Il vient d’obtenir le soutien du chef de l’Etat qui lui a réaffirmé "son attachement aux libertés garanties par la Constitution à l'instar de la liberté de conscience et de croyance".

Le philosophe tunisien Youssef Seddik au centre d’une nouvelle campagne de dénigrement

Qualifié de " mécréant "

Il vient d’obtenir le soutien du chef de l’Etat qui lui a réaffirmé "son attachement aux libertés garanties par la Constitution à l'instar de la liberté de conscience et de croyance".

Un proverbe tunisien dit à peu près ceci : "Celui qui a gardé sur lui une pierre pour faire avec du mal à quelqu’un n’a qu’à la jeter". Le président tunisien, Mohamed Béji Caïd Essebsi, a-t-il voulu rappeler aux nombreux détracteurs du philosophe, anthropologue et journaliste tunisien Youssef Seddik ce proverbe en accueillant ce dernier, le vendredi 9 février 2018, au Palais de Carthage.

Tout porte à le croire. Le président tunisien a du reste réaffirmé, au cours de l’audience accordée à Youssef Seddik (notre photo), "son attachement aux libertés garanties par la Constitution à l'instar de la liberté de conscience et de croyance". Comme il a souligné "l'importance d'œuvrer à la consolidation de l'unité des Tunisiens et de placer l'intérêt supérieur de la patrie au dessus de tout".

Une "œuvre politique choisie par Othmane Ibnou Affane"

Une réponse à la campagne de dénigrement orchestrée, notamment sur les réseaux sociaux, contre l’intellectuel tunisien l’accusant jusqu’à être un "mécréant". S’adressant à Youssef Seddik, le chef de l’Etat, a notamment indiqué : "Je ne permets pas qu'un Tunisien comme vous, ayant votre valeur, qui a servi les intérêts du pays depuis longtemps quitte le pays". Répondant  sans doute à des informations selon lesquelles Youssef Seddik auraient l’intention de quitter  son pays.

Ce qui veut tout dire,  lorsqu’on sait que le chef de l’Etat est le "garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité du territoire et du respect de la Constitution et des lois" (article 41 de la constitution de 2014) et qu’il a "la charge de définir les politiques générales dans les domaines de la défense, des affaires étrangères et de la sécurité nationale" (article 77).

 Dans lune émission de débat sur la chaîne privée "Attassia" (la neuvième chaîne), "Min Tounes" (De la Tunisie), Youssef Seddik avait évoqué l'historicité du Coran en la décrivant comme une "œuvre politique choisie par Othmane Ibnou Affane" (le troisième calife de l’islam)  et en traitant de sa codification.

Ce qui n’a pas manqué de provoquer le courroux des milieux religieux qui défendent une lecture puriste de l’islam et refusent évidement toute autre lecture. En fait, un débat oppose ces deux courants en Tunisie. Le second est bien plus tolèrent et s’inscrit dans une ligne de nombreux penseurs, dont des religieux, qui expriment modernité et ouverture sur l’autre.

Longtemps tue et largement réprimé, le courant rigoriste, dit "salafiste", est apparu sur la scène publique tunisienne depuis la révolution de 2011, qui a libéré le pays du joug de la dictature. Il a été encouragé ou toléré pendant la période de la " Troïka", coalition dirigée, entre 2011 et 2013, par le parti islamiste Ennahdah.

Un discours qualifié d’ " athée"

Ce n’est pas la première fois que Youssef Seddik est l’objet d’une campagne et de critiques de la part des islamistes rigoristes. Soixante-quinze ans, le philosophe tunisien, est un spécialiste de l’anthropologie du Coran.

En août 2012, à Kairouan, des Salafistes s’en prennent à lui, au cours d’un débat sur les libertés, pour l’obliger de quitter la salle. En avril 2017, et au cours d’une conférence à Jénine (Territoires occupés par Israël), des participants qualifient son discours d’ "athée" et boycottent la rencontre.

On lui doit un grand nombre d’articles et de livres sur l’islam et la société arabe dont " Nous n'avons jamais lu le Coran", (La Tour-d'Aigues, Edition de l'Aube,  collection " Monde en cours / Les Voix du sacré ", 2004, 298 pages).

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie