Le président Erdogan a fait, au cours de sa visite en Tunisie (26 et 27 décembre 2017), le signe de "Rabiaa"  au Palais de Carthage et en présence du président Béji Caïd Essebsi.

Le président turc Erdogan n’a pas accompli un sans faute

Largement critiqué par une partie de l’opinion tunisienne

Le président Erdogan a fait, au cours de sa visite en Tunisie (26 et 27 décembre 2017), le signe de "Rabiaa"  au Palais de Carthage et en présence du président Béji Caïd Essebsi.

La visite du président turc, Recep Tayyip Erdogan, en Tunisie (26 et 27 décembre 2017) n’est pas passée inaperçue. Loin s’en faut.

Bien avant son arrivée en Tunisie, le chef de l’Etat turc avait fait l’objet de nombreuses critiques _pour ne pas dire plus_ de la part d’une partie des médias tunisiens et des réseaux sociaux.

Mais que reproche-t-on à Recep Tayyip Erdogan ? Beaucoup de choses en fait qui sont en relation avec la politique de l’Etat turc depuis notamment l’avènement de la révolution tunisienne en 2011 et avec sa politique en Turquie et dans le Moyen-Orient.

Un rôle dans l’enrôlement de tunisiens dans les rangs de Daech

Et il n’y a pratiquement que les militants et les sympathisants du mouvement islamiste Ennahdah, qui a contracté, depuis 2014, une alliance avec le parti Nidaa Tounes pour gouverner le pays, pour ne pas asséner des coups au patron de l’AKP, dont l’idéologie est considérée islamo-conservatrice.

Erdogan est de ce  fait  considéré comme un allié du part Ennahdah, décrié par une partie de l’opinion. L’AKP a appuyé, à ce titre, le gouvernement de la "Troïka", conduit par Ennahdah, entre 2011 et 2013.

La Turquie d’Erdogan est critiquée, dans ce même ordre d’idées, pour avoir joué un rôle dans l’enrôlement de nombreux jeunes tunisiens dans les rangs des djihadistes de Daech qui sont partis se battre contre le régime de Bachar Al Assad.

Un sujet des plus sensibles eu égard au danger que représente pour la Tunisie le retour de ces djihadistes dans le pays. On estime, ici et là, que ces derniers seraient au nombre de 3000.

Autre sujet d’inquiétude d’une partie de l’opinion tunisienne : le déséquilibre des échanges commerciaux au profit des opérateurs turcs. D’autant plus que le déficit proviendrait de nombre de produits dont l’économie tunisienne n’aurait pas besoin. Comme ces fameux glibettes, graines de tournesol ou de courges asséchées. Leur importation vient d’être interdite.

Mobilisation des défenseurs des droits de l’Homme

Le président Erdogan a plaidé au cours de sa visite, sans doute dans l’objectif de faire taire ces critiques, pour augmenter les importations de son pays en provenance de la Tunisie.

Le comportement de la Turquie fait dans l’absolu l’objet de nombreuses critiques. On reproche à la Turquie, qui a colonisé la Tunisie pendant au moins trois siècles (XVIè, XVIIè et XVIIIè siècles),  d’avoir aujourd’hui des envies de grandeur.

Les nombreux défenseurs des  droits de l’Homme reprochent au président Erdogän ses pratiques anti-démocratiques. En témoigne la chasse à l’homme qui a suivi la tentative du coup d’Etat de juillet 2016.

Et il y a évidement l’implication de la Turquie dans la guerre en Syrie. La Turquie d’Erdogan est considérée comme ayant facilité l’introduction des djihadistes sur le sol syrien. Les propos de ce dernier sur le président Bachar Al Assad, qu’il a considéré comme ne pouvant pas faire partie d’un plan de paix, tenues sur le sol tunisien, n’ont pas du reste toujours plu.

Reste que le président Erdogan n’a pas du tout facilité les choses au cours de sa récente visite en Tunisie : il a fait le signe de "Rabiaa" (signe de ralliement des Frères musulmans) au Palais de Carthage et en présence du président Béji Caïd Essebsi.

        

 

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie