Le patron des patrons, fraîchement élu et connu pour sa pugnacité, a signifié que la Tunisie doit être gouvernée par les meilleurs de ses enfants. Ce qui sous-entend que ce n’est pas le cas actuellement.

La Tunisie est-elle bien gouvernée ?

Baisse des avoirs en devises et inflation galopante

Le patron des patrons, fraîchement élu et connu pour sa pugnacité, a signifié que la Tunisie doit être gouvernée par les meilleurs de ses enfants. Ce qui sous-entend que ce n’est pas le cas actuellement.

L’économie tunisienne offre de moins en moins de signes réjouissants. En témoigne le chiffre publié le 5 mars 2018 sur les avoirs en devises du pays : ils ne couvrent que 78 jours d’importation. Second chiffre, publié également le 5 mars 2018 : le taux d’inflation : 7,1% en février dernier.

Ce dernier ne cesse de progresser : 5,5% en septembre 2017, 5,8% en octobre 2017, 6,3% en novembre 2017, 6,4% en décembre 2017 et 6,9% en janvier 2018. Une progression que l’on explique notamment par une difficulté à se battre contre la spéculation. Une partie, par exemple,  seulement des fruits et légumes sont vendus dans les circuits officiels.

De quoi inquiéter plus d’un. A commencer par les acteurs de la société civile. A deux jours d’intervalle, le secrétaire général de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT), Nourreddine Taboubi (le 3 mars 2018) et le président de l’Union Tunisienne de l’Industrie du Commerce et de l’Industrie (UTICA), Samir Majoul (le 5 mars 2018), ont véritablement clashé le gouvernement que dirige, depuis septembre 2017, Youssef Chahed.

Tous deux ont pointé l’incompétence du gouvernement estimant qu’il peut mieux faire. Le second (notre photo), fraîchement élu et connu pour sa pugnacité, a signifié que la Tunisie doit être gouvernée par les meilleurs de ses enfants. Ce qui sous-entend que ce n’est pas le cas actuellement.

Il a fait, à ce stade, référence à l’ancien Premier ministre, Hédi Nouira (1970-1980), un des pères de l’économie tunisienne, considéré comme une personne compétente et efficace.

Le secrétaire général de l’UGTT, Sami Tahri, a déclaré, le 5 mars 2018, que "en cas de refus d’effectuer un remaniement (la Centrale l’a carrément demandé ces derniers jours), Chahed devra assumer ses responsabilités par rapport aux crises qui sont en train de secouer plusieurs départements dans le pays". Le chef du gouvernement a répondu par la négative concernant ce dossier.

Accumulation des crises

On s’interroge du reste dans de nombreux milieux notamment sur la capacité du gouvernement à agir pour  renverser la vapeur dans un pays qui accumule les crises. En témoigne la grogne qui gagne des pans entiers de la vie économique et sociale : jeunes médecins, enseignants du primaire, du secondaire et du supérieur, chômeurs dans le bassin minier,…

Il faut dire qu’il s’agit là, et pour l’essentiel, de problèmes récurrents d’autant plus que l’Etat, en butte à de réels problèmes financiers et sollicité de toute part, n’a pas toujours les moyens de satisfaire les revendications qui se font jour.

Peut-il cependant accepter un pourrissement de la situation ? Les enseignants du secondaire, qui croisent depuis deux mois le fer avec le gouvernement, n’ont pas encore, en signe de protestation face à l’administration qui refuse de répondre positivement à leurs revendications, remis les notes du premier semestre de l’année scolaire.

Mettant en otage quelque 90 000 élèves de l’enseignement secondaire ! Ils ont été sommés de le faire avant le 12 mars 2018. Le feront-ils ?     

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie