce qui a conduit votre famille à migrer vers les îles françaises ?

Coumba Kone : Une histoire d'amour classique. Durant sa jeunesse, ma mère a rencontré un guadeloupéen qui lui a proposé d'aller s'installer chez lui, sous le soleil de Guadeloupe. J'avais huit ans. Ensemble, ils ont eut un enfant, mon frère.

54 ÉTATS : D’après votre ressenti, comment sont perçus les africains par les guadeloupéens ; y a t-il une fraternité évidente ou le souhait de marquer la différence ? En 20 ans, la perception a t-elle changé ?

Coumba Kone : C'est plutôt correct. Beaucoup d'antillais ont rencontré des antillaises durant leurs études universitaires et souvent, ont choisi de les suivre aux Antilles. Il y a beaucoup de medecins, de professeurs africains en Guadeloupe. Il y a 20 ans, cette mixité n'était pas visible. Les perceptions étaient différentes. Petite, mes camarades d'écoles étaient assez étonnés d'avoir une antillaise dans leur classe. Aujourd'hui, c'est monnaie courante.

54 ÉTATS : Vous êtes devenue journaliste de part vos diverses expériences au sein de grands médias (RFI, RFO Guadeloupe), et après des années d’office, vous avez créé avec votre associé Pat Lester, la société Carolyn’s prod où vous mettez en exergue les artistes des Outre-mer. 

Coumba Kone : Journaliste, je le suis devenue sur le tas. J'ai fait quelques chroniques sur l'émission Couleur Tropicale avec Claudy Siar puis je suis devenue correspondante pour l'Afrique sur RFI, une radio énormément écoutée sur le continent. D'ailleurs, je peux vous dire que les africains ont une belle image des Antillles. Pour eux, c'est le soleil, le zouk, la bonne humeur. De là, nous avons crée la société de production Carolyn's prod.

54 ÉTATS : Le 24ème Festival Régional et International du Cinéma de Guadeloupe (FEMI) a débuté le 11 mai dernier. C’est la plus grande représentation francophone de cinéma de la Caraïbe. Y êtes-vous invité pour promouvoir les oeuvres cinématographiques et les cinéastes des Antilles-Guyane et plus largement de la Caraïbe ?

FEMI

Coumba Kone : Le FEMI m'a invité en ma qualité de productrice. Je réalise un documentaire de 26 minutes dont le thème est afro-américain. Je suis là aussi pour promouvoir des oeuvres cinématographiques. Au sein de cette 24ème édition du FEMI, je vais échanger avec les plus grands comme le cinéaste Jean-Claude Barny (parain du FEMI 2018) ; Mike Horn, réalisateur et producteur du documentaire Mai 67, ne tirez pas sur les enfants de la République, l'acteur et chanteur Gary Dourdan, ou encore Stéphanie James.

Là, on est vraiment dans cette histoire de la Caraïbe. Les réalisateurs y montrent leurs talents et savoir-faire aux spectateurs et professionnels des Antilles et de l’étranger.

Jean-Claude Barny et Gary Dourdan, à la conférence de presse du FEMI 2018, le 7 mai à Paris.

 

54 ÉTATS : Cette 24ème édition aura pour thème : le cinéma afro-américain. Pensez-vous que cela témoigne d’un progrès dans la représentation des Noirs, devant et derrière la caméra ?

Coumba Kone : Cette année, une cinquantaine de films (courts-métrages, longs-métrages, documentaires, etc) seront projetés dans tout le département. Le festival a reçu 1500 films, 33 ont été sélectionnés pour la compétition (5 longs métrages, 11 documentaires, 5 courts docs, 12 courts métrages), réalisés par des cinéastes venus des Antilles, la Réunion, la Guyane, l’Europe, l’Afrique ou encore l’Inde. À l’instar des années précédentes, un thème a été retenu pour cette édition : le cinéma afro-américain. Pour la cause noire, clairement, beaucoup de progrès restent à faire ! Le recueil de témoignage de l'actrice Aissa Maiga intitulé "Noir n'est pas mon métier" le prouve. Avec nos combats respectifs, nous arriveront à être sur le devant de la scène. En militant ainsi, nos enfants et petits-enfants, je l'espère, récolteront les fruits de notre combat. 

Pour la cause noire, clairement, beaucoup de progrès restent à faire !

54 ÉTATS : Avez-vous vu le clip choc de Childis Gambino "This is America" sur la condition des Noirs en Amérique, le racisme américain. Qu’en pensez-vous ?

Coumba Kone : C'est très choquant. Il y a beaucoup de choses dans ce clip. Les armes, la condition des noirs et la surconsommation. Il est vrai qu'avec les deux en un, ça choque mais c'est en choquant que l'on arrive à faire prendre conscience des choses réelles de la vie. C'est un beau clip qui donne vraiment à réfléchir. Ça donne matière à débattre.

54 ÉTATS : Dans la même lignée, trois ans après le début d’un grand mouvement de révolte Black Lives Matter ("Les vies des Noirs comptent"), Hollywood s’enflammait à son tour à coup de "Oscars so White", une protestation visant à marquer l'absence des Noirs au premier plan. D’après-vous, le FEMI aura t-il son Black Panther pour rééquilibrer tout cela ?

Coumba Kone : J'étais aux Oscars à cette période lorsque la femme de Will Smith a déclaré cette guerre parceque son mari n'avait pas été nommé dans cette catégorie-là. Ça a déclenché cette polémique. J'ai eut l'occasion d'en parler avec Cheryl Boone Isaacs qui était la driectrice des Oscars à cette époque. Elle expliquait que le problème est que l'on ne peut pas satisfaire tout le monde. Pour elle, ce n'est pas une question de couleur mais une question de comédien. Elle dit que si Will Smith n'a pas été pris pour ce rôle là, c'est qu'ils ont ugé qu'il n'était pas bon pour ce rôle là. Toujours est-il que l'année d'après, des noirs ont été nominé ! Maintenant, est-ce que le FEMI aura son Black Panther pour rééquilibre tout cela et bien j'en suis convaincue. Le FEMI est en conquête, c''est d'ailleurs un peu l'esprit de la nouvelle émission que j'enregistre actuellement en Guadeloupe qui a pour thème : le cinéma en conquête.

54 ÉTATS : Et le mot de la fin ?

Patricia Lavidange, co-fondatrice du FEMI, à la conférence de presse du FEMI 2018, le 7 mai à Paris.

Coumba Kone : Patricia Lavidange et Felly Sedecias qui ont crée le FEMI il y a 24 ans ont été précurseures dans la Caraïbe. 

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction