Bachar al-Assad est le premier responsable du drame actuel vécu par le peuple syrien. Mais il faut remo,ter dans le temps pour mieux comprendre. Sous Hafez el-Assad il n’y a jamais eu de régime démocratique. Du partage arbitraire des provinces arabes de l’Empire ottoman par les Européens à l’occupation française entre les deux guerres, la Syrie a sans cesse été au cœur de tensions. Abritant un ensemble de religions qui cohabitent difficilement. À présent, la Syrie est en proie à un impitoyable jeu international entre les grandes puissances mondiales. D'ailleurs, les présidents Macron et Poutine se rencontrent ce jour, jeudi 24 mai pour discuter entres autres de la crise syrienne.

L'imbroglio syrien

Syrie

Bachar el-Assad est le premier responsable du drame actuel vécu par les syriens. Mais il faut remonter dans le temps pour mieux comprendre. Sous Hafez el-Assad il n’y a jamais eu de régime démocratique. Du partage arbitraire des provinces arabes de l’Empire ottoman par les Européens à l’occupation française entre les deux guerres, la Syrie a sans cesse été au cœur de tensions. Abritant un ensemble de religions qui cohabitent difficilement. À présent, la Syrie est en proie à un impitoyable jeu international entre les grandes puissances mondiales. D'ailleurs, les présidents Macron et Poutine se rencontrent ce jour, jeudi 24 mai pour discuter principalement de la crise syrienne.

Imbroglio que ce drame que vit la Syrie depuis 2011. Comment ce pays, qui était présenté depuis quarante ans comme un modèle de stabilité politique au milieu d’une région agitée, a-t-il pu en venir à s’autodétruire ? La réalité est que l’origine de la violence actuelle ne date pas de 2011.

Devenue un acteur essentiel du conflit israélo-arabe, la Syrie a constamment fait face à des crises avec ses voisins. Tour à tour, Israël mais aussi l’Irak, la Turquie, les Palestiniens, le Liban et parfois l’Égypte et la Jordanie ont été en conflit avec Damas, sans compter une crise quasi permanente avec les États-Unis qui a donné lieu à une série de sanctions économiques. Les seules alliances stables sur la durée ont été celles nouées avec la Russie et l’Iran. Ces querelles multiples ont créé un nationalisme syrien ombrageux qui a pesé sur la vie nationale et entraîné une phobie de l’isolement régional au sein du pouvoir.

Les frontières de la Syrie actuelle, qui constituent un défi à des siècles d’histoire et à des traditions millénaires, ont créé un État-nation qui ne s’est jamais senti à l’aise.

Un peu d'histoire

Foyer du nationalisme arabe naissant au début du XXe siècle, la Syrie a été privée à sa naissance de l’indépendance qui lui avait été promise, avec l’instauration d’un mandat contre lequel, déjà, les révoltes se sont succédé. Chargée par la Société des Nations de préparer la Syrie à l’indépendance, la France avait d’abord en tête ses intérêts propres, en accord avec l’esprit du colonialisme triomphant. Les péripéties du traité franco-syrien ont illustré l’incapacité de la puissance mandataire d’établir avec la Syrie des relations de confiance projetées sur l’avenir. La France a finalement été contrainte de partir, laissant un pays doté d’institutions politiques à l’européenne inadaptées au contexte local. La première guerre israélo-arabe de 1948 a ensuite créé un traumatisme durable, laissant une classe politique déconsidérée et des officiers qui se sont senti trahis par leurs dirigeants.

La Syrie finalement indépendante après plusieurs siècles de domination étrangère n’a pas pour autant connu la stabilité, les coups d’État se succédant à un rythme soutenu jusqu’au second traumatisme provoqué par la guerre de 1967, qui non seulement a amputé encore davantage le territoire syrien avec la perte du Golan et laissé une armée démoralisée, mais aussi a annoncé la fin des aspirations à un nationalisme arabe unitaire désormais impossible, comme l’avait montré l’échec de l’expérience de la République arabe unie avec l’Égypte.

Le parti Baas s’est alors durablement imposé, porté par une idéologie séduisante à ses débuts mais qui ne résistera pas aux rivalités de personnes et à l’appétit de pouvoir de quelques-uns, s’appuyant de plus en plus exclusivement sur une minorité naguère brimée, les Alaouites, et des forces de sécurité omniprésentes traquant toute manifestation de libre expression de la critique. Même si le pays a alors donné l’image de la stabilité, un conflit implacable a opposé dès les années 1970 le pouvoir aux Frères musulmans, émanation de la majorité sunnite pour qui les Alaouites, installés au cœur du pouvoir, sont des hérétiques. La répression à Hama, en 1982, a constitué les prémices des affrontements qui ont éclaté en 2011.

Ainsi, en un siècle, la Syrie n’a connu ni une véritable paix intérieure ni un fonctionnement apaisé de la vie politique. La diversité des communautés qui constituent le pays et le retour en force de l’islam, parfois radical, ont apporté une dimension supplémentaire au conflit qui dévaste le pays depuis sept ans. Il y a aujourd'hui un mal-être syrien qui se manifeste sous des formes multiples et qui affecte un peuple pourtant parmi les plus industrieux, pacifiques et accueillants, héritier d’une exceptionnelle histoire millénaire.

 


Journaliste