La question qui divise

Marche pour l’égalité successorale en Tunisie

Une marche a été organisée samedi 10 mars 2018 pour l’égalité en matière d’héritage. Mais il y a, en la matière, un vrai couac : la religion musulmane. Le Coran dit clairement que " Les femmes héritent la moitié de ce qu’héritent les hommes ".

" L’égalité n’est pas un faveur", " L’égalité est un droit, ni charia, ni hypocrisie" et bien d’autres slogans ont été scandés, samedi 10 mars 2018, par quelque 2000 femmes –et hommes, à l’occasion de la tenue, à Tunis, d’une marche pour l’égalité successorale.

Organisée à l’appel de la coalition Egalité et héritage, la marche veut défendre ce que nombre d’associations de défense des droits des femmes –mais pas uniquement- comme étant un droit consacré par la constitution de janvier 2014 qui stipule dans son article 21 que "Les citoyens et les citoyennes sont égaux en droits et en devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination".

Reste qu’il il y a, en la matière, un vrai couac : la religion musulmane que "L’État se doit de protéger " (article 6 de la constitution), disent du reste les Tunisiens qui refusent l’égalité successorale. Le Coran dit clairement que "Les femmes héritent la moitié de ce qu’héritent les hommes ".

Le syndicat des imams appel au limogeage du Mufti de la République

Le président Mohamed Béji Caïd Essebsi a cependant lancé, le 13 août 2017, un débat sur la question et créé, à cet effet, une commission chargée d’étudier « la question des libertés individuelles » et celle de « l’égalité dans tous les domaines », qui devait lui remettre un rapport.

La commission, dirigée par une militante des droits de l’homme, la députée et l'avocate Bochra Bel Haj Hmida, a préféré, le 20 février 2018, reporter la date de remise de son rapport.  Afin d’ " éviter la récupération politique" du rapport.

La Tunisie s’apprête à organiser, le 6 mai 2018, les premières élections municipales libres de son histoire. Des élections considérées importantes pour au moins deux raisons : la constitution tunisienne accorde une place de choix au pouvoir local (Chapitre VII) et les Municipales surviennent une année avec les Législatives et la Présidentielle de 2019.

Inutile de préciser que la question divise. Une partie de l’opinion, très attachée aux préceptes de l’islam, refuse de transgresser la loi divine. Et les réactions n’ont pas tardé dans ce sens. Un  appel a été notamment lancé par le syndicat des imams en vue de limoger le Mufti de la République, Othmane Battikh, qui a appuyé la décision du chef de l’Etat.

Mohamed Gontara
Journaliste - Correspondant en Tunisie