L’être humain se joue de la mort et la renvoie à un horizon lointain, mais Laurent Gbagbo est plus que vivant et loin d’être mort ! Avec…

Portrait

Laurent Gbagbo danse avec le temps

L’être humain se joue de la mort et la renvoie à un horizon lointain, mais Laurent Gbagbo est plus que vivant et loin d’être mort ! Avec Simone Gbagbo qu’il aime, leur combat reste intact : la liberté de la Côte d’Ivoire…mieux, la liberté de tout un continent ! Rétrospective.

Cette lumière maussade du nord qui lui crève les yeux et éclaire les murs du centre carcéral de Scheveningen ne sera bientôt plus qu’un malheureux souvenir. Laurent Gbagbo est l’un des acteurs du feuilleton politique de l’année 2011. Révélé par certains auteurs français, l’existence d’un complot juridico-politique envers le président Laurent Gbagbo a fini par déclencher un soutien international envers cet homme courageux, franc et sincère, qui ne s’est pas dérobé après avoir été déclaré vainqueur de l’élection présidentielle de novembre 2010. Son tort en bon démocrate est d’avoir exigé le recomptage des votes du scrutin du second tour dans le but de rétablir la vérité. En l’attente de l’ouverture de son procès, il danse avec le temps.

En quatre ans, la désarchitecturation de son espace vital aurait pu le plonger dans le désarroi et l'obscurité des bas-fonds. Là-bas, l’historien devenu président existe entre deux espaces-temps, et les vit comme modes duels, dans une même actualité : l’espace-temps de sa cellule où il vit biologiquement, et l’espace-temps où il se déporte sensoriellement, enveloppé par les chaleurs humides ivoiriennes.

Sans Gbagbo, la Côte d’Ivoire continuera à surfer sur les clivages temporels et topiques d’une réalité mortifère bloquée en 2011 et sur l’angoisse d’un univers de putsch permanent... À moins que, l’opposition se rallie à son mot d’ordre : « Asseyons-nous et discutons ! » La libération du président sera un acte d’apaisement majeur pour la réconciliation en Côte d’Ivoire.

En novembre dernier, il déclarait sa candidature à la présidence de son parti, le Front populaire ivoirien (FPI). En attente de l’ouverture de son procès, les Ivoiriens s’interrogent tant un corps invisible est un corps fantôme. Le pouvoir s’en frotte les mains et voit en cela l’affaiblissement du FPI ; quand d’autres, lucides, se laissent gagner par une psychose rythmée par le mécanisme « tic-taquant » qui pulse à leur poignet… Et si des négociations étaient en cours ? Cela expliquerait le silence de son équipe de défense menée par Maître Altit, qui jamais en quatre ans n’a convoqué la presse au nom de son client ; bien que l’opinion publique comprenne que la confidentialité et la discrétion soient pour eux des points essentiels.

Pour éviter l’asphyxie, Laurent Gbagbo a effectué une percée en avant, et tous savent que rien ne se réglera dans le pays sans qu’il ne soit associé au débat politique. Mais cette percée en avant est jonchée de cadavres et de victimes ivoiriennes. Quelqu’un devra bientôt répondre de ces crimes. L’arroseur, tel un rottweiler au pouvoir, pourrait bien finir arrosé. Alors, à la veille des élections d’octobre 2015 et du procès attendu début 2016, les murs de la Cour pénale internationale (CPI) et de la présidence ivoirienne tremblent… Comme Œdipe, tous ces hommes politiques, hommes de loi  ou autres militants préfèrent ne rien voir, les yeux bandés sur la scène imaginaire d’une guerre ivoirienne racontée, fomentée par la presse et la communauté internationale. Ces hommes ne peuvent pas prétendre vouloir enfermer les fantômes du passé dans un coffre ou une prison pour qu’ils cessent de venir les hanter. « D’après les trois juges en charge de la chambre préliminaire III,  le dossier est vide et ne repose sur aucune preuve suffisante ». Plus de quatre ans après son transfert à La Haye, le président Laurent Gbagbo est maintenu en détention au motif principal que le Bureau du Procureur de la CPI peine à étayer la moindre culpabilité contre lui. La lecture de la version publique contenant les observations écrites de la défense révèle, au-delà de toutes les attentes, la faiblesse incommensurable des prétendues charges pouvant peser sur Laurent Gbagbo. Si la justice internationale est réellement indépendante et ce procès uniquement juridique, la relaxe du président Gbagbo ne devrait pas tarder à arriver.

 

Un Africain comme vous

Fils d’un modeste fonctionnaire, Laurent Gbagbo parviendra, après de brillantes études en Côte d’Ivoire, au doctorat d’histoire à la Sorbonne. Sa famille en exil l’affirme : « le président Gbagbo n’est pas un homme d’argent ». D’ailleurs, pour payer sa défense à la CPI, outre le fait que ses maigres avoirs sont gelés, il a déposé une demande d’aide juridictionnelle. Comme lui, les hommes du FPI qui l’accompagnent envers et contre tous, ont un engagement militant socialiste, partagent des valeurs et des principes communs. Pendant toute la période dite de la « crise post-électorale », Laurent Gbagbo a voulu s’en tenir à la légitimité républicaine et à l’application de la Constitution, fondement de la démocratie. C’est un homme qui pousse plus loin, aide à apprendre, sait faire confiance même quand ses collaborateurs sont en apprentissage. Il ne néglige jamais les opinions. Laurent Gbagbo, c’est aussi un homme qui a un sens immense de l’amitié avoueront certains. Il agit comme il parle, sans inhibition.

En politique, dans ce monde où depuis le berceau ses adversaires maîtrisent l’art du mensonge, n’est-ce pas finalement là sa plus grande faille, ressembler au peuple ? Ce que veut Laurent Gbagbo, du fin fond de sa cellule, c’est une Côte d’Ivoire libre… Mieux, une Afrique indépendante et libérée des colons d’hier. Serait-ce ceci la véritable raison de son procès ?

Priscilla Wolmer
Directrice de la rédaction