Lorsque Sfax pâtit de la révolution tunisienne

Reportage

La seconde ville de la Tunisie a été  secouée à son tour  par les tracas quotidiens depuis le 14 janvier 2011. Les commerçant parlent de "baisse de chiffre d’affaires" et d’ "un manque de liquidités".

Le soleil brille sur Sfax, ville située à quelque 270 kilomètres au sud de Tunis, en ces derniers jours de décembre 2017. Le ciel est également bleu malgré une température hivernale : le thermomètre peut tomber jusqu’à 6 ou 7 degrés la nuit. Mais la grisaille est bien ailleurs. Elle est dans la tête de nombreux habitants qui, comme partout en Tunisie, jugent mal leur quotidien.

"Depuis l’avènement de la Révolution, chaque année qui arrive est pire que celle qui la précède", soutient Nouri, la trentaine, bonnet noir, gros blouson de la même couleur et regard triste.

"Avant le 14 janvier 2011, et malgré la dictature, nous vivions mieux", assure-t-il. "Il m’arrivait de gagner jusqu’à 100 dinars (environ 34 euros) par jour". Et il ajoute :"Aujourd’hui, je ne fais pas plus que 50 dinars (environ 17 euros)".

Le port, le centre nerveux de Sfax

"Certes, je ne peux expliquer cela que par la seule Révolution", s’empresse-t-il de préciser."Il y a en effet  aujourd’hui beaucoup plus de voitures qu’auparavant », clarifie-t-il.

Fini le temps où la seconde ville de la Tunisie (273 000 habitants en 2014) comptait des milliers de bicyclettes et de motocyclettes. On affirmait, il y a une dizaine d’années, qu’elle "occupait  le deuxième rang mondial en matière d'utilisation des bicyclettes par tête d'habitant, devancée par la ville d'Amsterdam, en Hollande".

Beaucoup de Sfaxiens ont troqué les deux roues contre des voitures. Et il faut visiter la ville à certaines heures de pointe pour se rendre compte de la grande circulation qui caractérise de nombreuses artères de la Capitale du Sud.

C’est ainsi que l’on décrit cette ville connue par le savoir-faire de sa population et pour leur sérieux. Il y a à Sfax  environ 4000 entreprises. Sfax a donné beaucoup d’entrepreneurs au pays et compte de nombreuses fortunes.

Dont certaines ont fini par quitter la ville. On parle de quelque 200 000 Sfaxiens à Tunis, la capitale du pays. Les Sfaxiens seraient majoritaires dans certains quartiers de Tunis, comme Ennasr, un quartier cossu.

"Devenir riche, ce fut un temps"

L’huile d’olive (il y a six millions de pieds d’oliviers dans la région), la pêche (on y produit 25 000 tonnes de poissons par an), le sel marin, les céréales et les phosphates sont parmi les produits  qu’exporte le port de Sfax, premier port tunisien, en dehors des hydrocarbures, en termes de trafic et au regard des flux d’exportation.

"Devenir riche, ce fut un temps", commente, toutefois, Nouri, notre chauffeur de taxi. Qui insiste pour dire que les jeunes sont les dindons de la farce de la Révolution. "Heureusement, souligne-t-il, que j’ai déjà construit une villa". "Car au prix où est l’immobilier, il faut se lever bien tôt", sourit-il.

Un discours que l’on développe, ici et là, où les commerçant parlent de "baisse de chiffre d’affaires" et d’ "un manque de liquidités".  Sans oublier l’"insécurité" qui a touché la ville "comme d’autres cités en Tunisie".

Autre motif d’inquiétude : la "raréfaction des Libyens qui ne viennent plus en masse et n’ont plus beaucoup d’argent", grimace un agent de la réception d’un hôtel situé à proximité de la Maison de France, l’antenne sfaxienne de l’Institut français de Tunisie, sur l’Avenue Habib Bourguiba. "Ils ont toujours créé une réelle bouffée d’air frais pour l’économie".

 

    

 

 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie