Sécurité ou économie, sans parler des dossiers qui fâchent traités dans la plus grande discrétion, le rendez-vous de Tanger du 19 au 20…

Opinion

La France veut former des imams mais les esprits ?

Sécurité ou économie, sans parler des dossiers qui fâchent traités dans la plus grande discrétion, le rendez-vous de Tanger du 19 au 20 septembre a été qualifié de « nouvelle étape » dans les relations entre la France et le Maroc à en croire le président de la République, François Hollande. Un drôle de volet s’est toutefois immiscé dans les discussions. Celui de la formation des imams.

Brouille diplomatique sur fond de dépôts de plaintes pour « torture » à l’encontre du patron du contre-espionnage marocain, Abdellatif Hammouchi, qui sera finalement… décoré de la Légion d'honneur, mini-scandale médiatique avec l’affaire des journalistes présumés maîtres chanteurs, la relation d’amitié entre Paris et son ancien « protectorat » avait été écornée ces dernières semaines.

De fait, le monarque et le chef de l’État se sont escrimés à faire bonne figure, mettant en avant le défi commun que représente la lutte contre le terrorisme. Un poncif dès lors que la France et le Maghreb dialoguent. À défaut d’évoquer la collaboration, logiquement, discrète entre les deux pays en matière de renseignement, la France semble avoir trouvé en l’Institut Mohammed VI un véritable intérêt en matière de formation d’imams. Ouvert en mars à Rabat, ce centre devrait accueillir une cinquantaine de religieux français à qui il sera prodigué une formation islamique.

L’idée sous-jacente, comme le révèle la déclaration co-signée par les deux pays, est de promouvoir « un islam du juste milieu » conforme aux « valeurs d'ouverture et de tolérance » mais aussi « pleinement ancré dans les valeurs de la République et de la laïcité ». De fait, la formation religieuse sera complétée par un enseignement civique sur le sol français. Gageons que ces cours d'éducation civique seront faits avec plus de sérieux que dans les écoles françaises. Ce sont ces heures qui permettent rattraper les retards pris dans d'autres matières ! Il convient toutefois d'applaudir l’initiative, dans sa globalité. Tout ce qui touche à la religion – peu importe laquelle – et à son interprétation se doit d’être cadré par la plus grande érudition.

Il est toutefois intéressant de se pencher sur le vocable employé, marqueur de la défiance affichée en Occident vers cette religion qu’est l’islam. Afficher la promotion d’« un islam du juste milieu » revient à reconnaître qu’il existerait un « islam de l’extrême ». Or, considérer les fous de Daech ou d’Al-Qaïda comme porteurs d’une quelconque valeur islamique ne revient-il pas à stigmatiser une communauté dans son ensemble ? La question avait été posée lors de la décapitation d’Hervé Gourdel en Algérie. Un appel, un brin péremptoire, avait été lancé à la communauté musulmane afin de se désolidariser des terroristes. Non sans faire polémique.

De plus, la France attend de cet islam qu’il soit « pleinement ancré dans les valeurs de la République et de la laïcité ». De quoi parle-t-on au juste ? De qui, surtout ? Les millions de musulmans de France, majoritairement nés dans l’Hexagone qui plus est, vivent leur foi paisiblement dans la sphère privée. Ils participant à la vie de la société, ils partagent les mêmes espoirs et les mêmes galères. Ils contribuent aux succès du pays dans la même mesure que leurs concitoyens d’autres confessions. Évoquer, sans finesse, ce mystérieux islam qui doit s’adapter à une société qui lui serait étrangère confine à un enfumage peu glorieux.  

Oui, tout ce qui va dans le sens du savoir et d’une meilleure compréhension du sacré est positif. Il conviendrait d’ailleurs, sans aucun doute en fait, que ce sacré pénètre les classes de la République. La connaissance de l’autre est un savoir en lui-même et le bien-vivre ensemble passe par la plus grande compréhension de ces questions. Une manière d'éteindre les passions et de déjouer les fantasmes. Il serait bon, aussi, que cesse l’emploi outrancier de ce noble terme qu’est « laïcité », servi à toutes les sauces. Un grand principe malmené par les politiques français eux-mêmes qui ont transformé cette notion de liberté individuelle en contrainte pour le plus grand monde.

Bref, une civilisation comme l’Islam mérite mieux que ces quelques raccourcis linguistiques. C'est autant le devoir que l'intérêt de la France et des Français.

Rédaction
Journaliste