Depuis l’indépendance du Niger, aucun président élu n’a passé la main à un président élu à sa suite. Désigné par le président Issoufou comme candidat du Parti nigérien pour la Démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) à la présidentielle de 2021, Mohamed Bazoum, actuel Ministre de l’intérieur, de la sécurité publique, de la décentralisation et des affaires coutumières et religieuses est à Paris. Ren

"L’opposition considère que je suis en campagne. C’est un procès que je n’entends pas, que je n’accepte pas !"

Niger : entretien avec Mohamed Bazoum

Depuis l’indépendance du Niger, aucun président élu n’a passé la main à un président élu à sa suite. Désigné par le président Issoufou comme candidat du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS-Tarayya) à la présidentielle de 2021, Mohamed Bazoum, actuel Ministre de l’intérieur, de la sécurité publique, de la décentralisation et des affaires coutumières et religieuses est à Paris. Rencontre.

54 ETATS : Nous avons appris que le Niger souhaite changer son hymne national. Un commentaire ?

Mohamed Bazoum : Oui, en effet, l’hymne national du Niger a été écrit par un auteur français au lendemain de l’indépendance de notre pays et on sent que l'hymne comporte des éléments de nature à nous ramener un peu dans le contexte de ces années-là. Les phrases sont un peu désuètes et il va falloir les changer.

54 ETATS : Allez-vous faire parti de ce comité d’experts et des ministres qui rédigent cette nouvelle mouture ? 

Mohamed Bazoum : Non, je n’en fais pas parti. C’est piloté par le Ministre de la Renaissance Culturelle et par des artistes. 

54 ETATS : Le Niger teste au quotidien sa résilience tant sur le plan sécuritaire, économique, que migratoire et il paye cher son voisinage avec le Mali, le Nigeria et la Libye. 3 pays exportateurs d’insécurité djihadiste. Depuis 2015, plus de 1 500 éléments de Boko Haram ont été neutralisés. Suite à sa visite à Diffa, à l’Est du Niger, vous avez dit  que le président de la République a donné des instructions qui, de votre point de vue, vont changer fondamentalement la situation. Pourriez-vous nous en dire davantage ?

Mohamed Bazoum : 1500 tués dans les rangs de Boko Haram, ce n’est pas que du fait de l’armée nigérienne, mais du fait de la Force mixte multinationale (FMM), c’est à dire qui comprendrait en l’occurrence même le Tchad qui était un à moment donné sur notre territoire ainsi que sur le territoire du Nigéria.

Nous avons l’impression que Boko Haram s’est beaucoup affaibli au cours de l’année 2019. Après la décrue de la Komadougou, Boko Haram a engagé des dispositions contre nos positions. A trois reprises, nous leur avons infligés des pertes importantes. Ça c’est totalement nouveau ! 

Au cours de l’année 2018 ou des années précédentes, les combats ne finissaient pas en notre faveur de façon aussi nette qu’en 2019. C’est la preuve que nos forces se sont aguerries et ont acquis des réflexes beaucoup plus positifs. Après cela, nous sentons que la césure qu’il y a eu au sein de Boko Haram, divisé désormais en deux factions, celle d’Aboubakar Shekau et celle d’Abou Mosab al-Barnaoui, chef de l’Etat Islamique en Afrique de l’Ouest, a fait beaucoup de tort à l'organisation de notre force armée. Sur notre territoire, elle est en train de dégénérer en une formation qui se criminalise de façon vulgaire. Ils se contentent de demander des rançons aux personnes qu’ils enlèvent. Quand ils tuent des personnes, ils les tuent pour des raisons absurdes qui n’ont rien d’idéologiques mais qui procèdent de règlement de compte tout à fait sordides et criminelles. Tout cela nous amène à croire que les engagements qui ont été souhaités par le président de la république et pour lesquels il a donné des instructions précises seront de nature à renforcer ce rapport de force favorable et à réduire la nuisance de Boko Haram.

54 ETATS : Quelles sont les instructions données par le président Issoufou ?

Mohamed Bazoum : Elles ont à voir avec la façon dont il faut continuer à s’organiser. Ce ne sont pas des choses ni que je maîtrise, ni que je pourrais exposer ici.

54 ETATS : C'est 15% du budget de l’Etat qui est alloué à la sécurité. Qu'en est-il du reste du budget ? 

Mohamed Bazoum : Dans le programme de la Renaissance du président de la république, élaboré au cours de l’année 2011, dont nous avons repris à grands traits les tendances principales lors de la campagne de l’élection de l’année 2016, nous avons systématiquement prévu 10% de nos ressources budgétaires pour la sécurité mais il est arrivé qu’au cours de l’année, nous ayons eut à mettre jusqu’à 19% presque 20%.

54 ETATS : Le Niger a t-il les moyens de ses dépenses militaires ? 

Mohamed Bazoum : Si on n’assure pas la sécurité, on n'aura pas d’école, on n'aura pas d’hôpitaux, on n'aura pas de routes, on n'aura pas de pays, on n'aura pas d’Etat. 

54 ETATS : Avec 68,9 % de la population âgée de moins de 25 ans au Niger, quelle part du budget est consacrée à l’Education et à la formation ?

Mohamed Bazoum : Nous consacrons plus de 20% à l’école. Notre budget, c’était d’aller jusqu’à 25%. Nous ne sommes pas loin des 25%. Nous avons sacrifié d’autres secteurs mais je peux vous dire que ce n’est pas le secteur de l’éducation. Nous ne sommes pas très performants dans la réalisation d’autres objectifs que nous avons du sacrifier mais pas l’école.

La première chose que font les terroristes, c’est de brûler des écoles (...) pour que nous puissions mettre du budget dans les écoles, il nous faut assurer la sécurité !

Vous voyez, la première chose que font les terroristes, c’est de brûler et sacrifier des écoles. Pour que nous puissions mettre du budget dans les écoles, il nous faut assurer la sécurité !Quand on est dans une situation comme celle qui est propre au contexte qui est le nôtre aujourd’hui, la première demande des populations, croyez-moi, c’est d’assurer la sécurité. Et lorsque vous n’êtes pas en mesure de leur assurer la sécurité, vous vous exposez au risque d’une délégitimation de nature à rendre impossible l’exercice du pouvoir. Cela expose l’Etat à un vrai danger.

La sécurité est à la base de tout et on ne sacrifiera jamais trop d’argent lorsqu’on le mettra dans la sécurité

Le plus important étant tout simplement de savoir que ces ressources qui sont ainsi utilisées le soient de façon efficientes et qu’on ait un résultat conséquent, ce qui est certainement aujourd’hui le cas du Niger. 

54 ETATS : Au niveau de la communauté internationale, le président Issoufou a déclaré : « on ne fait pas suffisamment pour marquer la solidarité avec les pays du Sahel et avec les pays du bassin du Lac Tchad ». Que faudrait-il faire de plus ?

Issoufou

Mohamed Bazoum : le président part d’une observation simple et dit souvent que lorsqu’il y a eu le phénomène de l’Etat islamique en Irak, il y a eu une grande mobilisation de la communauté internationale, des moyens très importants ont été engagés dans le cadre de la résolution du conseil de sécurité et puis ce sont des mandats conséquents à la hauteur de la menace dans cette région qui ont été autorisés. A chaque fois que l’ONU et les pays se sont engagés, ils ont organisé et coordonné ensemble, à travers des moyens de guerre extrêmement important qui ont du requérir des ressources conséquentes. Le président Issoufou constate que sur la même forme de menace, à une intensité pour les occidentaux, peut-être moindre, on ne fait pas grande chose et son vœu serait que l’on fasse des choses de manière proportionnelle. Si on ne doit pas mettre tous les moyens financiers et militaires qui ont été engagé en Irak et en Syrie, on doit pouvoir faire quelque chose de proportionnel à la menace qui est de même nature dans la région du Sahel. Et le terrorisme représente la même menace, les mêmes dangers pour tous. C'est un fléau international.

« Pour l'instant le mandat de la Minusma se limite au maintien de la paix. Or, au nord-Mali, il ne s'agit pas de maintenir la paix, il s'agit de faire la guerre contre le terrorisme ! » L’appel du Président Issoufou est-il entendu ? 

L'ONU n’envisage pas le principe d’une force sous le chapitre 7 de la Chartre des Nations Unies lorsqu’il s’agit de lutter contre le terrorisme dans la région du Sahel

Mohamed Bazoum : Non, il ne l’est pas. Il y a une doctrine très puissante chez certains Etats qui sont réfractaires à une telle idée. Les Etats-Unis d’Amérique, d’abord, pour ne pas les nommer et d’autres aussi probablement mais, ce que nous observons, c’est que l’ONU n’envisage pas le principe d’une force sous le chapitre 7 de la Chartre des Nations Unies lorsqu’il s’agit de lutter contre le terrorisme dans la région du Sahel.

Mohamed Bazoum

Si l’on ne doit pas envisager cela, il faut une autre forme de mobilisation à l’échelle des pays individuellement ou coordonnée. Nous avons besoin d’équipements et la communauté internationale dont la vocation, à travers le système des Nations Unies est de garantir la paix et lutter contre tous les facteurs de nature à remettre en cause la paix doit agir. L’ONU et tous les autres mécanismes internationaux en vue de la paix doivent se mobiliser de façon conséquente afin que la réponse à la menace djihadiste dans le sahel soit proportionnelle et appropriée.

54 ETATS : Sur le volet migratoire, le Niger est un partenaire précieux des Européens dans la lutte contre les migrations clandestines, sur la route de l’Algérie et de la Libye avant la traversée de la Méditerranée. Le Niger est-il toujours récompensé pour filtrer ce passage ?

Mohamed Bazoum : En vérité, ce genre de question aurait eu un sens, il y a 2, 3 années.

La question de la migration aujourd’hui, n’est pas une question tout à fait d’actualité et elle n’est pas au centre des rapports avec nos partenaires. Nous ne sommes plus en 2015, ni 2016, ni en 2017. 

54 ETATS : Sécurité, démocratie, développement. Les 3 piliers chers au président Issoufou qui prépare la transition démocratique en 2021 (étant donné qu’il ne briguera pas de 3ème mandat en respect de la Constitution) mais certains vous reprochent de débuter votre campagne politique trop tôt. Que souhaitez-vous leur répondre ? 

Bazoum

Mohamed Bazoum : Je leur réponds que la campagne électorale au Niger est fixée par notre constitution et dure 3 semaines. C’est ce que dit notre constitution. Nous avons des partis politiques, nous avons vocation à les animer, que nous soyons candidats ou que nous ne le soyons pas. Le PNDS-Tarayya est un parti qui a une tradition de contact connu par tout le monde avec ses militants. Le président Issoufou est le Nigérien qui a visité le plus de villages depuis les soixante années de notre indépendance. C’est l’homme politique qui a fait le plus la campagne du Niger en sa qualité de président du PNDS-Tarayya.

 L’opposition considère que je suis en campagne. C’est un procès que je n’entends pas, que je n’accepte pas

Moi, je suis président de ce parti (PNDS-Tarayya) et il m’arrive lorsque j’en ai le temps, de rendre visite à mes militants. L’opposition considère que je suis en campagne. C’est un procès que je n’entends pas, que je n’accepte pas, qui ne me dis absolument rien et quiconque me fait ce procès perd son temps. Ils ne parlent qu'à eux-mêmes.

54 ETATS : Quel est le climat politique actuel au Niger ? 

Mohamed Bazoum : Il est bon parce que nous avons un excellent code électoral. Nous avons une composition de notre commission électorale nationale indépendante qui est différente de toutes celles des Ceni des pays qui en disposent. C'est une Ceni démocratique, qui fait plus de place à l'opposition et aux conditions de l'équilibre entre les blocs des partis politiques.

En 2016, suite aux recommandations qui avait été faites par le Conseil national de dialogue politique à la veille des élections, la Ceni sortant a organisé deux forums, à l'occasion desquels, il y a eu des échanges entre tous les acteurs intéressés aux questions électorales et un code électoral a été mis au point et adopté par l'Assemblée nationale.

S'agissant de la Ceni, ce code électoral constate qu'elle sera composée d'un président et d'un vice-président désignés dans le cadre d'une réunion de Conseil national de dialogue politique, qui regroupe tous les partis politiques ; d'un représentant des associations de défense de la démocratie désigné en leur sein et enfin, d'une représentante du collectif des associations féminines, désignée elle aussi en leur sein. 3 représentants des partis de la majorité et 3 représentants des partis de l'opposition, ainsi que 3 fonctionnaires représentants respectivement les ministères de l'Intérieur, des Finances et du Plan. 

Nous avons fait les consultations pour représenter le président et le vice-président de la Ceni, au CNDP. Celui qui a été désigné et qui avait le meilleur dossier, c'est Maître Issaka Sounna

Maître Issaka Sounna

 

Maître Issaka Sounna est un avocat reconnu au Niger, qui avait présidé la Commission électorale nationale indépendante, qui avait organisé les élections en 1999, que le PNDS et le président Issoufou avait perdu. A l'époque, les élections avaient été remportées par le MNSD Nassara et son candidat, Tandja Mamadou.

Tandja Mamadou

Depuis lors, Maître Issaka Sounna a plongé au coeur du système des Nations-Unies, dans le département des élections. Il a une grande expérience dans bien des pays africains. C'est un homme intègre, compétent, et il préside à notre Ceni. 

Un parti politique a dit que les 3 représentants de l'administration sont tous d'obédience PNDS-Tarayya et que cela crée un déséquilibre en sa faveur. Quand nous avons écouté ces critiques, nous avons dit qu'elles ne sont pas infondées. Nous avons convoqué une réunion des partis politiques pour apporter les amendements nécessaires au code électorale. Ainsi, à l'issue de ces discussions, il a été décidé que les 3 représentants de ces administrations n'auraient plus de voix délibératives au sein de la Ceni.

Ils en sont membres mais sans voix délibératives. Ils auront seulement une voix consultatives. Ils ne votent pas et ne prendront pas part aux décisions. Il a été décidé que nous aurions finalement 5 blocs de la majorité, 5 de l'opposition au lieu des 3. Et même 5 des partis non-affiliés. Pour nous, nous considérons que dès lors qu'ils ne se reconnaissent pas dans notre régime, et ne le soutiennent pas, ils sont d'office des opposants. Là encore, nous avons accepté qu'ils soient représentés. Et il y a un déséquilibre en notre faveur mais nous l'acceptons si c'est la condition pour considérer que le climat politique est serein.

A la Ceni, on fonctionne au consensus. Nous sommes allés plus loin, en prenant en compte cette remarque que pendant les elections, chacun défend sa cause qui ne peut être assumé par le représentant d'un autre parti. Chaque candidat dont la Cour constitutionnelle validera la candidature à l'élection présidentielle, nommera un représentant à la Ceni avec voix délibérative et statut plein, jusqu'à la fin des élections et au rapport que la Ceni va faire des élections en question. 

Nous avons une composition de la Ceni et un fonctionnement comme on n'a nulle part ailleurs en Afrique. Nous avons la Ceni la plus démocratique. Même si l'opposition ne participe pas à la Ceni et en boycotte les travaux, elle le fait pour des raisons qu'elle peut difficilement défendre sans une certaine dose de mauvaise foi. 

Nous avons la Ceni la plus démocratique. Même si l'opposition ne participe pas à la Ceni et en boycotte les travaux, elle le fait pour des raisons qu'elle peut difficilement défendre sans une certaine dose de mauvaise foi

Au demeurant, nous venons de commencer le recensement biométrique. C'est la première fois, au Niger, que nous allons aux élections où les électeurs seront recensés de façon biométrique. Cela garantira qu'il n'y aura pas d'électeurs fictifs et de personnes enregistrées sans qu'elles soient présentes physiquement. D'ailleurs l'opposition ne boycotte pas le recensement électoral car ils savent qu'il se passe dans de bonnes conditions. 

Biométrique

54 ETATS : Si vous êtes élu Président de la République du Niger, qu’est-ce qui changera ou se poursuivra avec vous ?

Mohamed Bazoum : Je poursuivrai tout ce qui a été entrepris par le président Issoufou dont les bilans sont très positifs. Le président Issoufou a mis l'accent sur la sécurité malgré un environnement très défavorable. Le président Issoufou a mis l'accent sur le renforcement des institutions démocratiques. Il a mis en oeuvre un programme de construction, d'infrastructure, de développement dans tous les domaines : Energie, Education, Communication, Télécommunication. Le président Issoufou a promu l'initiative 3N, les Nigériens nourrissent les Nigériens dans le domaine de l'agriculture avec des résultats conséquents.

hôpital de Niamey

Nous avons construit de grandes infrastructures sanitaires

Deux grands hôpitaux de 500 lits chacun avec des moyens, des plateaux techniques de dernière génération. L'un à Niamey, l'autre à Maradi. Nous avons recruté tant que nous le pouvions du personnel dans les secteurs de la santé et de l'éducation.

 Niamey

Nous avons fait des efforts dans le secteur de l'hydraulique : villageoise, pastorale ou urbaine. Bref, dans tous les domaines, nous avons des résultats conséquents.

Ces efforts, nous allons les poursuivre mais nous avons beaucoup de défis devant nous que nous allons essayer de relever avec plus d'engagements et de moyens.

54 ETATS : Quelles seront vos priorités ? 

Mohamed Bazoum : Le défi de notre système scolaire qui reste peu performant. Idem pour l'électrification des zones rurales. Dans mon discours d'investiture, lorsque j'ai été désigné comme candidat de notre parti, j'ai dit que ce sera l'une de mes priorités. 

Nous avons la chance de bénéficier des ressources qui nous viendront du pétrole brut que nous aurons à exporter. Nous aurons des capacités budgétaires beaucoup plus conséquentes que par le passé. Ce sera ces ressources additionnelles et toutes les facilités qu'elles vont nous offrir seront investies pour améliorer les conditions de vie des populations.

54 ETATS : Vous sentez-vous prêt à devenir président de la République ?

Mohamed Bazoum : Oui, tout a fait. Cela fait déjà longtemps que je suis dans les arcanes de l'Etat et que j'ai une expérience étatique à un niveau élevé. Que ce soit sur les questions de sécurité, les thématiques internationales où j'ai eu une expérience ministérielle sur les deux mandats du président Issoufou, ou encore sur les autres questions en rapport avec l'infrastructure, l'élevage, l'agriculture, la santé, l'hydraulique, etc. ; j'ai des connaissances qui me permettent d'aborder l'avenir avec raisonnablement des chances de ne pas commettre des erreurs qui seraient dues à une inexpérience. J'ai une grande expérience de l'Etat acquise pendant les 30 années où j'ai été soit ministre, soit député. 

Interview à voir également sur notre chaîne youTube partenaire : Bienvenue chez Priss

https://youtu.be/bPLHAwp27Xs

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction