Avocat, ancien ministre d'État aux travaux publics et à l'équipement et candidat à l'élection présidentielle de décembre 2020 avec son parti PATRIE, Maître Crepin Mboli-Goumba nous livre sa vision pour la RCA et ses chantiers prioritaire si demain, il devient président de la République. Entretien.

Election présidentielle décembre 2020 : "Nous mettrons la sécurité des Centrafricains au cœur de notre action"

Entretien avec Maître Crepin Mboli-Goumba, président du parti PATRIE

Avocat, ancien ministre d'État aux travaux publics et à l'équipement et candidat à l'élection présidentielle de décembre 2020 avec son parti PATRIE, Maître Crepin Mboli-Goumba nous livre sa vision pour la RCA et ses chantiers prioritaires si demain, il devient président de la République. Entretien.

PATRIE

54 ÉTATS : Vous êtes aujourd’hui candidat à l’élection présidentielle du 27 décembre prochain, que souhaitez-vous profondément apporter à votre pays ? Qu’est-ce qui changerait avec votre leadership ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : Ce qui va changer, c’est l’idée que nous, Centrafricains, sommes condamnés à vivre petitement, à être humiliés dans notre pays, à voir, impuissants, des hordes barbares piller, violer et soumettre l’Etat et ses serviteurs, parfois sous le couvert d’accord approximatifs. Nous mettrons la sécurité des Centrafricains, partout où ils se trouvent sur le sol national, au cœur de notre action. La bonne gouvernance étant le socle du progrès, et le partage de la richesse nationale, la garantie de la stabilité sociale, nous allons bâtir un Etat dont la performance repose sur le mérite. 

Nous mettrons la sécurité des Centrafricains au cœur de notre action

54 ÉTATS : Les observateurs de l’UN et autres ambassadeurs suffisent-ils à consolider une meilleure préparation des élections à venir ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : Je ne sache pas que le rôle des ambassadeurs et des Nations Unies soient de faire de l’observation. Pour cela, il y a des personnes et des organismes plus appropriés. En revanche, les Nations Unies et les pays dits du G5 devenu 6, doivent veiller en amont au respect des normes établies en matière de transparence des élections, au libre accès de tous les candidats aux électeurs, en garantissant notamment leur sécurité, tout cela, dans la neutralité. 

54 ÉTATS : Quel bilan dressez-vous du mandat du président Faustin-Archange Touadéra ? Etait-ce mieux ou pire avant son arrivée à la magistrature suprême et pourquoi ?

Sous l'ère Touadéra, l’occupation du territoire par les rebelles est passée de 60 à 85%

Maître Crepin Mboli-Goumba : L’évidence ne se démontrant pas, contentons-nous de constater que sous son magistère, l’occupation du territoire par les rebelles est passée de 60 à 85%, que le pays n’a jamais été aussi spolié, nos institutions n’ont jamais été aussi asservies (l’exemple du scandale de la carte nationale d’identité). A l’exception d’un petit clan, cette mandature aura été celle de toutes les régressions pour les Centrafricains. Mais ce n’est pas tant ce constat que les perspectives que j’ouvre qui m’intéresse.

54 ÉTATS : En RCA, entre la présence étrangère prégnante des russes, celle bien plus éthérée de la France, et celle de la MINUSCA, un président de la République a t-il toute la latitude pour gouverner en toute indépendance ?

Le régime Touadéra est tellement occupé à faire des affaires qu’il en a oublié la défense des intérêts des Centrafricains

Maître Crepin Mboli-Goumba : Ce ne sont ni les Russes, ni les Français ni la Minusca qui nomment les Ministres, gèrent (et plutôt mal) le pays, bradent les ressources naturelles, privilégient les rebelles au détriment des politiques et de la société civile. La vérité est que le régime est tellement occupé à faire des affaires qu’il en a oublié la défense des intérêts des Centrafricains. Face à ce vacuum, les pays et organisations censés nous appuyer donnent le sentiment de prendre le lead. C’est logique et naturellement déplorable. Mais les Centrafricains doivent cesser d’être naïfs  Le monde fonctionne sur la base des rapports de force et des intérêts. Si on vous disait aujourd’hui que de l’autre côté du fleuve il y a beaucoup de richesses et que le peuple qui y vit est naïf, vous traverseriez pour aller faire fortune. C’est notre cas aujourd’hui et c’est humain que certains pays cherchent à en prendre avantage. Il nous appartient de prendre conscience de la situation et d’y remédier. 

54 ÉTATS : Le principal défi économique et social de la République Centrafricaine est le rétablissement de la sécurité sur l’ensemble du territoire. Quelle est votre stratégie pour atteindre cet objectif ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : En deux ans, même dans la configuration actuelle, voulue par le Président Touadéra, j’aurais rétabli définitivement la paix. Sur cette question, dont dépend tout le reste, même l’exécution de mon programme politique, le pêché originel du Président a été de claironner dès le premier jour qu’il ne compte pas faire la guerre pour rétablir la paix. Non seulement c’est prendre à rebrousse-poil la lettre et l’esprit de la Constitution qui fait du Président de la République le Chef Suprême des armées, cette déclaration a surtout été comprise par les mercenaires comme une invitation à plus de massacres. Résultat, il n’y a jamais eu autant de tueries.

A la place du Président, j’aurais assigné aux Russes ou une autre force, la mission de libérer le territoire national des rebelles, en prenant d’abord soin de ramener dans la République ceux qui le souhaitent.

La montée en puissance des FACA est une vaste escroquerie sémantique en termes de nombre, car à l’allure où se font les recrutements, il faudrait 50 ans pour avoir une armée de 20 000 hommes. Il faut donc revoir la stratégie, afin de permettre un plus large et plus rapide recrutement afin de permettre à nos FACA de tenir les positions libérées.

Moi Président, je ne ferai pas l’économie de la guerre pour libérer l’intégralité du territoire national

54 ÉTATS : Malgré le déploiement de la mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) depuis avril 2014 et la signature le 6 février 2019 à Bangui entre le gouvernement centrafricain et 14 groupes armés, de l’accord de paix qui devait permettre de rétablir un climat de sécurité dans le pays, des tensions demeurent toujours et les autorités actuelles ne contrôlent en effet qu’environ un tiers du territoire. Selon vous, qu’est-ce qui n’a pas fonctionné ? Et à qui la faute ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : L’accord de Khartoum a péché par l’exclusion des forces vives de la nation, et l’acceptation de cette forfaiture par la communauté internationale. Pourtant, nous y avons quand-même cru, en accordant à tous le bénéfice du doute.

Cet accord n’a pas marché parce qu’aussi incroyable que cela puisse paraitre, on n’y a mis tout un chapelet de bonnes intentions, sauf l’essentiel, à savoir, les conséquences de la violation de l’accord par les parties prenantes. Conséquence, l’encre de la signature de cet accord n’avait pas encore séché, qu’il était violé ! 

54 ÉTATS : Il se trouve que de très nombreux centrafricains semblent ne plus avoir confiance en l’État notamment à cette classe dirigeante, cette élite bourgeoise, que beaucoup accusent d’être corrompue et égoïste. Êtes-vous d’accord avec ce constat ? Et si vous êtes élu Président de la République, que feriez-vous pour réconcilier le peuple centrafricain avec ses dirigeants ? 

Maître Crepin Mboli-Goumba : Il y a un réel désamour entre les politiques et le peuple, je vous le confirme puisque c’est ce qui justifie mon action politique. Je suis de ceux qui ont été déçus par la gestion de notre pays depuis l’indépendance. J’ai vu mon pays se désintégrer au sens propre, socialement, économiquement, sociologiquement, politiquement, alors que quelques-uns s’enrichissaient. J’ai vu l’arrogance des puissants du moment face à un peuple méprisé, appauvri, incapable de faire face au minimum dans un monde moderne, conduit à choisir entre acheter à manger ou payer des médicaments. Je viens réparer cette injustice, donner du contenu au mot équité, égalité de chances, mérite. Je viens pour redonner leur pays aux Centrafricains. 

54 ÉTATS : D’après les données du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le classement de la Centrafrique selon l’indice de développement humain (IDH) est de 188e sur 189 pays en 2018. La part de la population employée sous le seuil de pauvreté (soit moins de 3,1 dollars par jour) atteint 91,2 % et l’espérance de vie est inférieure à 53 ans. Comment comptez-vous améliorer ces indicateurs de développement, qui demeurent parmi les plus faibles au monde ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : Et pourtant, en dépit de ces statistiques affligeantes, le régime actuel est convaincu d’avoir réussi. A chacun son idée de l’ambition nationale. Après la sécurité, la plus grande bataille à mener est celle de l’éducation. Ces statistiques ne changeront pas, malgré l’or de Ndassima, si le Centrafricain ne se transforme pas. Il s’agit donc de changer l’homme, actuellement dépourvu des outils de transformation, l’homme complexé parce que conscient de ses limites, l’homme livré en pâture aux mercenaires. Cet homme doit également être soigné et circuler librement pour vaquer à ses occupations. 

Après la sécurité, la plus grande bataille à mener est celle de l’éducation

54 ÉTATS : L’accès à l’électricité et à l’eau sont reconnus par l’ONU comme des objectifs de développement durable (ODD). En RCA, environ 50% de la population n’a pas accès à l’eau potable, tandis que seulement 30% de la population a accès à l’électricité. Voilà deux problématiques aux enjeux multiples et partagés : sécurité alimentaire, santé, éducation, formation, défense, prospérité économique, lutte contre le dérèglement climatique. Comment comptez-vous augmenter ce taux d’accès à ces deux services de base afin d’activer ces huit leviers de développement ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : Des mesures existent, en la matière, élaborées en détails dans notre programme politique, dont vous avez une copie. Pas de développement sans énergie, c’est pour cette raison que les deux révolutions industrielles ont concidé avec la découverte d’une source d’énergie. 

54 ÉTATS : D’après le Fonds monétaire international (FMI), le risque de surendettement de la Centrafrique demeure élevé, en lien avec la faiblesse de la mobilisation des ressources fiscales et des exportations. Dans ce contexte d’incertitudes liées à l’environnement sécuritaire. Quels mécanismes allez-vous utiliser pour financer votre programme de gouvernement ?

Maître Crepin Mboli-Goumba : Certes, il y a risque de surendettement, mais nous ne sommes pas surendettés, c’est une bonne nouvelle. En réalité, le surendettement tient compte de notre richesse nationale, de la faible mobilisation des ressources. Ma préoccupation, c’est de faire en sorte que notre faible taux de recouvrement soit relevé, que l’assiette fiscale soit élargie, que les infractions fiscales soient alourdies, et que de manière ultime, les conditions soient mises en place non seulement pour la création des richesses mais pour que les Centrafricains occupent dans l’économie de leur pays une place prépondérante. Notre programme sera financé par la relecture de certaines conventions, comme cela s’est fait en Guinée Conakry, de prêts garantis par les ressources naturelles, en toute transparence, comme cela s’est fait en RDC et a permis la construction d’infrastructures, la lutte sans merci contre la fraude fiscale.

Gaëtan Kongo
Spécialiste des questions politiques en RCA