Les relations du Maroc avec l'Union européenne sont guidées par une vision Royale claire pour un partenariat ambitieux, global et d'égal à égal, a souligné, jeudi 27 juin à Bruxelles, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

MAROC/UE : Une vision Royale claire pour un partenariat ambitieux, global et d'égal à égal

Interview du ministre des Affaires étrangères marocain, Nasser Bourita

Les relations du Maroc avec l'Union européenne sont guidées par une vision Royale claire pour un partenariat ambitieux, global et d'égal à égal, a souligné, jeudi 27 juin à Bruxelles, Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.

Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot : L’UE et le Maroc se sont réunis en Conseil d’association, le premier depuis décembre 2015. Pourquoi n’y a-t-il pas eu de tel Conseil depuis plus de trois ans ?

Nasser Bourita : La relation entre le Maroc et l’UE était dans une phase particulière en raison des attaques que le partenariat avait subies de la part de ceux que l’évolution de ce partenariat ne satisfaisait pas. Pendant les trois dernières années, nous avons travaillé pour immuniser ce partenariat, pour rejeter les attaques honteuses de ces parties et construire une vision. Cette période a aussi été une bonne occasion de mener une réflexion sur l’avenir du partenariat, qui était arrivé à un moment d’essoufflement.
La politique européenne de voisinage était devenue presque un plafond, en tout cas pour le Maroc. Donc, nous avons également exploité ces trois ans pour mener cette réflexion lucide, ambitieuse et une occasion pour mettre à jour notre cadre juridique et réfléchir sur l’adaptation de notre cadre institutionnel. Et (jeudi), c’était le bon moment pour relancer le partenariat, mais également pour procéder à sa refonte, institutionnelle, juridique, à travers les quatre axes mentionnés dans la déclaration commune.

Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot : Justement, ce Conseil d’association est-il vraiment un pas en avant dans les relations UE/Maroc ?

Nasser Bourita : Bien sûr, c’est un Conseil très important. D’abord par sa conclusion, une déclaration commune, ce qui est unique dans la relation entre le Maroc et l’UE et dans la relation de l’UE avec ses partenaires du sud de la Méditerranée.

Deuxièmement, par le contenu de celle-ci, qui reflète la discussion que nous avons eue, c’est une restructuration du partenariat autour de quatre axes et deux thématiques centrales.

Il ne s’agit pas juste d’une restructuration sémantique, mais d’un espace où l'on pourrait approfondir l’existant et se projeter au-delà et optimiser ce que permettent les structures, les cadres et les règlements de l’Union européenne.

Sur l’espace "connaissances", on peut faire énormément de choses pour arrimer l’université marocaine et les centres de recherches à ceux de l’Europe, pour que les universités marocaines, les chercheurs marocains, puissent bénéficier davantage des appels d’offres européens, pour que le contenu même des programmes puisse être partagé.

Sur l’économie, il y a une réflexion de fond. Faut-il rester dans le libre-échange ou aller vers plus d’intégration économique ? Le libre-échange permet de faire évoluer le commerce, mais l’intégration économique permet de drainer plus d’investissements, plus de tourisme. Nous voulons aller vers plus d’intégration que de libre-échange.
Concernant l’espace 'stabilité', on peut faire également beaucoup de choses. Nous avons un dialogue fréquent, mais il doit donner lieu à des initiatives conjointes, au lieu de rester juste dans la présentation des positions et le constat qu’on a des positions convergentes. (...) Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble pour faire face à un enjeu ou à un problème ? C’est un Conseil qui a acté la relance, mais qui a également donné le coup d'envoi d’une refonte du partenariat pour les années à venir.

Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot : Vous parliez de libre-échange. Ça fait plusieurs années que l’UE et le Maroc négocient une zone de libre-échange complet et approfondi. Est-ce pour vous encore essentiel ou faut-il plutôt aller vers une intégration économique sans avoir nécessairement cet accord de libre-échange ?

Nasser Bourita : Il faut tenir compte de l’évolution. C’est une discussion qui a commencé en 2009-2010. Depuis, il y a eu beaucoup d’évolutions qu’il faut intégrer. Le Maroc, à partir de la semaine prochaine, fera partie d’une zone africaine de libre-échange et l’Europe a signé entretemps beaucoup d’accords de libre-échange avec des pays de l’Asie qui ont un impact sur l’avantage comparatif qu’avait le Maroc.

De plus, l’accord d’association est entré en vigueur en 2000. Bientôt, cet accord aura 20 ans et il est temps de faire une évaluation. Qu’est-ce qu’on a fait ? Est-ce que les échanges ont été équitables ou sont-ils allés dans un sens avec un déficit de plus en plus profond au détriment du Maroc ?

Enfin, le Maroc a fait évoluer ses stratégies économiques, ses stratégies industrielles, et tout cela doit être intégré dans cette évaluation.

Nous ne renions pas ce qui a été réalisé jusqu’à présent, mais nous souhaitons, comme pour les autres aspects, qu’il y ait une adaptation à l’aune des évolutions pour choisir ce qui serait le mieux pour notre partenariat.

Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot : Un des deux axes de travail horizontaux est la mobilité et la migration. Comment coopérez-vous avec les Européens sur cette question ?

Nasser Bourita : C’est un sujet de coopération de longue date, du fait que l’on a des frontières communes. (...)
Effectivement, il y a eu un transfert de la pression migratoire de l’Est, d’abord, à travers la Grèce, vers le centre, à travers l’Italie et, plus récemment, vers l’Ouest, à travers l’Espagne, ce qui a amené une forte pression sur le Maroc.

Le Maroc est contre toute tentative de concentrer la pression sur les pays de transit et d’alléger la pression sur les pays d’origine et les pays de destination. En même temps, en acteur responsable, il ne permettra pas que ses frontières, son territoire soient utilisés pour un trafic d’êtres humains ou un trafic illicite. Le Maroc coopère avec l’UE et nous avons eu des réunions à ce sujet. Au-delà de la coopération conjoncturelle, parce qu’il y a un pic ou parce que les migrants ont changé d’itinéraire, il faut penser à une coopération plus structurelle, plus à long terme. Si l’Europe considère que le Maroc est sa frontière, alors il faut développer des programmes à long terme et mobiliser les ressources et la visibilité nécessaires pour programmer quelque chose.

Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot : Concernant l’impact de la question du « Sahara occidental » sur les deux accords UE-Maroc. La Cour a demandé qu’il y ait un consentement explicite de la population. De quelle façon pouvez-vous avoir ce consentement ? Qu’en est-il aujourd’hui de ces accords ?

Nasser Bourita : Les accords vont entrer en vigueur très prochainement. Pour nous, la question de l’association de la population de la région aux accords internationaux est une donne nationale. (…)
Le Maroc s’est appuyé sur les représentants des populations locales, au Sahara et dans les autres régions du pays, pour discuter des accords et pour que les représentants de la population, que ce soit dans les conseils régionaux, dans les chambres de commerce ou au Parlement, puissent exprimer leur position et leur accord par rapport aux instruments juridiques qui ont été signés.

En démocratie, la représentativité est le résultat d’une élection, d’une légitimité par les urnes. Lorsque quelqu’un dit : « j’ai été élu par la population », il a été élu effectivement. Lorsque quelqu’un d’autre vient et dit : « je représente », il faut se demander quelle est la base de cette représentativité.

(propos recueillis par Camille-Cerise Gessant / Damien Genicot pour L'Europe)

Rédaction
Journaliste